LA RUÉE AUTRICHIENNE SUR L'ITALIE
^à grande offensive autrichienne débute le 15 juin 1918 — au moment même où s'est éteinte en France, devant la vaillance de nos troupes, la « bataille du Kronprinz » — . Quatre armées autrichiennes, sous la direction du grand état-major austro-hongrois, prononcent une attaque générale en Italie, sur un front de 150 kilomètres, s'étendant de la région montueuse d'Asiago, par le val Brenta, le mont Grappa, le Piavc, jusqu'à la mer.
L'armée autrichienne de droite tient la montagne, à cheval sur la Brenta, avec 20 forteà divisions. L'armée du centre est derrière le Piave, vers le Montello, avec 8 divisions; l'armée de gauche est sur le Piave jusqu'à la mer avec 13 divisions, et elle a derrière elle, prête à la renforcer, la 4'* armée.
L'attaque fut poussée immédiatement sur tout le front, avec la plus grande violence. Elle avait évidemment pour but de venir à bout des armées ita- Uennes du général Diaz, en les enserrant dans une formidable tenaille, dont les deux branches constituées par les puissantes armées des ailes devaient, en se rabattant sur le centre, écraser nos alliés.
11 n'en fut rien. Malgré sa violence, l'attaque n« réussit le premier jour qu'à faire de légers progrès, tant dans la montagne que sur la rive Ouest du Piave. Partout, l'infanterie de Tarmée italienne, bien secondée par les Anglais et les Français, bien soutenue par son artillerie et son aviation, maintint énergiquement l'ensemble de ses lignes et fit même plus de 3 000 prisonniers.
Le lendemain, les Autrichiens poursuivirent la bataille, mollement dans la montagne, très vivement le long du Piave, surtout dans la région du Montello et sur plusieurs autres points de la rive Ouest du fleuve — notamment du côté de San-Dona — dont ils s'étaient emparés le premier jour et où ils essayèrent de progresser. Tous leurs efforts furent inutiles.
Il en fut de même les jours suivants. La bataille continua acharnée au Montello et le long du Piave. Nos alliés repoussèrent énergiquement les attaques furieuses des Autrichiens et ripostèrent par de vigoureuses contre-attaques.
A partir du 20 juin, l'offensive ennemie paraît enrayée ; ce sont les Italiens qui attaquent. Le 23 juin fut une date bien brillante pour nos alliés. Pendant que le communiqué français annonçait que les Italiens du front de France avaient battu les Allemands à Bligny, près de Reims, le général Diaz, commandant suprême de l'armée italienne, informait triomphalement que les Autrichiens repassaient le Piave en désordre, du Montello à la mer.
Les jours suivants, la retraite se poursuivit sous la pression énergique de l'infanterie, de rartilleric et de l'aviation italiennes. Le 25, toute la rive Ouest
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du Piave était entièrement évacuée par les Autrichiens, qui y abandonnaient une quantité extraordinaire de cadavres. La bataille était nettement et brillamment gagnée par les Italiens.
Elle se prolongea par de larges et utiles attaques locales, qui valurent à nos alliés des gains de terrain et de nombreux prisonniers, dans la montagne au mont Val Bella, au col del Rosso, au mont Grappa... et aussi, non moins brillamment sur le bas-Piave. Le nombre des prisonniers qu'ils ont faits, depuis le commencement de la bataille jusqu'au 6 juillet, s'est élevé à 24000 hommes et 500 officiers.
En même temps, commencèrent pour l'Italie d'autres succès, sur un vaste front de plus de 100 kilomètres, en Albanie. Après de nombreux et durs combats, qui valurent plusieurs milliers de prisonniers, les Autrichiens furent rejetés vers le Nord, et les abords de Valona furent largement dégagés.
Notre armée de Salonique prit une grande part à ces opérations, sous l'impulsion de son nouveau chef, le général Franchct d'Espérey, qui avait succédé au général Guillaumat, appelé au poste de gouverneur militaire de Paris.
Avant de quitter Farmée de Salonique, le général Guillaumat lui avait fait exécuter plusieurs opéralions locales bien réussies; notamment vers le milieu de mai 1918 où les troupes franco-italiennes avaient réalisé une avance de 20 kilomètres du côté de Korisza, et le 30 mai au Sud de Huma où, avec le concours de l'armée hellénique, avaient été faits 00 prisonniers, dont 33 officiers...