ÉVÉNEMENTS HORS DE FRANCE — LES CAPITULATIONS
En Serbie, sous l'impulsion vibrante du général en chef Franchet d'Espérey, les événements se précipitèrent. Les divisions austro-allemandes qui occupaient encore le pays furent vivement repoussées. Dès le 13 octobre 1918, les Serbes étaient à Nisch. Le 19, les Français étaient sur le Danube près de Viddin, et interdisaient à nos ennemis la circulation sur le ileuve. Le 2 novembre, les Serbes faisaient triomphalement leur rentrée dans leur capitale, Belgrade. Le butin, annoncé vers le milieu d'octobre, se montait à 90 000 prisonniers, 1 600 officiers, 3 généraux, 2 000 canons.
Le 4 novembre, toute la rive Sud du Danube et la Save sont occupées par nos troupes....
Gros succès aussi des Anglais en Mésopotamie, sur le Tigre, le 24 octobre, 7 000 prisonniers. A la fin d'octobre, nos alliés sont à Kerkouk, à 250 kilomètres au Nord de Bagdad, pendant qu'en Palestine ils prennent Alep.
De son côté, l'Italie entra en branle le 25 octobre. Après de violentes, victorieuses manifestations du côté du Mont Grappa, elle fit déclencher sa véritable offensive sur le Piave. Le fleuve fut franchi, brillamment, au prix de rudes combats, entre leMontello et la voie ferrée de Trévise, le 28 octobre ; puis le 30, sur tout le parcours depuis la montagne jusqu'à la mer.
Les Autrichiens se mettent en retraite, abandonnant de nombreux prisonniers, de nombreux canons. La bataille se transforme en poursuite. Le butin
prend des proportions énormes. A partir du 9 novembre, les hostilités sont suspendues. Trente et Trieste sont occupées par nos alliés.
L'Autriche venait de signer sa capitulation, en acceptant toutes les conditions fixées par les gouvernements alliés, et notamment celle qui donnait aux armées alliées le libre passage sur les territoires austro-hongrois et par suite toutes facilités pour attaquer TAllemagne par le Sud.
Quelques jours auparavant, la Turquie avait capitulé de son côté. Les flottes alliées s'occupaient de faire draguer les mines pour pénétrer dans les Dardanelles, le Bosphore et la mer Noire.
Devant les capitulations de ses complices et la grave menace d'être envahie de tous côtés, devant une agitation intérieure qui tournait à la révolution et, par-dessus tout, sous le poids des défaites sanglantes que le maréchal Foch ne cessait d'infliger à ses armées, et qui allaient être aggravées par l'attaque en Lorraine de vingt divisions françaises et six divisions américaines, l'Allemagne avoua sa défaite et fit partir de BerHn, le 6 novembre, des parlementaires chargés de demander les conditions de l'armistice.
Cette demande, si humiliante, était facile à comprendre. Les armées allemandes n'en pouvaient plus.
Il est plus difficile d'expliquer l'efTondrement subit des qualités tant vantées de l'Allemagne : le dévouement à l'empereur; la soumission absolue à l'État; le prestige du « grand état-major » et du corps d'officiers; la discipline rigoureuse, rigide... qui se sont écroulées comme des châteaux de cartes immédiatement après la défaite.
l'offensive générale sur tous les fronts. 217
Au début et au cours de la guerre, tous les Allemands sans exception ont applaudi leur empereur avec frénésie, quand il a déchaîné sur le monde les atrocités de sa guerre. Ils ne pensaient qu'au butin.
Dès que la défaite fut patente, ils se sont détournés cyniquement de leur souverain et l'auraient volontiers sacrifié pour diminuer leurs parts dans les réparations exigées par les Alliés.
Labassesse des sentiments de ce peuple n'a pas plus de limites que sa fourberie, sa cruauté, sa rapacité. Tout esta craindre de FAUemagne pour Tavenir...
Ses parlementaires furent reçus, le 8, par le maréchal Foch, qui leur dicta les conditions de Farmistice et leur laissa soixante-douze heures pour consulter leur gouvernement.
Ces conditions rendaient impossible toute reprise des hostilités par l'Allemagne. Elle était condamnée à livrer une bonne partie de son matériel de guerre. Le Rhin, l'objectif séculaire de la lutte, le grand fossé, qui devrait toujours séparer la barbarie de la civilisation, allait être occupé sur ses deux rives, de la Suisse à la Hollande, par les armées victorieuses des Alliés.
La capitulation de l'Allemagne a été signée le lundi il novembre 1918.
Les opérations de la « grande guerre » se terminaient ainsi par la victoire complète, éclatante des Alliés, au milieu de l'émotion, de l'allégresse du monde entier.
L'humanité était libérée pour longtemps de l'horrible péril allemand. L'Alsace-Lorraine se jetait éperdue de joie, de bonheur, d'enthousiasme, dans
les bras aimés de la France. Trente et Trieste étaient rendus aux Italiens. Les Yougo-Slaves, les Tchéco-Slovaques, la Roumanie, la Pologne... voyaient la tin de leur long martyre.
La « guerre de libération » avait noblement rempli son but.
En France, le Sénat et la Chambre se sont empressés de répondre au sentiment général et de faire une loi destinée à être gravée dans toutes les communes du pays :
« Les armées et leurs chefs,
Le gouvernement de la République,
Le citoyen Georges Clemenceau,
Le maréchal Foch ont bien mérité de la Patrie. »,
On aurait pu y ajouter le nom de l'autre « sauveur de la Patrie », du maréchal Joffre.
Quoi qu'il en soit, la paix n'était plus qu'une question de semaines.
Et bientôt, libérée de ses angoisses, comme de ses efforts virils, énergiques, sanglants, de la guerre, tout entière à l'œuvre, au travail pour remettre sur pied son commerce, son industrie, son agriculture, oubhant ses anciennes divisions, et gardant précieusement « l'union sacrée des cœurs », la France saura par le labeur, l'intelligence de ses ouvriers, par les talents de ses ingénieurs, par la distinction, l'élégance, la beauté de ses arts, de ses lettres et même de ses sports, de ses distractions, se rendre digne pendant la paix de ce qu'elle a été si merveilleusement pendant la grande « Guerre do libr ration ».