CONTINUATION DE L'OFFENSIVE DU MARÉCHAL FOCH SUR LE FRONT DE FRANCE
Pendant que l'Allemagne tergiversait, louvoyait, essayait de ruser dans l'espoir que la guerre pour-
rait finir, sans que son territoire fût envahi, le maréchal Foch avait fait continuer magistralement, énergiquement, son offensive.
Les progrès de ses attaques dans le Nord avaient été considérables les 8, 9 et 10 octobre 1918, entre Cambrai et Saint-Quentin. Les armées du maréchal Douglas Haig avaient enfoncé le système allemand remarquablement organisé entre Beaurevoir et Masnières, pris Cambrai et Le Cateau et fait plus de 10 000 prisonniers, en enlevant 200 canons.
C'est avec un légitime orgueil que nos alliés avaient fait ressortir que, depuis le 21 avril 1918, leurs armées avaient réussi à rompre tout le système Hindenburg depuis Arras jusqu'à Saint-Quentin, en s'avançant de 40 kilomètres à TEst et en prenant à l'ennemi 110 000 hommes et 1 200 canons.
Notre armée Debeney les avait vaillamment appuyés.au Sud, entre la Somme et l'Oise. Elle avait avancé de 8 kilomètres et fait 2 000 prisonniers du 8 au 10 octobre.
De leur côté, nos attaques de l'Est avaient donné de bons résultats, de chaque côté de TArgonne. Le 8 octobre, l'armée américaine avait progressé en Argonne et, avec le concours de troupes françaises, elle avait enlevé sur la rive Est de la Meuse les bois des Caures et de Haumont, avec les villages de Consenvoye, Brabant, dont les noms rappellent les terribles premières'journées de Verdun.
L'armée Gouraud avait également avancé victo* rieusement sur le front de la Suippe.
Les 9 et 10 octobre, les progrès franco-américains avaient continué du côté de Grandpré, en Argonne, et sur les deux rives de la Meuse.
A partir du 11 octobre, l'effet de la bataille se fait sentir. Au centre, dans la région de Laon, les Allemands reculent talonnés par les armées Berthelot et Mangin, qui s'avancent au Nord de TAisne et reprennent Craonne, La Fère, Laon, les abords du camp de Sissonne; pendant que l'armée Gouraud délivre Vouziers et toute la boucle de TAisne et qu'au loin, dans le Nord, le repli de nos ennemis s'accentue aussi au Nord de la Sensée.
Aussitôt le maréchal Foch fait activer encore sa grande offensive libératrice. Dans les Flandres, le groupe des armées belgo-franco-britanniques du roi Albert I" reprend l'attaque le 14 octobre et la poursuit, les jours suivants, sur un vaste front de Dixmude à la Lys, prenant Roulers, Menin, Courtrai, et enlevant à l'ennemi 12 000 hommes et 100 canons.
Cette avance et celle des armées britanniques du Gambrésis placent les Allemands dans une situation périlleuse dans la région de Lille et les condamne à un nouveau repli. Ils évacuent Douai, Lille, et bientôt après Tourcoing et Roubaix qui sont occupés par les Alliés.
Cette délivrance a une importance militaire considérable, puisque la place de Lille était devenue le pilier Nord des lignes allemandes. Elle en a une plus grande encore au point de vue de la patrie française. C'est la libération de toute notre région du Nord et de sa capitale. C'est la fin d'horribles souffrances, d'une captivité de plus de quatre années. La France accueille cette heureuse nouvelle avec 'ithousiasme.
A Paris, sur la place de la Concorde, la statue de
ZCRUNDEN. II. 14
Lille est couverte de fleurs au milieu desquelles se détache la couronne offerte par lord Derby, ambassadeur d'Angleterre. Et la foule circule joyeusement devant cette décoration si touchante, et au milieu des milliers de canons pris aux Allemands, exposés sur la place de la Concorde et aux Champs- Elysées.
Sur le front des Flandres, l'avance des armées du roi des Belges a continué... Ostende, et bientôt après, au prix de rudes combats, Bruges sont repris, puis Zeebruggé; les abords de Gand, la frontière hollandaise sont atteints; la Lys est dépassée...-, Les progrès s'accentuent vers FEscaut qui est franchi le l'^'" novembre par l'armée francoaméricaine, faisant 1 000 prisonniers.
Cependant, plus au Sud, les Allemands n'ont pas tardé à s'arrêter sur une nouvelle ligne de repli, jalonnée par Valenciennes, le Quesnoy, la forêt de Mormal, et traversant les plateaux entre Sambre et Oise, puis entre Oise et Serre, pour suivre leur ligne de défense « Hunding », rejoindre la haute Aisne où ils ont tendu des inondations, et se prolonger à travers l'Argonne jusqu'à la Meuse vers Dun. Le maréchal Foch ne les y laissera pas longtemps.
Le 21 octobre, après avoir repoussé de violentes contre-attaques, les armées britanniques reprennent l'offensive à l'Est de Denain et atteignent les abords de Valenciennes. Les jours suivants, elles accentuent leurs progrès entre le canal de la Sambre et l'Escaut vers le Quesnoy, et font en quelques jourf 9 000 prisonniers, en prenant 60 canons.
A partir du 1" novembre, la bataille s'accentue
v'alenciennes est pris. Le 4, les trois armées brianniques Horne, Byng, Rawlinson se portent à 'attaque au Sud de l'Escaut, aidées sur leur droite )ar notre armée Debeney. Les formidables lignes dlemandes, défendues par de nombreuses troupes, ;ont enfoncées. Les Anglais prennent Landrecies, 'ncerclent Le Quesnoy, enlèvent la moitié de la forêt le Mormal et font plus de 10 000 prisonniers. Le endemain, la forêt de Mormal tout entière et le Juesnoy tombent entre leurs mains, avec un très mporlant butin.
A leur droite, notre armée Debeney, qui depuis >lusieurs jours n'avait cessé de pousser les Alleûands et s'était avancée jusqu'aux abords de Guise, ranchit de haute lutte le canal de la Sambre à 'Oise, le 4 novembre. Elle enlève Guise le 5, ayant ■attu 6 divisions allemandes, auxquelles elle a pris 000 hommes et 60 canons.
Plus au Sud, l'armée Mangin et celle du général iuillaumat — qui avait succédé au général Berhelot appelé à une autre importante mission — font e la rude et excellente besogne contre la fameuse gne « Hunding », entre l'Oise, la Serre et l'Aisne. 25, avec l'aide du général Debeney, elles avaient
Il plus dç 3 000 prisonniers. Le 26, continuant son
vance, le général Guillaumat en fait plus de 2 000.
-7 octobre, Crécy-sur-Serre est pris. Le 28, forte
-sée de l'armée Guillaumat à l'Ouest de Château-
ien; 850 prisonniers. Le 5 novembre, Marie,
nateau-Porcien sont pris, ainsi que toute la ligne
Hunding ».
A l'Est, la bataille s'était accentuée aussi devant innée Gouraud el l'armée américaine, sur la haute
Aisne, en Argonne, et sur la Meuse au Nord de Verdun. Les Allemands avaient un intérêt de premier ordre à se maintenir dans cette région, dont ils avaient fait le pivot de leur conversion en arrière La lutte y fut des plus âpres. Le haut commande ment ennemi y envoya renforts sur renforts; mai; il fut incapable de lasser Tentrain de nos vaillant? frères d'armes d'Amérique et de notre valeureusi armée Gouraud.
Le 17 octobre, l'armée américaine progresse .• l'Ouest de la Meuse et prend Grandpré. Les jour suivants, elle repousse de nombreuses contre-atta ques, tout en progressant un peu.
Le l^"* novembre, au Nord et au Sud de Vouziei ont lieu de très dures attaques franco-américainej L'Aisne est franchie ; la progression est importanl( j Les troupes du général Gouraud font quelques cei "^ taines de prisonniers et enlèvent des canons parn lesquels 3 batteries de 105. Les Américains de l''^ armée font 3 600 prisonniers, dont 151 officier
L'avance de ces armées force nos ennemis à év cuer rapidement et complètement TArgonne et abandonner un matériel considérable. La l"""^ arm» américaine poursuit son avance le 2 novembre délivre de nombreux villages et Busancy; 4000 pj sonniers.
Le 3, l'avance continue. Les Allemands se retire en pleine confusion devant les deux armées. D batteries, des bataillons entiers sont capturés. ) voie ferrée de Mézières est sous le feu des Amé cains, qui le 4 sont près de Stenay.
Le 5 novembre, l'admirable, formidable oiTensi poussée avec tant de méthode et d'énergie, depi
l'offensive générale sur tous les fronts. 213
la Meuse jusqu'à la mer du Nord, par le maréchal Foch, et les courageux efforts de nos inlassables soldats et alliés portent leurs fruits. Les Allemands sont contraints de se replier depuis la Meuse jusqu'à l'Escaut, et nos troupes les poursuivent sans leur laisser de répit. Les Britanniques prennent Aulnoy, Bavai, Tournai.... Les Français avancent jusqu'à Mézières, et avec les Américains jusqu'à Sedan. En Woèvre, nos alliés d'Amérique, aidés par nos troupes, progressent également.... Le 10, il ne reste plus à nos ennemis qu'une mince bande de notre terrain qui se rétrécit chaque jour; et la libération de la Belgique marche à grands pas....
La joie, l'enthousiasme des populations, que les armées alliées délivrent en France et en Belgique est indescriptible. Leur émotion, leur reconnaissance, rhorreur que leur ont inspirée les Allemands, surexcitent nos soldats, leur font oublier leurs fatigues et souhaiter ardemment que la guerre continue et qu'ils puissent châtier à leur façon nos exécrables ennemis.
Jamais ils n'ont été plus vaillants, plus ardents que dans ces dernières périodes de la guerre. Les périls, les fatigues si dures, cependant, des luttes suprêmes, au lieu d'éteindre leur entrain, ne font que l'aiguiser. Et il en est ainsi du moral de notre nation, à l'intérieur. Rien n'a pu l'abattre, ni les misères, les souffrances, les privations, les deuils, les bombardements. . . . Notre peuple est décidé à tout braver, à tout supporter pour la victoire. Il vit dans une atmosphère d'héroïsme merveilleuse.
Jusqu'au bout, on voit les femmes faire vaillamment les plus dures besognes pour remplacer les hommes combattant au front ; les infirmières de
tous les mondes se dévouer aux blessés, jusqu'à la mort, avec une abnégation, une énergie touchantes; des mères disant à leurs jeunes fils : « Ne pleurez pas; ce n'est pas un deuil, c'est un honneur pour nous... Et puis, vous le vengerez..., » ; des jeunes gens, ayant eu tout juste Tâge pour s'engager, écrivant du front : « Ne t'inquiète pas, maman! je saurai faire tout mon devoir... Et surtout ne pleure pas! Y a-t-il rien de plus noble, de plus beau que de donner sa vie pour la patrie? » ; la classe 20 se mettant en route, en faisant des vœux pour qu'elle puisse prendre encore sa part des gloires, des dangers de la guerre; des enfants jouant « à la guerre » pour se préparer à se battre, et se sacrifier, comme leurs aînés....
C'est merveilleux; c'est le souffle d'héroïsme des grandes époques de notre histoire qui n'a cessé d'animer, de vivifier les cœurs de notre nation pendant toute la guerre et qui les fait vibrer plus que jamais dans les dernières périodes : et ce n'est plus pour la défense, c'est pour l'avenir, pour la grandeur de la Patrie.
Cette admirable attitude tient beaucoup à la confiance absolue de la nation dans les chefs des armées Foch et Pétain *, et surtout dans le chef du gouvernement M. Clemenceau. Notre peuple a foi dans la robuste activité, dans le patriotisme ardent, dans l'âme du vieux et éminent homme d'État, qu'il sent vibrer si noblement, si énergiquement à l'unissor de l'âme de.la France.
1. Le Gouvernement a reconnu les services exceptionnels inoubliables, rendus au pays, par le général Pétain, en l'élevant à son tour, à la dignité de Maréchal de France, poyr l'entrée d nos armées dans Metz reconquis.