QUATRIEME RUEE EN CHAMPAGNE. — UNE NOUVELLE BATAILLE DE LA MARNE
La longue accalmie, qui avait suivi la « bataille du Kronprinz », avait été coupée par Tannonce de brillantes actions locales franco-américaines destinées à rectifier nos nouvelles lignes entre TOise et la Marne, et aussi par des bruits réconfortants venant de TOrient : Toccupation de la côte Mourmane, à TOuest d'Arkhangel, par des détachements alliés ; la prise de possession d'une partie du chemin de fer Transsibérien par des prisonniers Tchécoslovaques, organisés en armée et cherchant à agir, avec les Russes restés fidèles à l'alliance, contre les Bolcheviki ; l'annonce de Tintervention très prochaine de la valeureuse armée japonaise à Vladivostok...
C'étaient là d'excellentes indications, pouvant faire espérer qu'au lieu de trouver des ressources en Russie les Allemands seraient bientôt forcés d'augmenter leurs troupes de ce côté et de diminuer d'autant celles du front de France, pendant que nos effectifs grossissaient journellement par l'afflux des Américains qui allaient être 1 500 000, rendus à pied d' œuvre.
La situation des Alliés s'était bien éclaircie dans les premières semaines de juillet 1918. Et il était permis d'attendre sans grandes inquiétudes la prch chaîne poussée allemande, quelque formidable qu'elle dût être. La France voulut attester hautement sa confiance, sa volonté d'en finir coûte que
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'oûtc par la victoire; et malgré la gravité des évélements, malgré les menaces qui continuaient à )eser sur Paris, elle célébra solennellement, fièrenent, sa fête du 14 juillet par une grande revue nteralliée, qui fut passée dans l'avenue du Bois de Boulogne et qui souleva l'enthousiasme général. Le lendemain 15 juillet, à quatre heures et demie lu matin, après un bombardement très court mais Tune violence extrême, la quatrième ruée allemande ut déclenchée du Nord au Sud, de part et d'autre le Reims, sur un front de 80 kilomètres, depuis Château-Thierry jusqu'à « la main de Massiges » aux isières de TArgonne.
C'était la quatrième phase de la « bataille del'em-
lereur ^>, la deuxième « bataille du Kronprinz »,
destinée à compléter les résultats de la ruée du
Chemin des Dames et sans doute aussi à permettre
\u « Cœsar gloriosiis » de télégraphier triomphale-
i nent à l'impératrice les nouveaux succès de « leur
! jruillaume ». Les préparatifs de l'opération avaient
i Hé faits avec plus de méthode, de soin que jamais.
i L'artillerie, le matériel de guerre, répondaient ample-
; nent à l'accumulation des troupes dont l'instruc-
iion, l'entraînement, l'emplacement bien choisi,
organisation ne laissaient rien à désirer. C'est que
I l'opération était d'une importance capitale, décisive
'■ pour l'Allemagne.
Il s'agissait d'effacer, par une nouvelle bataille de
j la Marne, le souvenir de l'échec de 1914, d'étendre,
' doubler les gains réalisés si heureusement par
-urprise du Chemin des Dames, d'enfoncer du
I d au Sud notre front de Champagne, de pousser
i delà de la Marne, en pivotant autour de Château^
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Thierry, de couper ainsi nos armées en deux et d profiter du désarroi causé par ce très gros événe ment pour livrer enfin, dans de bonnes conditions face à rOuest, la bataille générale destinée à finir! guerre.
Le gros effort des Allemands^devait être fait pa leur aile gauche, leur aile marchante, décisive, qu avait pour mission d'enfoncer, à coups d'hommes l'armée du général Gouraud, notre valeureus armée de Champagne, qui s'étendait du Sud-E.^ de Reims à l'Argonne. Cette aile allemande avait et organisée d'une manière formidable et comprenai plusieurs armées composées des meilleures troupe prussiennes et allemandes. Leur entraînement avai été particulièrement soigné; leur moral surchaufifé Elles brûlaient du désir de rivaliser avec celles qu avaient si brillamment réussi, quelques semaine auparavant. Elles savaient que toute l'Allemagn avait les yeux fixés sur elles, que leur rôle était d la dernière importance, que rien ne devait le arrêter.
Ces préparatifs avaient été faits dans le plus gran< secret. Mais cette fois-ci ils avaient été éventéf Notre haut commandement, le général en che Pétain, le général FayoUe, commandant le group des armées engagées dans cette lutte, tous no chefs d'armées bien renseignés étaient entièremen prêts.
Le général Gouraud avait lui aussi su parler a» cœur de ses hommes et l.eur tracer nettement I voie du devoir et de l'honneur. Ne laissant que d faibles éléments dans sa zone de couverture, il avai tracé sa ligne de résistance assez loin en arrièn
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pour être soustraite aux plus gros effets du bombardement ennemi, et, en termes chaleureux, il 'avait demandé à ses soldats de ne pas faire un pas en arrière de cette ligne et d'y arrêter coûte que coûte les Allemands, en leur tuant le plus de monde possible.
Nos soldats répondirent avec une vaillance sans pareille à l'appel de leur chef aimé, respecté. Ils firent tomber en masses, sous leurs coups, les rangs serrés de notre adversaire. Toute notre ligne, de Sillery à la main de Massiges, resta intacte, inébranlable, sous les assauts furieux, répétés, acharnés des Allemands. La situation était sauvée. L'opération principale de l'ennemi était manquée. Le général Gouraud et ses admirables troupes avaient rendu à la Patrie un service inoubliable.
Pendant ce temps, la bataille faisait rage à l'Ouest et au Sud-Ouest de Reims. De Reims à Dormans, les troupes anglo-italo-françaises résistèrent avec une grande énergie à la poussée ennemie. Par contre, entre Dormans et Fossoy, les Allemands réussirent à franchir la Marne, mais sans pouvoir pousser de plus de quelques kilomètres au Sud de la rivière. Bientôt, ils furent arrêtés par nos troupes et eurent X livrer de très violents combats du côté de Saint- \gnan et de La Chapelle-Monlaudon, comme sur la rive Nord de la Marne du côté de Ghatillon.
Le 16 et 17 juillet, la lutte continua très violente, ians changer d'aspect. La résistance de notre iiéroïque front de Champagne resta irréductible. Entre Reims et la Marne, les combats s'accentuèrent ^ncore, avec des progrès très légers pour les Allenands. Par contre, l'accumulation de leurs cadavres
devant nos lignes témoignaient de la valeur de no: soldats et des Anglais, et aussi de l'intrépidité de; Italiens qui firent une très brillante contre-attaqU( près de Pourcy et rejetèrent leurs adversaires su r Ardre.
Au delà de la Marne, les Allemands ne réussiren pas à progresser vers le Sud, tout en s'étendant ui peu le long de la rivière du côté de TEst vers Oeuill et Monvoisin.
Tout indiquait que la grosse ruée, la nouvell bataille de la Marne, montée par le « grand étal major » avec des moyens si formidables, était perdue qu'elle s'effondrait sous la vaillance, l'héroïsme deno troupes et de nos alliés. Le général Focli s'eir pressa, du reste, de montrer à nos ennemis que c'e était bien fini de leurs offensives, de leurs surprises de leurs ruées savamment étudiées, minutieuse ment préparées ; et que l'heure des grandes initiative sonnait désormais pour les Alliés. Il prit Toffensiv avec un coup d'œil, une habileté, une hauteur d vues tout à fait remarquables, et transforma l'éche des Allemands en une défaite sanglante, pleine d promesses pour l'avenir.