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VIE DE NAPOLÉON Ier
peu de nourriture et quelques lambeaux de linge pour panser nos plaies. Pourrait-on refuser cela à deux malheureux sur le point de succomber, et se trouverait-il sur la terre une créatu, humaine assez barbare pour nous repousser ?
Et me voilà dans la rué, hésitant encore, tremblant, me préparant à tendre humblement la main.
Je m’approche d’une maison qui se distingue des autres par le soin
: minutieux avec lequel les abords sont entretenus. A l'intérieur, j'entends
un enfant qui pleure, et une voix de femme, fraiche et claire, chante gatment vour apaiser le petit mécontent. Cette voix si douce, c’est la voix d’une mère; il y a là une femme qui sait aimer et compatir; lorsqu'elle verra ma misère, son cœur sera ému de compassion. Elle songera sans doute que son enfant pent se trouver un jour comme moi dans la plus extrême misère, forcé d’implorer la charité des étrangers. Oui, tout me dit que cette femme sera miséricordieuse.
Cependant j’hésite encore. Je tremble, mon cœur bat À rompre ma poitrine, je suis forcé, pour ne pas tomber, de m’appuyer contre le mur de la. cabane. Si cette femme allait s’effrayer à ma vue, se mettre à crier, appeler son mari, ses voisins, parmi lesquels il s’en trouvera certainement qui voudront se donner le cruel plaisir de me maltraiter, de me tuer peutêtre ?.…
Chassant cette cruelle pensée, je frappe ou plutôt je gratte timidement à la porte ; comme un criminel qui frémit en songeant qu’il va se trouver devant ses juges, j’attends tout tremblant.
La porte s'ouvre...
Raphaël n’a jamais peint Madone plus belle que cette jeune mère à l’opulente chevelure blonde, aux grands yeux bleus, aux lèvres roses, au teint d’une fraicheur merveilleuse. Et qu’il était beau, le gros bébé joufin
A cet appel, une douzaine de paysans sortent de leurs demeures. Voyant
de quoi il s’agit, ils retournent chez eux et reviennent bientôt, armés de
haches, de bâtons et de fourches.
Etourdi et sentant que les forces vont bientôt me manquer, je me mets
cependant à courir, tout en criant à mon ami de se tenir caché. Malheureusement, le pauvre garçon ne l’entend pas ainsi. Je le vois sortir du hangar, pâle, défait, se trainant; à peine, mais beau d’audace et do fierté.
.— Fuis, me dit-il; pendant que ces brutes m’achèveront, tu pourras atteindre la forêt et échapper à leur vengeance !
Et, sans hésiter, le front haut, les bras croisés sur la poitrine, il se place au milieu du chemin.
Les paysans s’arrêtent indécis. L'homme le plus sauvage du monde doit éprouver quelque répugnance à frapper un ennemi qui ne se défend pas- . Mais l’hésitation de nos bourreaux ne dure pas longtemps. Ils nous reprochent l'incendie de Moscou et tombent sur nous à coups de poings et de bâtons.
Dès la première attaque, n’ayant aucune arme pour me défendre, étant d’ailleurs trop faible pour tenir tête à tous ces forcénés, je jugeai prudent
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de me peletonner comme un hérisson, les deux mains jointes sur ma tête, La foule hideuse qui m’entourait 6.4it furieuse de me voir suuff.ir si peu. Les femmes surtout s’acharnaient, me roulant d’un côté de la rue à l’aut” Ce jeu cruel finit par les amuser beaucor.,) : elles riaient aux éclats et ap. plaudissaient chaque fois qu’un coup bien appliqué m’arrachait un cri de douleur.
Plus heureux que moi, le caporal était tombé, mort ou évanouïi, au premier coup que lui porta un grand vaurien, le chef de la bande sans doute, qu’, voyant mon ami hors de combat, se rua sur moi avec une fureur inouïie.
Cela ne pouvait durer bien longtemps. Comme je refusais obstinément de me relever, un paysan écarta ceux qui me servaient de plus près, et, le: vant sa hache, il fit mine de n’en frapper.
Je fermai les yeux en recommandant mon âme à Dieu.
La brute n’eut pas le temps d'exécuter son projet ; une femme arrêta son bras et lui parla avec volubilité. Elle avait sans doute trouvé un bon moyen de nous faire ent ure raison, car tous mes bourreaux, hommes et femmes, se mirent à rire et à battre des mains. La mégère partit en c.urant et revint au bout de quelques instants avec une marmite d’eau bouillante!
Elle se disposait à m'infliger le plus cruel des supplices, lorsque son attention fut attirée par l’arrivée de deux cosaques dont les chevaux, couverts d’écume, faillirent écraser les plus acharnés de mes persécuteurs.
Alors, ramassant ce qui me restait d'énergie, j’essayai de fuir, mais trop de soufirances m’avaient épuisé. Je n’avais pas fait dix pas que je perdis connaissance.