‹ La guerre de sécession, 1861-1865Chapitre 13 sur 23 · PITTSBURG-LANDING · texte numérisé non relu

PITTSBURG-LANDING

nemi, qui est resté ferme sous un feu meurtrier tant qu'il a entendu son artillerie, hésite quand il ne se voit plus soutenu. Sigel porte ses régiments en avant sous la protection de ses batteries qui se déplacent avec eux ; l'espoir est revenu. Toute l'armée fédérale prend l'offensive ; les confédérés se retirent par les défilés de Gross-Timbers ; Curtis n'ose inquiéter la retraite.

Van Dorn n'avait pas atteint son but ; il rejoignit, sous Corinth-, Sydney Johnston et Beauregard.

La nouvelle ligne de défense adoptée par les confédérés était le chemin de fer de Memphis à Charlestown; elle s'étendait de Ghattanooga auMississipi, par Stevenson, Huntsville, Decatur, Florence et Corinth ; là se trouvait le quartier général et le centre de la résistance.

Cette fois encore, Grant fut chargé de briser l'obstacle. Avec cinq divisions embarquées sur quatre-vingtdeux bâtiments, il remonta le Tennessee et vint s'établir à Savannah (12 mars 1862). Sur les divers points de la voie ferrée, les corps Sudistes étaient échelonnés, en vue d'une rapide concentration. La possession d'un chemin de fer parcourant leur front leur donnait de tels avantages qu'il parut indispensable de renforcer Grant dans le Tennessee occidental. Halleck prescrivit à BuellS récemment soumis à son autorité, de gagner

* Buell (Bon Carlos), major général de volontaires, né dans rOhio en 1820. Entré à West-Point en 1837; sorti en 1841 ; lieutenant en premier en 1847 ; attaché à Tétat-major de Tarmée pendant la guerre du Mexique (1847-1848); breveté capi^^ taine après Monterey; se distingua à Gerro-Gordo; breveté major après Contreras ; grièvement blessé à Gherebusco ; démissionnaire en 1851 ; rentré au sertice peu de temps après* Buell servait en Californie, comme major de réguliers, au com«

promptement à l'Ouest, vers Savannah. Les fédéraux, de la sorte, devaient toujours être supérieurs à Tennemi.

Grant semble avoir attendu passivement l'exécution des ordres de son chef sans être bien fixé ni sur les dangers de sa position, ni sur les agissements de l'ennemi. Ses divisions sont à Pittsburg-Landing, Savannah et Grump's Landing, assez éloignées lune de l'autre, ne songeant ni à s'éclairer, ni à se couvrir contre une attaque possible. Buell, parti de Nash ville le 28 mars, ne pouvait tarder à rejoindre l'armée principale qui s'endormit dans une sécurité dangereuse. Fort bien renseigné, Sydney Johnston crut possible d'écraser Grant encore séparé de Buell et des canonnières occupées au siège de l'îlot n© 10 ; la concentration de ses troupes disponibles était à peu près complète dans les premiers jours d'avril. En laissant sur les autres points le strict nécessaire, il arrivait à former une masse de 45,000 hommes environ.

Le 3 avril 1862, il annonce à soh armée qu'il va la mener à l'ennemi.

« Je vous ai mis en mouvement pour offrir la ba- « taille aux envahisseurs de votre patrie ; vous aurez « l'énergie, la discipline, le courage convenant aux dé- « fenseurs de tous les principes dignes que l'homme « vive ou meure pour eux. Vous marchez à une vic- « toire décisive sur les mercenaires payés pour vous

mencement de la guerre. Nommé, par le Congrès, brigadier général, le 17 mai 4861, il commanda une division sur le Potomac, et fut ensuite, en qualité de major général, envoyé par Mac-Clellan, avec lequel il était fort lié, commander Tarmée du Kentucky à la place de Sherman. Buell ne reparut plus en campagne après son remplacement par Rosecrans.

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« dépouiller de vos libertés, de vos biens, de votre hon- « neur.

« Rappelez-vous l'immense importance de la lutte ; « rappelez-vous que mères, sœurs, femmes, enfants, « espèrent en votre succès ; rappelez-vous les champs « magnifiques et féconds, les maisons riantes que rui- « nerait votre défaite. Vous êtes Tespoir de huit mil- « lions de créatures humaines; montrez-vous dignes « de votre ancienne bravoure, des femmes du Sud dont « le dévouement ne sera jamais surpassé.

« Comptant sur votre courage et croyant fermement « que Dieu marche avec nous, votre général vous mène « au combat, plein de confiance dans le succès. »

N'est-ce pas d'une sobriété magnifique et d'une puissante éloquence? Et quelle sublime péroraison que l'héroïsme de ce général qui, mortellement frappé, reste à cheval jusqu'à son dernier souffle, pour ne pas décourager ses troupes !

Les confédérés devaient attaquer le 5 avril ; l'état des chemins les retarda de vingt-quatre heures. Sydney Johnstoû commande, avec Beauregard pour second. A la tête des trois corps : Hardee, Polk, Braxton Bragg ; Breckinridge avec les réserves. Hardee est en première ligne. A cinq heures et demie du matin, il tombe, comme une avalanche, sur l'extrême gauche des fédéraux. Le général Prentiss et 2,000 hommes sont pris San» coup férir ; abandonnant son camp, la division recule en désordre sur celle de Hurlbut, qui arrête un moment les assaillants.

En même temps, à la droite fédérale, Sherman, pressé par des forces supérieures perd du terrain et se replie sur Mac-Clernand ; l'attaque a été des plus violentes ; la petite église de Shiloh, que les deux partis se disputent ayec une égale énergie, prend, à cause de sa

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position, une grande importance stratégique. Autour de ses murs, troués par les projectiles, s'entassent les cadavres ; Sherman a déployé, pour la défendre, toute l'énergie et toute l'habileté auxquelles il devra plus tard d'éclatants triomphes ; après une résistance désespérée, la première ligne fédérale est forcée.

Grant, qui prétend n'avoir pas été surpris*, essaie de parer au plus pressé. Les confédérés poursuivent méthodiquement l'exécution de leur plan ; à onze heures les camps dePrentiss, Sherman, Lewis Wallace, Hurlbut sont en leur pouvoir ; les troupes de l'Union, concentrées par leur mouvement de retraite, se rapprochent de la rivière. Bientôt elles seront acculées à la berge.

« Six heures sont écoulées depuis l'attaque des confédérés, » écrit un témoin oculaire, « et les divisions ébranlées de Hurlbut et Wallace protègent seules Tar- « mée contre une capitulation ou un désastre. Cepen- « dant tout n'est pas encore perdu ; l'attaque du matin

i (( Quant à dire que nous ayons été surpris, rien n'est (( moins eitact ; si Tennemi nous avait avisés du lieu et de u rheure de son attaque, nous n'aurions pas été mieux pré- (I parés; nos reconnaissances escarmouchaient, depuis deux (( jours, avec son avant-garde. Je ne crus pas cependant qu'il i( eût l'intention d'attaquer à fond^ mais seulement de tâter « en force la position. Mon quartier général était à Savannah, « bien que, le plus souvent, je sois resté à Pittsburg pendant <( la journée. Les renforts arrivaient à tout instant et devaient « être répartis immédiatement entre les divisions et les bri- (( gades. Ils avaient Tordre de se rendre à Savannah où, par a suite, il fallait bien conserver un bureau et du personneL (( Je devais aussi y attendre Buell et lui préparer les moyens it de passer la rivière. »

Ce fragment d'une lettre de Grant est intéressant à étudier; il montre combien le général est adroit à déplacer la question.

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« sur la division Prentiss a ouvert une brèche par la- « quelle Tennemi cherche à tourner notre gauche ; « quatre fois les confédérés reviennent à la charge; (( ils sont repoussés; » mais, sur la droite, Hurlbut, à son tour, est chassé de son camp ; il s'établit en arrière, au milieu d'un bois où il soutient trois assauts. Grant réoi^anise les régiments battus le matin et les renvoie sur le champ de bataille. Négligence impardonnable, la cinquième division, stationnée à Crump'sLanding, ne reçoit aucun ordre et ne marche pas immédiatement au canon; quand, à plus de midi, on s'en souvient, il est trop tard pour qu'elle puisse prendre part au combat. Cependant Hurlbut est forcé dans le bois, il recule encore à un demi-mille de la rive ; Wallace reçoit une blesssure mortelle ; sa division décimée bat enretraite. Il est quatre heures et demie ; la seconde ligne fédérale est enfoncée, comme la première; toute Tarmée unioniste, pelotonnée dans le camp de la division Wallace, forme un cercle peu étendu, à courte distance de la berge ; on n'a pas d'équipage de pont : à peine des bateaux en nombre suffisant pour transporter une division ; une partie de l'artillerie est désemparée ; des milliers de prisonniers restent aux mains de l'assaillant; encore un efTort et sa victoire est complète.

Le feu se ralentit un moment, pour la première fois depuis le matin. On pensa que les confédérés prenaient leurs dernières dispositions, ou qu'embarrassés par la retraite des fédéraux ils ralentissaient leur marche, redoutant une embûche. « Ces quelques minutes furent a des instants d'or pour notre armée désorganisée et « vaincue ; on sut les utiliser. » Le colonel Webster, chef d'état-major, mit en batterie toutes les pièces de campagne pour défendre le centre et la gauche ; « en « face était un ennemi victorieux ; derrière, les débris

« des divisions refoulées le matin ; au delà, une rivière « profonde et rapide. On ne savait rien des troupes (' restées à Crump's Landîng ; sur l'autre rive, on « voyait apparaître 1 avant-garde de Buell ; mais « elle ne devait pas arriver à temps pour être d'un « grand secours. Soudain, un éclair jaillit de Tépais- « seur du bois d'où sort, en sifflant, un ouragan de fer. « L'ennemi tente un assaut décisif; il approche bra- « vement, sous le feu de notre artillerie. Les canon- « nières, avec leurs gros canons, prennent en flanc « leurs colonnes d'attaque, dont Télan se ralentit sous « une pluie de mitraille. L'obscurité met fin àl'action.» Dans ce récit, évidemment sincère, publié à New- York par un écrivain abolitionniste, tout est vrai sauf la dernière phrase; la véritable bataille finit à six heures et, au 7 avril, à six heures, il ne fait pas nuit par cette latitude. L'armée confédérée avait perdu son chef; Beauregard, qui lui succédait dans le commandement, se croyant victorieux, télégraphia l'heureux résultat de la journée. Plus clairvoyants, mieux inspirés, Polk, Hardee, Bragg voulaient continuer la lutte. Craignant les chances d'un combat de nuit, espérant avoir facilement raison des fédéraux au lever du jour, Beauregard arrêta ses troupes fatiguées, mais pleines d'enthousiasme; le lendemain, il était vaincu, avant le premier coup de canon : l'armée de Buell, tout entière, prenait part à la bataille.

A sept heures du matin, par un temps sombre et pluvieux, Grant attaque de nouveau, soutenu par 25,000 hommes de troupes fraîches. Les confédérés, après une longue résistance, durent céder le terrain conquis la veille. Us s'appuyèrent sur l'église de Shiloh ' y tinrent ferme ; débordés à gauche par les divins de Buell, à bout de force, épuisés par dix-huit

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