‹ La guerre de libération, 1914-1918Chapitre 40 sur 50 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

i: LE FRONT DE FRANCE. — LES VICTOIRES ALLIEES DU 1*''' SEPTEMBRE AU 7 OCTOBRE 1918

Pendant les premières semaines de son offensive libératrice, le itiaréchal Foch avait su très habilement profiter des facilités que lui donnaient, pour les enserrer dans de formidables tenailles, les fameuses « poches », réalisées si lourdement parles Allemands à coups d'hommes, au prix de pertes énormes. Il avait fait vider ces « poches » de haute lutte et infligé à nos ennemis des défaites sanglantes, retentissantes, entre l'Aisne et la Marne, puis entre la Scarpe et l'Aisne.

Maintenant qu'il tenait solidement les Allemands, il n'était pas homme à leur laisser le moindre, répit. Ses attaques continuèrent en s'intensifiant, en s'étendant sur tous les fronts de France, depuis la

tmer du Nord en Belgique jusqu'à la Moselle. ZURLINDEN. II. 13

194 LA GUERRE DE LIBÉRATION d 914-1918.

Ce fut une bataille générale, dont les offensive séparées, parfois simultanées, parfois successives et toujours développées sur de grands fronts, s( sont étayées, entr'aidées énergiquement, harmonieusement les unes les autres et ont fait ressortii la haute valeur du grand chef qui les dirigeait.

Leur but commun a été d'abord de re/eter les Allemands sur leur ligne Hindenburg et ensuite en les attaquant violemment, en manœuvrant poui menacer leurs communications, pour leur faire craindre Fenserrement dans de nouvelles tenailles, de les forcer à évacuer cette ligne, qu'ils avaient mis des années à fortifier, à enchevêtrer d'obstacles, de retranchements, de fils de fer et qui, composée de positions successives se soutenant les unes le.' autres, s'étendait depuis Dixmude, par Lens, Quéant Cambrai, Saint-Quentin, La Fère, vers le Nord d( Reims, puis à travers la Champagne et l'Argonne jusqu'à la Meuse, et était soutenue à l'arrière pai trois piliers, Lille, Laon, Metz.

Les premiers jours de septembre furent employé.^ par les armées anglaises, françaises et américaines à continuer à activer la poursuite de l'ennemi et à s'emparer progressivement des territoires qu'il possédait encore en avant de la ligne Hindenburg, er Picardie, entre l'Oise et l'Aisne, et au Sud de TAisne. En môme temps, le maréchal Foch fit procéder, le 2 septembre, à l'attaque d'une section de cette ligne, dont les Allemands n'avaient pas bougé, entre DrOcourt et Quéant, à l'Est d'Arras, et qui constituait une des parties les plus solides de leurs défenses. L'attaque fut déclenchée de grand matin, et très vigoureusement, par l'armée Horne. Au prix

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de glorieux efforts, nos vaillants alliés anglais enlevèrent toute cette section, morceaux par morceaux, et firent 10000 prisonniers.

Ce succès força les Allemands à presser leur retraite au Nord et au Sud. Ils se dépêchèrent d'évacuer la « poche » qu'ils avaient réalisée sur la Lys, dans la région de La Bassée, pendant leur deuxième ruée. Les Anglais les poursuivirent et firent aussi des progrès sensibles plus au Sud, dans le Cambrésis. De notre côté, en Picardie, les armées Debeney, Humbert, Mangin poussèrent l'ennemi d'une façon continue et enlevèrent Ham, Chauny, Tergnier, et, lu nord de l'Ailette, Goucy et la Basse-forêt.

Vers le 10 septembre, l'avance des Alliés se ralentit. La résistance des Allemands augmenta; leurs contre-attaques s'accentuèrent, mais sans iuccès. Les Alliés étaient arrivés de ces côtés devant a ligne Hindenburg.

Alors, à Tautre bout du champ de bataille, à l'Est de

a Meuse, dans la plaine de la Woëvre, commença une

.n-ande opération offensive américano-française des-

inée à vider la fameuse hernie, la « poche » de Saint-

vlihiel, qui datait des premiers mois de la guerre.

/attaque fut déclenchée le 12 septembre. L'armée

iméricaine marcha énergiquement du Sud au Nord,

lepuis le Sud de Saint-Mihiel jusque vers Pont-à-

•îousson. L'armée française Hirschauer attaqua de

11 est à l'Est, en partant du pied des côtes de

ise. La rencontre de ces armées dans la plaine

ia Woëvre aurait pu amener l'encerclement des

allemands de Saint-Mihiel. Ils se dépêchèrent d'éva-

uer la ville et ses environs, mais pas assez vite

'Our empêcher les Américains et nos troupes de

leur faire en trois jours 13 500 prisonniers et de leur prendre de nombreux canons.

La poche de Saint-Mihiel était comblée. Notre nouveau front s'étendait à travers la Woëvre depuis Viéville-sous-les-Côtes , par Thiaucourt, jusqu'au Bois Le Prêtre au Nord de Pont-à-Mousson. De ce côté, les Américains ne tardèrent pas à progresser suffisamment pour ouvrir sur les forts de Metz un bombardement des plus efficaces.

Pendant ce temps, dans le Nord, les armées britanniques faisaient des progrès, repoussaient des contre-attaques dans la région d'Havrincourt, dans celle de la Bassée et plus au Nord vers Ypres. Notre armée Mangin prenait le Moulin Laffaux et avançait sur le plateau du Chemin des Dames, en y faisan! plus de 4 500 prisonniers.

Le 18 septembre 1918, poursuivant ses belles ei énergiques manœuvres, le maréchal Foch fitatlaquei violemment, entre Cambrai et Saint-Quentin, um des parties les mieux défendues de la ligne d( résistance allemande, sur laquelle ils avaient accu mule plusieurs armées et donné à leurs troupes d< défense une densité considérable.

Sous le haut commandement du maréchal Dou glas Haig, l'opération fut entamée le 18 septembre par l'armée Rawlinson et par notre armée Debeney sur un front de 25 kilomètres, à l'Ouest et au Nord Ouest de Saint-Quentin, de Holmon à Gouzeaucourt

Dès le premier jour, l'avance des Anglais es sérieuse, et le nombre de leurs prisonniers s'élève ; 6 000. Le lendemain, ils élargissent leurs gains e résistent victorieusement à des contre-attaques pendant que notre armée Debeney progresse ver

Saint-Quentin et prend deux villages. Pour les deux journées, les prisonniers sont 10000, les canons enlevés 60.

Les jours suivants, les progrès continuent. Nos troupes atteignent l'Oise et occupent Vendeuil. Le nombre des prisonniers ne cesse d'augmenter.

Le 27 septembre, cette offensive est prolongée vigoureusement vers le Nord, à la gauche de l'armée Rawlinson. Les armées britanniques Byng et Horne attaquent sur un large front, au Sud de la Sensée, en direction générale de Cambrai. Dès le premier jour, l'avance est considérable. Les troupes britanniques sont remarquables d'entrain et de vigueur. Les « tanks » les aident vaillamment. De vieux «tanks » démodés sont noyés dans le canal du Nord, pour permettre aux jeunes de passer sur leurs carapaces.

Le 28, nos Alliés franchissent le canal de l'Escaut à Marcoing et progressent en repoussant de fortes contre-attaques allemandes. 10 000 prisonniers; 200 canons. Le 29, ils débordent Cambrai au Nord et au Sud, et se battent dans ses faubourgs, pendant qu'à leur droite, l'armée Rawlinson avance vers Saint-Quentin par le Nord et notre armée Debeney par le Sud.

Après avoir repoussé de très dures contreattaques et avoir livré de très violents combats, les vaillants soldats de Debeney pénètrent dans Saint-Quentin de haute lutte, jusqu'au canal, le 1^' octobre 1918; ils prennent entièrement la ville dès le lendemain. Au Nord, les Anglais continuent à lutter aux abords de Cambrai et s'emparent de la position du Catelet. Puis, jusque vers le 7 octobre, la bataille se poursuit, les Alliés progressant lente-

ment, entre Cambrai et Saint-Quentin et à FEst de Saint-Quentin.

En même temps, pour étayer cette offensive qu'il va faire poursuivre énergiquement, le maréchal Foch fait procéder plus au Nord, entre Dixmude et Ypres, à une autre opération d'une grosse importance. Le 28 septembre, sous le haut commandement de son roi héroïque, Albert l^'\ secondé par le général d'armée français, Dégoutte, l'armée belge fut portée en avant, soutenue sur sa droite par l'armée britannique Plumer, sur sa gauche par des troupes françaises et aidée plus au Nord par la flotte anglaise bombardant les côtes. Le front d'attaque, très large, s'étendait de Dixmude au Sud-Est d'Ypres.

Dès le premier jour, l'armée belge avance (ie plusieurs kilomètres et enlève vaillamment de pui^ santés positions savamment fortifiées par l'ennemi depuis les premiers jours de la guerre, notamment un de ses gros points d'appui, la forêt de Houthulst. Les jours suivants, Dixmude, Paschendoele... ainfîî que la fameuse crête d'Ypres sont enlevés par noâ Alliés, flanqués à leur gauche par nos troupes qui prennent Stande... et à leur droite par l'armée Plumer qui s'avance victorieusement vers Meniû^ menaçant toute la région de Lille. L'avance belge est poussée jusqu'aux abords de Roulers. Le nombre des prisonniers s'élève à 10 500; celui des canonS enlevés à 350.

Sous la menace de celle brillante opération et dé celle du Cambrésis, les Allemands activent leurs préparatifs de retraite dans la région duiVord. Ild évacuent Armentières et Lens, qui sont immédiatement occupés par les Anglais, et ils incendient Douai.

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Cela ne suffit pas au maréchal Foch. Dès qu'il sentit l'ennemi suffisamment accroché dans le Nord, il fit procéder à une offensive énergique, sur un front étendu, de chaque côté de l'Argonne, de la Meuse à Reims, face au Nord.

A l'Est de l'Argonne, l'opération fut menée par l'armée américaine, à l'Ouest, en Champagne par l'armée Gouraud, bientôt secondée par notre armée Berthelot.

L'attaque débuta brillamment le 26 Septembre. Entre l'Argonne et la Meuse sur un front de 32 kilomètres, au Nord-Ouest de Verdun, les Américains avancèrent de plusieurs kilomètres et délivrèrent de nombreux villages. Ils continuèrent le lendemain et le surlendemain avec une vaillance touchant à la témérité, libérèrent encore d'autres villages et prirent plus de 100 canons et 800 prisonniers. Leur aviation fit merveille et mit bas plus de 60 avions allemands.

De son côté, l'armée Gouraud avança en Champagne d'une façon continue et avec la plus grande énergie, du 26 au 29 septembre, enlevant sur un front de 35 kilomètres, de Reims à l'Argonne, plus de 5 kilomètres en profondeur de tranchées et de fils de fer. L'ennemi lutta avec acharnement dans ces formidables défenses qu'il n'avait cessé d'enchevêtrer, de perfectionner, et où il avait accumulé les meilleures troupes prussiennes du « Kronprinz ». Rien ne résista à la valeur, à l'entrain dé nos vagues d'assaut, remarquablement secondées par l'artillerie, par l'aviation et par les« tanks ». 10 000 prisonniers.

Le 30 septembre et dans les premiers jours d'octobre, la bataille continua de part et d'autre

de rArgonne au milieu de très violentes contreattaques allemandes. L'armée américaine maintint énergiquement ses gains et fit de nouveaux progrès . L'armée Gouraud poursuivit son avance, tantôt dans la direction de Vouziers, tantôt près de Reims, au Nord d'Auberive et de Somme-Py; pendant qu'à sa gauche l'armée Berthelot poussait les Allemands sur la Vesle, ainsi qu'à l'Ouest et au Nord de Reims.

Dès le 5 octobre, Ténergie de ces attaques porte ses fruits. Les Allemands sont contraints à faire un repli général, sur un front de 45 kilomètres, à l'Est et à l'Ouest de Reims. Ils se retirent sur la Suippe et l'Arnes et dégagent complètement Reims, en nous abandonnant Brimont et le massif de Moronvillers, qui leur avaient tant servi à bombarder, à détruire systématiquement, criminellement notre glorieuse cité!

Nos troupes encerclent Nogent-l'Abbesse qui ne tarde pas à tomber entre leurs mains; nos avantgardes sont partout en contact avec les arrière-gardes ennemies. Le 6 et le 7 octobre, la lutte continue. Saint-Etienne et Berry-au-Bac sont repris par nos soldats; pendant qu'au Nord, l'incendie de Laon, le pilier central de la défense allemande, montre tragiquement que la manœuvre du maréchal Foch com-^ mence à faire sentir son influence libératrice. .

Pendant que ces glorieux événements se dérouleni à l'Est et au Nord, l'armée Mangin n'était pas restée inactive entre l'Oise et l'Aisne. Le 28 septembre! poussant l'ennemi en retraite, elle occupait la forêt de Pinon et le fort de Malmaison. Notre avance se poursuivait au Nord de Vailly et aussi entre lai

Vesie et l'Aisne où nous faisions 1 500 prisonniers. Le nombre des prisonniers ne cesse d'augmenter ?ar toutes les parties du front et montre bien à quel point l'usure allemande s'accentue sous les coups du maréchal Foch. Depuis la mise en train de son offensive, le 18 juillet 1918, jusqu'au 30 septembre, les armées alliées ont pris aux Allemands 5 518 officiers et 248 494 hommes. Sur ce total, il revient aux armées britanniques 2 783 officiers, 120835 hommes et plus de 1 400 canons pris à l'ennemi en août et septembre.

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