LA BATAILLE ENTRE AISNE ET MARNE
Pendant que les Allemands attaquaient du Nord lu Sud nos lignes de Château-Thierry à Reims et i TArgonne, ils avaient laissé dans Timmobilité les roupes de leur flanc droit, qui s'étendaient face à 'Ouest, de Château-Thierry à Soissons et à l'Oise, et lont les lignes faisaient en arrière un angle droit ivec leur front d'attaque. Cette disposition en iquerre se prêtait à une contre-offensive de notre )art : en les poussant à la fois de Soissons à Château- Thierry et de Château-Thierry à Reims, nous avions es moyens de les enserrer dans une formidable enaille, dont ils ne pourraient sortir que par un ecul accentué, précipité.
i82 LA GUERRE DE LIBÉRATION 1914-1918.
Le maréchal Foch saisit cette occasion, avec rhabileté, l'énergie d'un homme de guerre éminent L'opération, étudiée, préparée d'après ses instructions et magistralement dirigée par le commandant en chef général Pétain et par le général Fayolle. commandant le groupe des armées engagées, débuts brusquement, le 18 juillet 1918, de l'Aisne à h Marne, sur un front de 45 kilomètres, et eut immé diatement les conséquences les plus heureuses.
Les troupes allemandes, chargées de la garde de ce front, appartenaient à l'armée prussienne vonBoehn qui venait de se créer une réputation d'entrain e de vigueur par la prise du Chemin des Dames En lui confiant le soin de veiller à la sécurité di flanc et des derrières de ses armées d'attaque, h haut commandement allemand lui avait donné ui poste d'honneur. Elle n'en fut pas moins complète ment déroutée par les attaques énergiques di général Mangin au Nord de l'Ourcq, du généra Dégoutte au Sud de cette rivière. Les vaillante armées de ces deux généraux délivrèrent, dès !• premier jour, 20 villages, et s'emparèrent de plu sieurs milliers de prisonniers et d'un très imposan matériel. Nos chars d'assaut jouèrent un rôleconsi dérable dans cette brillante mise en train de l'offen sive du maréchal Foch.
Les efforts de la branche Nord de notre tenaill continuèrent énergiquement le jour suivant e valurent à nos deux armées, Mangin et Dégoutte 17 000 prisonniers et 360 canons enlevés à l'ennemi
Alors intervint la branche Est de notre tenaille Au Sud de la Marne, l'armée de Mitry fitdesprogrè sérieux vers la rivière. Entre la Marne et Reims
iolenls combats furent livrés par l'armée du I 3néral Berthelot, Tancien et très énergique chefde ^Bûssion française en Roumanie. Cette armée, ^Hposée de troupes anglaises, américaines, ita- '■etiTies, françaises, fit des prodiges de valeur et îussit à progresser malgré la résistance acharnée e l'ennemi,
Sous la poussée de ces armées et la menace de la ranche Nord de notre tenaille, les Allemands ne irdent pas à repasser la Marne. Château-Thierry 3t à nous le 21 juillet. Ce jour-là et les suivants, i recul des Allemands s'accentue de plus en plus evant nos vaillantes troupes. Les abords de Châ- 3au-Thierry sont largement dégagés par le corps 'armée de Mondesir; la route de cette ville à Soisons est dépassée ; devant Jaulgonne, au Nord de la larne, nous prenons 51 canons de 150 et un matéiel considérable. Du côté de l'Ardre, l'armée Berhelot continue lentement, violemment ses progrès,
A partir du 27 juillet, nos troupes talonnent les Trière-gardes allemandes. Le 28, nous prenons Fèren-Tardenois. Le 30 juillet, la lutte se poursuit igoureusement d'un côté le long de la Crise, de "autre sur les hauteurs séparant la vallée de la »Iarne de celle de l'Ardre. Le 2 août, nous pénérons dans Soissons, nous franchissons la Crise et ivançons au Nord de la route de Dormans à Reims, ^e lendemain, la poursuite continue sur tout le Vont; Fismes est pris par les Américains; la Vesle îst atteinte et même dépassée sur plusieurs points.
La bataille est gagnée, héroïquement gagnée. Elle nous a valu 40000 prisonniers, plusieurs centaines le canons et la délivrance de nos belles contrées
184 LA GtJERtlE DE LIBÉRATION 1914-1918.
du Valois et du Tardenois, hélas! horriblemen pillées et saccagées par nos odieux ennemis. Pen dant que se livraient ces luttes mémorables, qu amenaient un renversement complet de la situation les autres armées alliées n^étaient pas restées inac tives et avaient procédé à de nombreux coups de main En Champagne, l'armée Gouraud avait rectifié » ligne, si héroïquement défendue le 15 juillet, et pa une série d'actions locales avait réalisé une avanc de 1 000 à 1 500 mètres sur plus de 20 kilomètres e fait 1 400 prisonniers. Au nord de Montdidier, l'armé» Debeney avait également progressé et fait 1 851 prisonniers, dont 49 officiers et 4 chefs de bataillon..
Le gouvernement répondit aux vœux du pays, ei donnant une haute consécration à ces succès. Pa décret du 6 août 1918, le général Foch, l'éminen organisateur de notre défense et de ces glorieuse journées d'oilensive, fut nommé Maréchal de France à l'effet « de mieux consacrer encore dans l'avenii — dit le rapport de M. Clemenceau — l'autorit' du grand homme de guerre, appelé à conduire le armées de l'Entente à la victoire définitive ».
Le Général en chef Pétain, qui avait si remarqua blement préparé, dirigé l'exécution de la bataille reçut la Médaille militaire, la plus haute distinctioi de nos généraux. ^
LA BATAILLE ENTRE LA SCARPE ET l'aISNE
Dès le lendemain de sa promotion à la hauU dignité de maréchal de France, le généralissime
Foch, a décidé à ne laisser aucun répit à nos enne-
ds », transporta son offensive entre la Somme et la Scarpe.
Le 8 août, il fit attaquer les Allemands par le maréchal Douglas Haig, avec larmée anglaise Uawlinson et l'armée française Debeney, sur un front de 25 kilomètres, depuis Braches sur TAvre au Nord de Montdidier jusqu'à Morlancourt près et au Nord de la Somme. L'ennemi fut complètement surpris; les objectifs indiqués aux troupes furent atteints sur toute la ligne, facilement au centre où les alliés réalisèrent des avances de 12 kilomètres, plus difficilement aux deux ailes où la résistance fut plus accentuée, plus longue à tomber.
Le 9 août, l'attaque continua. Nos progrès grossirent sur tout le front et s'étendirent du côté français jusqu'au sud de Montdidier, du côté anglais jusqu'au point d'appui si important de Morlancourt qui fut pris, malgré la résistance acharnée des Aile-mands, ainsi que d'autres points du côté de l'Ancre.
Le 10, la bataille s'étendit encore davantage vers le Sud-Est. Une autre armée française — la 3% général Humbert — intervint en attaquant, à la droite de l'armée Debeney, à cheval sur la route de Saint- Just à Roye et sur un front de 20 kilomètres. Elle réalisa une avance de 10 kilomètres, pendant que l'armée Debeney prenait Mondidier, après l'avoir débordé, enveloppé.
En trois jours, les armées alliées avaient enlevé,
ie haute lutte, à l'ennemi un territoire considérable,
30 0U0 prisonniers et un matériel de guerre très
important. Les pertes des Allemands, en tués et
blessés, étaient énormes, et en bien des endroits.
leur retraite — au dire de nos aviateurs, — s'était accomplie dans le plus grand désordre.
Le 14 août, l'armée Humbert prit Ribécourt et, au prix de très durs combats, accentua ses progrès dans le massif boisé entre le Matz et TOise, menaçant Lassigny et Noyon, pendant que les troupes du maréchal Douglas Haig en faisaient autant du côté d'Albert.
Alors, le maréchal Foch fit encore étendre son offensive à ses deux ailes. A Taile Sud, il fit redonner l'armée Mangin qui avait si remarquablement mis en train Tattaque du 18 juillet. Le 18 août, après un long et violent bombardement, cette vaillante armée poussa énergiquement l'ennemi entre TAisne et l'Oise sur un front de 25 kilomètres et réalisa le premier jour une avance de 2 kilomètres, le deuxième jour de 4, malgré la résistance acharnée de l'adversaire auquel elle prit 10 000 hommes, 200 canons et un matériel important.
Puis elle poussa les Allemands l'épée dans les reins, dégagea le territoire compris entre l'Oise, TAilette et Soissons, conquit la rive Sud de l'Oise et de TAilette et franchit cette dernière rivière du côté de Coucy.
Pendant ce temps, l'armée Humbert enlevait Lassigny, passait la Divette, progressait vers le canal du Nord et enlevait Noyon de haute lutte le 29 août.
Plus au Nord, l'armée Debeney réussit, le 26, une opération locale qui lui valut 1 100 prisonniers ; ensuite, en liaison avec les Anglais, elle poussa sans relâche l'ennemi en retraite, délivra de nombreux villages ainsi que Roye et Chaulnes.
Plus au Nord encore, la bataille avait pris une
très grande violence devant les armées anglaises du maréchal Douglas Haig. Le 21 août, de grand matin, par un fort brouillard, l'armée Byng surprit Tennemi, sur un front de 15 kilomètres de TAncre à Moyenneville, et réalisa des progrès considérables. Le lendemain, les progrès continuèrent et s'étendirent depuis la Somme jusqu'au Sud-Est d'Arras. Albert fut repris.
Le 13, l'avance se poursuivit sur un front de oO kilomètres, délivrant de nombreux villages et valant aux Anglais 14000 prisonniers pour leurs trois journées d'attaque.
Le 24 et les jours suivants, les armées Ravsrlinson et Byng continuent leurs succès dans les régions de Thiepval et de Bapaume, malgré la très vive résistance de l'ennemi. Le 26 août 1918, elles sont aidées par l'armée Horne,qui réalise une belle avance et fait de nombreux prisonniers sur les deux rives de la Scarpe, de Croisille aux environs de Gavrelle.
Après des luttes acharnées, nos alliés forcent les Allemands à continuer leur retraite ; ils prennent Bapaume le 29 août, ayant fait depuis le 21 août 26000 prisonniers. En même temps, ils franchissent la Somme au Nord et au Sud de Péronne, et prennent Combles.
Les 30 et 31 août, continuation des progrès de nos aUiés, qui prennent le mont Saint-Quentin et occupent Péronne le 1" septembre.
Plus au Nord, l'armée Plumer occupe le fameux mont Kemmel, abandonné par les Allemands qui, poursuivis par nos alliés, évacuent en hâte la « poche » qu'ils avaient creusée, à coups d'hommes, dans les lignes anglaises entre la Bassée et Ypres.