V. — Matériel
Notre préparation matérielle a été notoirement insuffisante. — Nous en avons donné les motifs dans la première partie de cet ouvrage. — Il a fallu, pendant la guerre même, improviser une mobilisation industrielle d'une puissance extraordinaire, pour parvenir à assurer le ravitaillement de nos armées en équipements, habillements. . . et surtout en armes, canons, munitions, avions, chars d'assaut....
Cet effort industriel, sans précédents, a pu être réalisé, grâce au concours éclairé des services techniques de Tarmée, au dévouement, au patriotisme de notre industrie, de nos ouvriers, à Timpul- ^ion ferme, soutenue du gouvernement et du parlelent. Mais il a demandé du temps et n'a réussi que grâce à la marche traînante de la guerre de tranchées. Il n'aurait pas pu être fait, si les Allemands avaient persisté dans la guerre de mouvements.
La mise en train de ce gigantesque travail industriel a présenté, au début, bien des difficultés et provoqué de nombreux tiraillements. Rien pendant la paix n'avait été fait, ni même étudié, pour préparer l'organisation de cet énorme efTort du temps de guerre. Personne n'avait prévu les proportions extravagantes des dépenses de munitions, des usures d'armes, de canons, qu'entraînerait cette guerre effroyable. Les Allemands eux-mêmes, qui croyaient n'avoir rien négligé et pouvoir nous écraser à coup sûr, se sont trouvés à court de munitions après la Marne.
Il est utile d'insister sur cette lacune de notre préparation; non pas pour récriminer sur le passé, mais pour Favenir; pour nous rappeler que, dans Tétude des plans de guerre, la mobilisation de l'industrie, destinée à concourir aux fabrications du matériel de guerre, devra être étudiée, préparée, réglée avec autant de sollicitude que celle des chemins de fer qui a donné des résultats si remarquables.
Les grands services spéciaux de Tarmée qui ont besoin de cette aide de Tindustrie devront être organisés, perfectionnés de manière à être aptes à utiliser pour le mieux la collaboration des usines privées et à leur fournir à temps les modèles et les renseignements nécessaires.
Le grand écueil de la préparation du matériel, indispensable pour bien mener la guerre, consiste dans Ténormité des dépenses auxquelles cette préparation aboutit et qui paraissent d'autant plus lourdes qu'elles sont demandées en pleine paix, quand la guerre peut paraître bien éloignée.
Elle se transforme en une question irritante de budget et tombe forcément sous l'intluence des partis du parlement qui, tout en étant animés des meilleures intentions, peuvent très bien « ne pas savoir assez », ne pas être suffisamment éclairés sur les nécessités de la guerre, ou même se laisser aller au désir d'être agréables à leurs électeurs et repousser des dépenses qui ne répondent pas à leurs préoccupations du moment.
C'est là, avec nos institutions actuelles, une source de dangers permanents pour notre pays. Il faudra y songer après la guerre et chercher à tirer
de notre Constitution tout ce qu'elle peut donner à cet égard, ou même la perfectionner si cela paraît nécessaire.