‹ La guerre de Russie [microforme]Chapitre 25 sur 39 · DANS LA FORET · texte numérisé non relu

DANS LA FORET

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ETTE fois-ci nous savions du moins pour qui et pourquoi nous allions nous battre.

En un clin d’œil nous étions formés en carré, le doigt sur la détente de nos fusils, suivant de l’œil les mouvements des ennemis qui arrivaient sur nous, brandissant leurs lances et poussant des cris de joie ou, pour mieux dire, des hurlements de bêtes fauves.

Je tournai la tête et cherchai du regard ma cousine et ma petite filleule. La pauvre mère, agenouillée dans la neige, serrait contre sa poitrine son enfant bien-aimée, pour la conservation de laquelle nous étions tous prêts à sacrifier notre vie, et ses yeux pleins de larmes étaient tournés vers le ciel.

Cette vue me fit oublier un instant le danger que je courais et je me disposais àadresser à la brave femme quelques paroles de consolation, lorsque le caporal, qui s’était placé à côté de moi, me dit à l’oreille :

— C’est comme si ces démons de cosaques avaient peur de nous ou comme s'ils voulaient tout simplement nous faire admirer l’agilité de leurs petits chevaux.

En effet, au lieu de nous attaquer, les cavaliers se contentaient de poursuivre quelques soldats isolés qu’ils perçaient de leurs lances quand ils parvenaient à les atteindre, ce qui, le plus souvent, n’était pas très-difficile, car la neige amoncelée dans les chemins creux empêchait les pauvres fuyards de courir bien loin.

— Nous sommes encore trop forts, dit un grenadier, et ces barbares ont peur de nos fusils. Partons.

— Je le veux, répondis-je, mais à condition que nous marchions bien ensemble, fermement décidés à former le carré à la première alerte et à nous défendre jusqu’à la mort,

Nous nous remîmes en route, prêts à repousser toute attaque.

Les cosaques, tout en continuant leur chasse à l’homme, disparurent derrière un massif de sapins. ;

Ils avaient jugé sans doute que nous étioif trop nombreux, trop bien armés, trop peu disposés à nous laisser massacrer sans montrer les dents! I fallait à ces gens des victoires plus faciles et un butin qui ne leur coûtât que la peine de le ramasser. Ils dépouillaient les fugitifs non-seulement de leurs armes, mais aussi d’une grande partie de leurs vêtements, les laissant

VIE DE NAPOLÉON ler

ainsi exposés presque aus au froid mortel qui abattait même les plus forts. Souvent aussi ils les perçaient de leurs lances.

A tout moment nous rencontrions de pauvres soldats à moitié morts âe froid et de misère, qui cherchaien: à nous ruivre et qui, voyant l’inutilité &e leurs efforts, s’étendaient tristement sur la neige, où la mort ne tardait pas à venir les glacer.

Nous pümes marcher ainsi jusque vers midi. La route que nous suivions était celle par où avaient passé les débris de la grande armée. Il était impossible de s’y tromper, malgré la neige qui tombait sans relâche. Ici, on voyait les restes d’un bivouac ; une plare vide remplaçait le feu ‘éteint, et tout autour un triple rang de cadzxvres nous faisait frémir d'horreur malgré l'habitude que nous commenci::n8 à avoir de pareils spectacles.

Plüs loin, un cheval, tombé en *ravers du chemin, levait en l’air sesjarr . bes raidies qui sortaier:: de la r :igs comme ces piquets plants par les fos-

>yeurs pour irdigesr "pli. cn d’une tombe.

Puis, c’étaieuv des <:::::" : "1ontis, des affüts brisés, et encore et toujours des cadavres d’h:m::1:: :: ::: chevaux!

Les rois et les empereur: song: ‘ls bien à tout cela, lorsqu'ils se déelarent la guerre, c’est-à-dire lorsqx'il décident d’envoyer à la mort quelques milliers de pauvres soldats ?

Dieu sait si jamais je sortirai vivant de ce pays; mais, quoiqu’il arrive, ce n’est pas moi que l’on surprendra encore à jeter des cris de joie, lorsqu’on nous parlera de nouvelles batailles et qu’on nous promettra d’autres victoires !

Je me disais tout cela, lorsque nous atteignîmes le sommet d’une colline, au pied.de laquelle s’étendait une grande forêt de sapins.

Cette vue nous causa beaucoup de joie. Sous les arbres, dont le branchage touffu et entrelacé formait d'excellents abris, il nous serait facile de nous dérober aux regards investigateurs des cosaques.

J1 fut donc décidé que nous entrerions dans la forêt pour y prendre un peu de repos et de nourriture, deux choses dont nous avions grandement besoin.

Nous nous glissâmes entre les arbres dent les branches les plus basses traînaient à terre, regardant à tout moment derrière nous, pour nous assurer que les cosaques ne nous suivaient pas.

Je passai le dernier sous l’arcade verte formée par une épiistte renvergée. Un coup-d’œil sur il’immense plaine enneigée me prouva que nous avions pour le monent échappé à nos cruels ennemis. 36 constatsi même avec une satisfact.on égoïste que les fuyards, qui se trainaient péniblement sur les traces de l’armée française, ne songeaient pas à venir nos rejoindre dans notre retraite.

— Tant mieux! me dis-je ; il nous reste quelqnes provisions et nous n’a-

vons nulle envie de les partager avec qui que soit, L’extrême misère rend souvent cruel et chasse du cœur tout sentiment

de pitié.

Fous voilà réunis aut@r d’un grand feu. Ma cousine et sou enfant ont la meilleure place : il s’en trouve parmi nos compagnons qui ne voient pas d’un bon œil les légers avautages dont nous voulons faire jouir cette courageuse femme, mais mon cousin, le caporal et moi, nous nous montrons si bien décidés à la défendre, que les mécontents se taisent. Le feu autour duquel nousnous pressions et que mes camarades alimen-

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