‹ La guerre de sécession, 1861-1865Chapitre 15 sur 23 · MINISTÈRE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

MINISTÈRE DE LA GUERRE

« Le major général Mac-Glellan prendra le com- « mandement des fortifications de Washington et de « toutes les troupes pour la défense de la capitale.

« Par ordre du major général Halleck,

« E. D. TowNSEND, assistant adjudant général. »

Le nouveau commandant en chef était Thomme du moment ; dès qu'il parait à Tannée, chacun se soumet, les indisciplinés de la veille, ceux pou^ui Pope réclamait des conseils de guerre, donnentleur concours sans réserve ; les régiments se reforment ; le désordre fait place à une organisation hâtive, imparfaite, mais permettant de marcher en avant ; chose incroyable, si les ordres de route n'existaient aux archives de la guerre, une partie de l'armée unioniste traversait le PotomaCjdans la soirée du 3 septembre, pour observer les mouvements de Tennemi. Le Président et son oracle du moment, le formaliste Halleck, crièrent aussitôt à l'imprudence. Le reproche n'est-il pas singulier dans la bouche de ceux qui, un mois auparavant, destituaient Mac-Glellan pour lenteur et pusillanimité ?

Soutenu par la confiance de ses troupes, le général ne s'arrêta pas aux terreurs du gouvernement. Parfaitement certain que Lee ne pouvait aborder Washington, hardiment il porta cinq corps au-devant de l'ennemi, laissant d'ailleurs, pour garder la capitale, un

noyau d'au moins 70,000 hommes. Avec 90,000 environ, il était établi, le 7, à Rockville, sur la route de Frederick.

Lee a été vivement blâmé de n'avoir pas, après Mannassas, conduit ses troupes au Gapitole. Il perdit là, dit-on, faute d'audace, tout le fruit de sa victoire. Rien n'est brutal comme un chiffre. Les biographes du général "Vlrginien ont, en deux lignes, fait justice de ces allégations.

Parti de Riehmond pour former, avec Jackson, une masse de 70,000 à 75,000 hommes, Lee avait, du 25 août au 2 septembre, marché ou combattu sans interruption; après sa victoire, il lui restait à, peine 50,000 soldats présents au drapeau, et ce chiffre de 25,000 manquants n'est pas exagéré si l'on tient compte du peu de cohésion des troupes Américaines au début de la guerre. Les régiments fondaient à vue d'œil.

A ces 50,000 soldats, le Nord pouvait, le soir même du 3 septembre, opposer une masse au moin$ égale, immédiatement disponible, appuyée sur des ouvrages préparés de longue main, et n'ayant pris aucune part à la campagne précédente; quatre jours après, les confédérés étaient « observés », — disons « suivis » par une armée presque double de leur effectif, tandis que des forces à peine inférieures assuraient la sécurité de la capitale. Inutile d'insister, la démonstration étant suffisamment claire. Dans cette question numérique est la solution de l'énigme ; du commencement à la fin de la guerre de Sécession, on retrouve, à, chaque page sanglante ou glorieuse, la trace de cette implacable loi du nombre, de la richesse, de la densité de population, contre laquelle ne prévalurent ni le courage, ni le talent, ni même la victoire.

En imposant à son général victorieux la nécessité de porter la guerre sur le territoire de FUnion, Jefferson Davis obéissait à des nécessités politiques de premier ordre; il fallait, à tout prix, donner satisfaction au ressentiment de la Virginie, récemment foulée par deux invasions successives. La masse du peuple, enrôlée avec enthousiasme sous un drapeau illustré par de brillants faits d'armes, réclamait impérieusement la satisfaction de montrer sa nouvelle bannière aux États loyaux. Baltimore, la grande ville esclavagiste, appelait, de tous ses vœux, les soldats de la Confédération; le Maryland lui-même, en maintes circonstances, avait fait cause commune avec les États du Sud. Quel politique n'eût cru fermement à une marche triomphale au milieu de populations fanatisées, à une facile victoire affirmant la vitalité de la nouvelle nation? Gomment Jefferson Davis, un enthousiaste à froid, eût-il repoussé de pareilles visions ? Robert Lee reçut Tordre formel de passer le Potomac.

Le général confédéré n'était pas de ceux qui désobéissent ; oubliant ses respectueuses mais péremptoires objections, il mit' au service des idées qu'il désapprouvait ses brillantes qualités militaires et son entier dévouement. Qui peut afQrmer qu'une crise politique n'eût renversé le gouvernement de la Maison-Blanche si le choc de l'Antietam eût été une victoire pour le Sud? Est-il permis, en outre, d'assurer que, si un heureux hasard n'avait livré à Mac-Glellan le plan tout entier de son adversaire, la série des combats, de South- Mountain à Sharpsburg, eût été aussi favorable pour l'Union? Toutefois, il demeure certain que, sans l'appoint d'une révolution, le Sud ne pouvait triompher par la seule force des armes, quels que fussent, par ailleurs, la valeur de ses troupes et le talent de ses généraux.

La première invasion du Maryland n'a pas réusssi parce que c'était un coup de dés joué sur des combinaisons politiques non réalisées ; la population, que les soldats confédérés saluaient du chant national « Maryland, o my Maryland », reçut froidement ses prétendus libérateurs. Elle semblait ne pas croire au succès définitif de la Confédération et sa position géographique lui imposait la prudence dans ses manifestations. En outre, Tévénement Ta prouvé par deux fois, si les grands centres étaient avec le Sud, petites villes et campagnes restèrent de cœur avec l'Union. Lee ne trouva donc pas l'appui moral sur lequel on comptait à Richmond; ses soldats fatigués ne furent pas recueillis chez l'habitant comme sur le sol de la Virginie ; les colonnes Sudistes durent vivre sur le pays, par la voie des réquisitions. Elles observèrent la plus exacte discipline, les prescriptions habituelles du général en chef se doublant cette fois d'un intérêt politique facilement compris de tous ; mais, en dépit des ménagements, le poids de l'occupation étrangère étoufla promptement les sympathies platoniques pour le Sud et l'armée victorieuse sentit, peu à peu, le vide se faire autour d'elle.

Lee ne s'illusionnait sur aucune des difficultés de sa position ; pour dérober à l'ennemi la juste appréciation du petit nombre de ses soldats, il mit, entre lui et les troupes marchant à sa rencontre, la barrière formée parla chaîne des montagnes Bleues ; il comptait remonter au Nord, menacer à son choix , soit Baltimore, soit les riches contrées de la Pensylvanie, s'emparer du réseau des chemins de fer, obliger l'armée de Mac-Clellan à le combattre dans des positions de nature à contrebalancer son infériorité numérique et peut-être détruire cette seconde armée comme il avait battu celle de Pope*

La faute militaire de l'invasion admise, il était difficile de tirer un meilleur parti des chances que Ton pouvait avoir. Lee, du reste, ne montre jamais plus de talents que dans les circonstances critiques; l'habileté du général soutient, jusqu'au bout, une partie dans laquelle Tinégalité des forces doit fatalement faire pencher la balance pour le Nord et Ton se demande si cet homme ne va pas réussir en dépit de tout. Mannassas, une victoire, Harpers-Ferry, un succès, ont usé r armée Sudiste ; réduite de moitié, elle fait tête glorieusement, à TAntietam, aux 80,000 hommes de Mac-Glellan ; elle n'est pas vaincue ; mais, du moment où son mouvement s'arrête, elle doit rétrograder; Je pendule, remonté jusqu'à Hagerstown, va redescendre vers la Virginie, après une bataille indécise ayant, pour les confédérés, toutes les conséquences d'une défaite. Et, comme pour enlever toute chance de succès à la cause esclavagiste, la fortune livre le plan général de ses défenseurs, au moment même où ils sont engagés dans une série de manœuvres fort dangereuses.

Eclairé sur les intentions de son adversaire, Mac- Glellan n'a pas à hésiter; le problème se présente dans des conditions exceptionnelles ; toutes les données lui sont connues, et il a des moyens d'action suffisants. Cependant, ses opérations, fort bien combinées, ne donneront pas tous les résultats qu'il est en droit d'espérer, car il faut tenir compte de deux facteurs modifiant considérablement ses prévisions : la rapidité de décision de Lee et la difficulté de mouvoir les troupes fédérales.

Le matin du 13 septembre 1862, au moment où l'on apportait à Mac-Clellan l'ordre de marche de la division D, H. Hill, trouvé dans une auberge de Frede-

rick s l'armée Confédérée se divisait en deux tronçons, séparés par une assez grande distance. Cinq divisions, sous Jackson, manœuvraient, depuis quatre jours, pour cerner, dans Harpers-Ferry, 13,000 hommes laissés par Halleck dans une situation excentrique, comme pour offrir à Tennemi l'occasion d*un important succès. Le 1? au soir, la garnison de Harpers-Ferry devait être entourée ; l'attaque, dirigée par Stonewall, serait vigoureuse et énergique ; la prise de l'arsenal donnerait aux confédérés les armes et surtout les munitions qui leur faisaient défaut. Pendant ce temps, Lee et Longstreet, avec quatre divisions seulement, marchaient au Nord, vers Hagerstown, pour détourner l'attention des fédéraux ; on devine aisément toute la portée de l'incident auquel Mac-Clellan dut la connaissance de ces combinaisons, au moment où la concentration de son armée, près de Frederick, lui permettait de s'interposer entre les deux fractions de l'armée Sudiste.

Que Lee hésite, que Jackson perde du temps, que Miles, qui commande dans Harpers-Ferry, montre quelque énergie, les confédérés sont exposés à un désastre. Cette fois encore^ Lee et Jackson ne démen* tiront pas leur réputation ; Mac-Clellan dessine sa marche, le 13 au soir ; son avant-garde pénètre dans

* Par une négligence à difûcile à excuser, le confédéré D. H. Hill laissa, à Frederick, dans une auberge qui lui avait seryi de quartier général, l'ordre de marche de sa division avec références au mouyement d'ensemble. Frappé par la vue d'un papier timbré « Armée de Virginie — Quartier général n, un des officiers fédéraux entrant à Frederick, avec l'ayant-garde de Mac-Glellan, étudia le document et^ en devinant, sur-le-champ, rénorme importance, le fit parvenir au général en chef.

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Middletown ; le 14, au point du jour, son adversaire, arrêtant son mouvement vers le Nord, fait appuyer, par de sérieux renforts, les détachements occupant les défilés de South-Mountain ; Mac-Laws, qui devait se joindre à Jackson sous Harpers-Ferry, renvoie sur Grampton's Gap la majeure partie de sa division, tandis que D. H. Hill revient défendre Tautre passage à Turner's Gap. Sur ces deux points, les confédérés ne sont pas encore assez nombreux pour barrer la route ; mais, grâce à la force de la position, ils retarderont les colonnes fédérales assez longtemps pour permettre à Jackson de rejoindre, qu'il ait ou non atteint son but.

Les opérations connues sons le nom de combats de South-Mouûtain (14-15 septembre 1862), se développent sur un triple théâtre : Turner's Gap, Crampton's Gap, Harpers-Ferry.

Tumer's Gap. Le défilé est entre Middletown et Boonesboro. Hill a 6,000 hommes ; h dix heures du matin le corps de Reno engage Faction ; le confédéré Garland * est tué ; ses soldats reculent ; mais des renforts arrivent du corps de Longstreet ; ils reprennent les positions perdues ; à deux heures, Mac-Clellan et Burnside sont sur le champ de bataille, avec les deux corps de Reno " et de Hooker; lutte acharnée jusqu'à sept heures du soir. Reno, le camarade de promotion,

1 Brigadier général Robert E. Garland, né en Virginie, sorti de West-Point en 1846 ; démissionnaire en 1861 ; tué, le 14 septembre 1862, à la tête d'une brigade de la diyision D. H. Hill.

' Major général Jesse L, Reno, originaire du Massachusetts ; sorti de West-Point en 1846. Brigadier général en 1861 ; major général Tannée suivante, commandant le 1" corps de Farmée du Potomac; tué, le 14 septembre 1862, à Turner's Gap.

Tami intime de Garland, est frappé à mort. Après plusieurs retours offensifs, les confédérés sont délogés de positions dominant le défilé; c'est un succès pour l'armée fédérale, désormais certaine de pénétrer le lendemain dans la vallée de TAntietam. Pertes des deux côtés : environ 1500 tués ou blessés ; le Sud laissait, en outre, aux mains de l'ennemi à peu près autant de prisonniers.

On a démesurément grossi les forces esclavagistes à Turner's Gap ; D. H. HiU * ne commandait pas, à proprement parler, un corps d'armée ; son initiative, sa vigueur, son caractère difficile avaient conduit le général en chef à former, pour lui, une division un peu plus forte que les autres, qui souvent servit de réserve et avec laquelle il opérait isolément ; à peu de choses près, le rôle de Dupont^ en 1805 et 1806; plus habile ou plus heureux, HiU, au cours de sa glorieuse carrière, ne rencontra pas de Baylen.

* Lieutenant général Daniel H. HiU, né dans la Caroline du Sud ; éleyé à West-Point. Campagne du Mexique ; y obtint le grade de major dans Tarmée régulière ; professeur de mathématiques au collège Dayidson (Caroline du Nord), ensuite 'di-> recteur de l'école militaire de Charlotte (id.) ; nommé brigadier général au début de la guerre, puis bientôt major général; il commanda presque toujours une division indépendante. Après Fredericksburg, il fut nommé en mars 1883, au commandement de la Caroline du Nord ; il passa ensuite à Tarmée de rOuest comme lieutenant général et s^entendit fort mal ayec Braxton Bragg, dont le caractère était encore plus difficile que le sien, et reyint dans la Caroline du Nord. 11 faisait partie de Farmée de Johnston lors de sa capitulation «

D. H. HiU a beaucoup écrit dans les journaux. Après la guerre, il s'est établi à Philadelphie, pour y publier une revue intitulée : The Landwe love (Notre pays bien-aimé)*

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Crampton^s Gap. Confédérés : trois brigades ; fédéraux : deux divisions. Arrivé à midi au pied de la montagne, Franklin commence l'attaque immédiatement ; après une lutte assez vive et au prix de pertes sensibles, il déloge de ses positions son adversaire Howell GobbS débouche au delà du défilé pour venir bivouaquer, le soir, à petite distance des Maryland- Heights, la clef de Harpers-Ferry. Pertes : Fédéraux : 500 hommes ; Sudistes : 600, plus 400 prisonniers et un canon.

Harpers-Ferry, Du 10 au 13 septembre, Jackson, Walker et Mac-Laws, convergeant sur Harpers-Ferry, poussaient devant eux et acculaient, dans les environs de la ville, une quinzaine de mille fédéraux avec 70 pièces de canon. Le colonel Miles •, qui les comman-

* Major général Howell Cobb, né, le 7 septembre 1815, à Cherry-Hill (Géorgie), était fils d'un colonel de l'armée régulière. Il débuta au barreau, en 1836, et fut élu, l'année suivante, solicitor général par un des districts de la Géorgie. Démocrate ardent, il fut envoyé plusieurs fois au Congrès, de 1838 à 1848, et s'y montra orateur éloquent. En mars 1857, le président Buchanan le nomma ministre des finances. En 1861, Howell Cobb se prononça pour le Sud et fut élu Président de l'Assemblée des Etats rebelles ; il servit d'abord en qualité de brigadier général, devint ensuite major général à l'armée de l'Ouest ; à la fin de la guerre il commandait à Maçon (Géorgie) et rendit la ville au général Wilson le 21 avril 1865.

' Colonel Dixon H. Miles, né dans le Maryland vers 1803; cadet à West-Point en 1819; sorti, en 1824, comme lieutenant en second au 7* infanterie ; adjudant-major, de 1831 à 1836 ; attaché au ministère de la guerre, de 1839 à 1845. Breveté major, le 9 mai 1845, pour sa belle conduite au fort Brown (Texas); breveté lieutenant- colonel pour ses services pendant la compagne du Mexique; en février 1847, nommé major au 5* infan-

dait, ne songea pas à profiter de sa position centrale pour prendre Toffensive contre l'un des corps cherchant à l'investir; évacuant, Tune après l'autre, les potions les plus fortes, il se confina passivement dans la ville. Rien n'eût été plus facile que d'arrêter à Salomon's Gap la faible colonne de Mac-Laws ; pas un soldat fédéral ne garda le passage; les Maryland- Heights furent à peine défendues par 2,000 hommes ; le 13 au soir, Mac-Laws, qui ne voulait pas s'engager à fond et venait de renvoyer les deux tiers de sa division à Grampton's Gap, trouva les hauteurs évacuées par les fédéraux après le faible engagement de la veille. Le 14, ils étaient à, peu près cernés, sauf le long de la rive gauche du fleuve, où Mac-Laws laissait un passage par lequel s'évada toute la cavalerie unioniste. Le lendemain, les trois généraux confédérés, qui avaient mis leur artillerie de campagne en position sur les crêtes dominant les bas-fonds où s'était entassée la petite armée fédérale, commencèrent le feu aux premières lueurs du jour. Le temps pressait; on s'était battu, la veille, dans les défilés du Blue-Ridge, et Franklin, arrivant sur les talons de Howell Cobb, allait placer Mac-Laws entre ses troupes victorieuses et les défenseurs de Harpers-Ferry.

Ces derniers s'agitaient dans le plus complet désarroi; au bout d'une heure de bombardement on parlait

terie et gouTerneur de Jalapa (Mexique). Lieutenant-colonel, en ayril 4851, il se distingua dans divers engagements avec les Apaches (1857-1858) ; en janvier 1859, il fut promu colonel du 2* infanterie ; à BuU-Run, Miles commandait la 5* division et couvrit la retraite; en septembre 1862, son ancienneté lui donna le commandement supérieur des troupes réunies à Harpers-Ferry ; il fut tué le 16 septembre 1862.

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de capitulation ; à huit heures du matin on hissait le drapeau blanc; Miles était tué par un dernier projectile et, avant midi, Jackson, laissant à son lieutenant Hill le soin de désarmer sur place les 12,000 confédérés qui s'étaient rendus sans conditions, reprenait, à marches forcées, avec deux divisions, la route de Sharpsburg. Franklin S déjà en mouvement pour tendre la main aux fédéraux, revint sur ses pas à la nouvelle du désastre.

Dans les engagements autour de Harpers-Ferry, le Nord perdit à peine 200 hommes; le Sud, moins encore. A la fin de Tannée, un conseil d'enquête, réuni à

* Major général William Benjamin Flanklin, né en Pensylvanie en 1823 ; sortit de West-Point à vingt ans de sa promotion et fut nommé dans le génie ; breveté lieutenant en premier après Buena-Yista, il fut, de 1848 à 1830, professeur à TAcadémie militaire ; nommé lieutenant en premier en 1853 ; attaché à la direction des phares, puis fait capitaine en 1857. Brigadier général de volontaires le 17 mai 1861 ; attaché àTarmée du Potomac ; campagne de Virginie; major général le 4 juillet 1862. Sous Burnside, Franklin commanda une des trois grandes divisions de l'armée. Destitué après Fredericksburg le 28 janvier 1863. Envoyé en Louisiane à la tôte du 19* corps. Opérations malheureuses sous les ordres de Banks ; expéditions aux bouches de la Sabine, du Red-River. 11 fut remplacé dans le commandement du 19* corps par le général Ëmory et appelé à la présidence d'une commission à Wilmington (Delaware). 11 ne fut pas maintenu en 1866 sur la liste des officiers en service actif.

Franklin, excellent officier, n'était pas heureux ; il lui arrivait les aventures les plus imprévues ; quand il partit de Washington pour se rendre à Wilmington, les cavaliers d'Early Tarrôtèrent à Magnolia (chemin de fer de Baltimore à Wilmington), le 11 juillet 1864 ; le général, qui voyageait en bourgeois, parvint peu après à s'évader et à rejoindre son poste.

Washington pour rechercher les causes de la capitulation, déclara que le colonel Miles « avait montré une « incapacité frisant Timbécillité ». Le colonel Ford et quelques autres officiers furent rayés des cadres, par mesure disciplinaire.

Le premier acte était joué; refoulés à South-Mountain, les Sudistes avaient remporté un brillant succès à Harpers-Ferry ; leur situation, néanmoins, présentait de sérieux dangers.

Le général Mac-Clellan, qui eut la singulière destinée d*être deux fois destitué par sa lenteur, se fit remarquer, après South-Mountain, comme après Gaine's Mill, par la rapidité de ses décisions; la première fois, il avait sauvé son armée compromise ; la seconde, il chassa Tennemi du Maryland ; quoi que la passion politique ait allégué, depuis lors, pour amoindrir ces résultats, ils n'en sont pas moins indiscutables, et celui qui, en deux semaines, du 3 au 17 septembre 1862, fit, des soldats démoralisés de Pope, les vainqueurs de TAntietam, conserve d'impérissables droits à la reconnaissance de son pays.

Franchissant, le 15 au matin, avec la majeure partie de son armée, les défilés conquis la veille, il espérait se trouver, le soir même, en position de livrer bataille. Le peu de cohésion de ses troupes ne lui permit de réaliser ses plans que le lendemain ; ces vingtquatre heures de retard, dont la responsabilité ne saurait lui être imputée, lui enlevèrent presque tout le fruit de ses combinaisons. Arrivé trop tard pour se placer entre Lee et Jackson, il ne trouva plus, le il, Toccasion d'écraser séparément les deux portions de l'armée confédérée.

La position de Robert Lee était fort périlleuse; il devait retarder Mac-Clellan, rester à portée de secourir

Jackson, si le gros des forces fédérales se jetait sur lui, et, pour obéir aux considérations qui avaient déterminé rinvasion, tenter le sort des combats sur le sol du Maryland dans les conditions défavorables que la fortune lui imposait. Par contre, en cas d'échec, l'armée fédérale pouvait éprouver les plus sérieuses difficultés à faire écouler ses longues colonnes à travers les étroits passages ouverts dans la muraille du Blue- Ridge.

Lee fut toujours beau joueur; bien que fort compromise, la partie pouvait se gagner; audacieusement il Taccepta, ayant à peine 40,000 hommes contre des forces plus que doubles. L'immensité du résultat, en cas de réussite, les grandes qualités montrées par l'armée Sudiste dans les derniers combats, la confiance réciproque du chef et des soldats, justifient pleinement la témérité de livrer bataille avec un grand fleuve à dos. Quand on voit les prodiges réalisés avec si peu de monde, les obstacles de toutes sortes rencontrés par le vainqueur, on se demande ce qui fût arrivé sans la trouvaille faite dans l'auberge de Frederick.-

La bataille de TAntietam doit être suivie sur la carte; elle a été racontée en détail par les écrivains militaires ; mais, pour apprécier ce que devenaient, sur le terrain, les plans des généraux Américains, pour montrer les dangers auxquels les talents de Lee arrachèrent son armée, il paraît intéressant de rechercher, aux divers moment de la lutte, les effectifs engagés des deux parts.

Dans l'après-midi du 15 septembre, Mac-Glellan arrivait de Boonesboro, où son avant-garde était entrée le matin même, après un brillant engagement de cavalerie. 11 n'amenait, devant les positions confédérées, que deux divisions ; impossible de tenter une attaque

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sérieuse ; il reconnut le terrain et désigna les emplacements que les troupes devaient occuper dans la bataille prochaine.

Lee, avec une vingtaine de mille hommes, bordait la rive droite de TAntietam, dans une partie de son cours difficile à franchir, et appuyait son extrême gauche au Potomac ; ses lignes, bien disposées pour la défensive, étaient un peu trop étendues pour le faible effectif dont il disposait; mais il avait prescrit à Jackson de le rejoindre et comptait sur la ponctualité de son lieutenant.

« Bien que Ton eût appris la reddition de Harpers- « Ferry, la situation de Tarmôe confédérée était grave, « et il fallait qu'elle eût pour chef un homme bien « résolu pour n'avoir pas repassé le Potomac à la « faveur de la nuit et cherché une position plus sûre « dans la vallée de la Virginie. » (Comte de Paris.)

Le 16 au matin, toute l'armée fédérale est sur les lieux, sauf quelques détachements et le corps de Franklin qui, se laissant amuser par la division Mac-Laws, perd toute la journée à se couvrir contre ce faible adversaire. C'est néanmoins 55,000 combattants dans la main de Mac-Clellan.

Du côté opposé, Jackson vient de rejoindre, avec deux petites brigades, excellentes, mais éprouvées par les combats précédents et une rapide marche de nuit; il amène, au plus, 5,000 hommes. Pour lutter dans la proportion d'un contre deux, Lee fait disposer, sur son front, presque toute son artillerie;* on n'était pas sans inquiétude, au camp confédéré ; car une brume épaisse, qui dura jusqu'à une heure, pouvait "dissimuler la concentration de forces écrasantes sur Tun des points de la ligne à défendre. Mac-Clellan ne put, sans doute, profiter de cette circonstance favorable ; à

ilU CHAPITRE VII.

deux heures seulement, s'engagea une vive canonnade, prélude d'une violente attaque de Hooker contre la gauche confédérée. Les deux partis restèrent sur leurs positions. Hood, avec deux brigades, avait tenu contre le corps de Hooker tout entier ; Tobscurité mit fin au combat.

Le 17, l'action reprend au point du jour; pendant la nuit, Jackson a remplacé Hood à rextrème gauche ; avec la division Starke, il résiste une heure aux trois divisions de « Fighting Joe * », engagées jusqu'au dernier homme. Pris en flanc par l'artillerie fédérale tirant de l'autre côté de la rivière, il recule peu à peu; tandis que ses soldats décimés trouvent un abri dans un bois, les fédéraux, qui les suivent, s'engagent dans une clairière dominée par des collines sur lesquelles Stuart établit son artillerie à cheval. Hill, qui forme le centre de la ligne confédérée, est couvert par l'Antietam; il envoie quelques régiments au secours de Jackson; en même temps, celui-ci porte en avant sa seconde division; sous cette triple pression, les fédéraux sont violemment ramenés et font des pertes énormes.

Le corps de Mansfield entre en ligne à sept heures du matin et renouvelle l'attaque avec les délDris de Hooker; cinq divisions contre deux et demie; la même proportion pendant toute la lutte. Jackson recule, après avoir perdu plus du tiers de son effectif; l'un de ses divisionnaires est tué, l'autre dangereusement blessé; la gauche des positions confédérées est sérieusement compromise.

Lee n'hésite pas; sur les fédéraux vainqueurs, il

^ Joseph le Batailleur, surnom donné à Hooker par ses ^Idats,

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PREMIÈRE INVASION DU MARYLAND. i55

jette le reste de la division D. H« Hill, ne laissant qu'un rideau d'artillerie pour protéger son centre. Ce retour offensif est couronné de succès; les fédéraux sont repoussés du terrain découvert sur lequel ils s'étaient déployés.

A huit heures et demie la lutte s'arrête sur ce point, les deux partis étant hors d'état de fournir un nouvel effort. Le fédéral Mansfield*, deux généraux de division sont tués, Hooker est blessé; la partie est à recommencer; seulement les chances deviennent de plus en plus inégales. Lee n'a guère que 12,000 hommes pour tenir les positions assignées la veille à sa droite et à son centre; il reste à Mac-Clellan au moins 30,000 combattants n'ayant pas encore donné. C'est le moment d'engager une action générale; ordre à Burn-

* Brigadier général Joseph King Fenno Mansfield, né à NewHaven (Connecticut) le 22 décembre 1803, tué à l'Antietam le 17 septembre 1862. Entré, comme cadet, à West- Point à l*âge de quatorze ans, il sortit^ le second de sa promotion, en 1822^ dans le génie. Attaché à la direction des fortifications à New- York ; lieutenant en premier, en 1832 ; attaché à la construction du fort Pulaski ; campagne du Mexique, comme chef du génie de la colonne Taylor; breveté major pour ses services. au fort Brown (1846) et lieutenant- colonel après Monterey, oi!i il ne reçut pas moins de sept blessures (sept. 1846). Breveté colonel après Buena-Yista ; inspecteur général de Tarmée des Etats- Unis le 26 mai 1853, avec rang de colonel.

En mai 1861, Mansfield fut nommé brigadier général de Tarmée régulière et dirigea les travaux de fortification de la capitale; le 10 mai 1862, il s*empara de Norfolk et devint ensuite gouverneur militaire de Suffolk. Rappelé à Washington, après la deuxième bataille Je Bull-Run, pour faire partie d'un conseil d*enquète, Mansfield demanda un commandement actif; on lui donna un des corps de l'armée du Potomac. Il fut tué à la tète de ses troupes.

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side d*aborderla droite, pendant que Porter etSumner combattront au centre et à gauche.

Sumner marche au combat tête baissée, comme pendant la campagne du Mexique ; la division Sedgwick, nombreuse, bien commandée, refoule tout devant elle ; mais son succès même la place en flèche de l'armée fédérale. Mac-La ws qui, depuis trente-six heures, a toujours abusé Franklin, passant deux fois le Potomac presque sous ses yeux, amène 5,000 hommes de troupes fraîches sur le champ de bataille au moment où l'ennemi allait menacer la ligne de retraite des confédérés; il repousse Sedgwick épuisé, lui arrachant non seulement l'importante position de Dunker- Ghurch, mais presque tout le terrain conquis depuis le matin. Sumner engage successivement ses deux autres divisions; Lee prend à Longstreet la moitié de son monde pour renforcer sa gauche; à dix heures et demie, Burnside a devant lui moins de 5,000 hommes, disséminés le long de l'Antietam. Bien que, depuis huit heures du matin, les ordres les plus formels de s'engager à fond lui aient été donnés, il persiste à essayer timidement des attaques partielles que Longstreet parvient à repousser.

A midi, Sumner a fait de grands progrès sur la gauche confédérée ; de nouveaux renforts vont lui arriver; Franklin entre en ligne une demi-heure après ; il veut marcher en avant et déboucher de Dunker-Church sur Sharpsburg ; le vieux Sumner, effrayé des pertes énormes subies par les 30,000 hommes successivement lancés, depuis le matin, contre la gauche Sudiste, donne impérieusement à Franklin l'ordre de rester en réserve « pour parer à un retour offensif de l'ennemi ». n même moment, Lee venait d'enlever à Longstreet ore 3,000 hommes, pour essayer de défendre les

positions si chaudement disputées ; ce dernier n'a plus que 2,000 ou 3,000 hommes couverts, il faut le dire, par une nombreuse artillerie. A une heure, -Burnside se décide enfin à une tentative sérieuse sur les ponts de TAntietam; la rivière est franchie; les fédéraux n*ont plus qu'à pousser en avant ; ils refouleront l'ennemi sur Sharpsburg, lui infligeant un désastre. Lee ne peut plus disposer d'un seul régiment; Mac-Clellan, qui, maintenant, a 80,000 hommes sur le champ de bataille, garde en réserve le tiers de son effectif et suspend l'attaque sur le centre ; Sumner en fait autant, à droite ; malgré les observations de Franklin, bien inspiré par son instinct militaire, le général en chef approuve la décision du vieux « Taureau sauvage* » ; la bataille est terminée sur ces deux points.

Pour ne pas être en reste, Burnside, après une heure de lutte couronnée par de sérieux avantages, s'arrête aussi « pour reformer sa ligne » et perd deux heures. Lee et Longstreet, aux abois, essaient de rallier, au sud de Sharpsburg, leurs troupes ébranlées ; mais un secours inespéré leur arrive; au moment où Burnside, reprenant enfin son mouvement, va mettre la main sur l'artillerie confédérée, il est lui-même impétueusement pris en flanc par A. P. Hill, qui amène 6,000 hommes de troupes fraîches, venant de Harpers-Ferry. Après un court mais violent engagement, les fédéraux sont repoussés et reviennent border les collines au pied desquelles coule l'Antietam; aucune diversion ne seconda les efforts de Burnside pendant l'après-midi ; 25,000 fédéraux, tout au moins, n'avaient pas combattu ; pendant la journée, 36,000 confédérés tinrent tête à 80,000 hommes; défaite honorable, qui n'entama ni l'esprit

* Surnom donné à Sumuer par ses soldats.

militaire du vaincu ni la confiance du soldat en son général.

La nuit mit fin à la canonnade ; la bataille avait été sanglante ; le Nord perdait plus de 12,000 hommes, dont 2,000 tués ; les confédérés, 9,500, plus environ 3,000 prisonniers pour les combats de South-Mountain et de TAntietam ; 10 généraux, dont 8 unionistes, étaient tombés sur le champ de bataille.

Lee conserva ses positions toute la journée du 18 ; on n'osa Ty attaquer; quand, le 19 au matin, les fédéraux marchèrent en avant, ils n'y trouvèrent plus personne ; dans la nuit, l'ennemi, repassant le Potomac, était rentré en Virginie.

L'invasion du Maryland, objet de tant d'espérances, n'avait rien produit, ni au point de vue militaire, ni au point de. vue politique. La Confédération pouvait être fîère de ses soldats ; bien que cédant au nombre, ils regagnaient leur pays sans avoir été entamés par des forces très supérieures ; ils montrèrent péremptoirement, le 20 septembre, qu'ils ne se tenaient pas pour vaincus. Jackson, chargé de protéger la retraite, aimait à « avoir l'aisance des coudes ». Se jugeant suivi de trop près par Porter, il revint brusquement sur ses pas et força les assaillants à repasser le Potomac, laissant 200 prisonniers entre ses mains; cette vigoureuse leçon infligée, il se retira fièrement sur l'Opequan.

Dans le Nord, le premier mouvement fut l'enthousiasme ; la reconnaissance envers Mac-Clellan ne dura pas longtemps; à la réflexion, les stratégistes, qui avaient si bien combiné la campagne de Pope, découvrirent mille fautes dans les opérations du général vainqueur. Pourquoi, le 14, Franklin avait-il marché si lentement vers Harpers-Ferry ? Pourquoi, le 15, l'avait-on pas attaqué Lee, réduit à une vingtaine de

mille hommes ? Pourquoi, le 16 au matin, ne pas profiter de la brume pour masquer ses mouvements et percer la ligne confédérée? Pourquoi, le 17 avant midi, ne pas avoir assailli tout le front de Tennemi, pendant que Hooker, Mansfield, Sumner, se faisaient successivement hacher sur sa gauche ? Pourquoi suspendre le combat, sur ce point, alors que Burnside exécutait enfin les ordres reçus ? Pourquoi garder tant de monde en réserve? Pourquoi ceci? pourquoi cela? Répondre était facile ; Mac-Glellan dédaigna de le faire ; mal lui en prit, car Lincoln était conseillé par celui à qui Mac- Clellan donna son premier commandement et le « Carnot Américain » ne pratiquait point la reconnaissance. Avec la netteté de vues qui lui était particulière, il avait, du bureau des renseignements, fait expédier au général en chef de Tarmée du Potomac des télégrammes portant à 95,000 hommes les forces de Lee, et il s'étonnait qu*un chef d*armée, si exactement renseigné, se gardât contre un retour ofTensif ! Burnside, Tami intime de Mac-Clellan, n'avait obéi qu'à moitié, n'osant lancer ses divisions contre une position jugée trop forte ; l'attaque, sur la gauche, fut suspendue par Sumner — un brise-tout — qui, péremptoirement, la déclarait impossible avec les corps de Hooker et de Mansfield, privés de leurs chefs et désorganisés par six heures de lutte à outrance. Que pouvait faire Mac- Glellan, sinon donner raison au vieux soldat, dont l'énergie était proverbiale et pour lequel il faudrait renouveler le mot d'un de nos plus téméraires entraîneurs de cavalerie : « A fond et dans le tas » ? Devait-il, le 18, recommencer la lutte, contre ]'avis d'un conseil de guerre où le seul Franklin opina pour l'offensive immédiate ?

Par-dessus tout, on oubliait que, quinze jours aupa-

ravant, Washington n'était pas assez vaste pour donner asile aux fuyards de Mannassas ; que Mac-Clellan n'avait rien demandé, pas même un ordre précis, pour mettre, sans conditions, sa vie, ses talents, sa réputation au service de la patrie en danger. On ne voulait pas se souvenir parce que, le péril conjuré, on n'était pas fâché de se débarrasser du sauveur. La veille, l'ennemi aux portes, on exagérait la terreur; le lendemain, c'était un crime de ne l'avoir pas anéanti.

Pour un temps, les opérations semblèrent suspendues ; des deux côtés on se réorganisait ; mais, pendant le silence du canon, se poursuivit une campagne politico-administrative qu'il n'est pas sans intérêt de suivre, car elle amena un résultat des plus inattendus : la destitution, devant l'ennemi, du général vainqueur.

Le 22 septembre 1862, le Président Lincoln soumit à la représentation nationale des mesures concernant l'abolition de l'esclavage dans les Etats insurgés. Mac- Glellan était, en politique aussi bien qu'en matière stratégique, un modéré; peu enclin à jouer les parties hasardeuses, il répugnait aux « à-coups »; à des mesures extrêmes il préférait les améliorations progressives, froissant moins brutalement les intérêts. Le « Petit Napoléon », toujours bien élevé, courtisait la fortune en gentleman. Peut-être est-ce pour cette raison qu'il n'attacha son nom à aucun grand événement. S'il eût mis son épée au service du parti qui l'engageait à « balayer la clique présidentielle », la succession de Lincoln à la Maison-Blanche était à lui; il résista, par patriotisme, à toute suggestion criminelle ; mais, dans un ordre du jour à son armée, en lui notifiant les décisions du gouvernement, il osa rappeler « que le « bulletin de vote est le moyen légal de réparer les er- (( reurs du pouvoir ».

De ce jour, la scission fut complète entre TExécutif et le chef de sa principale armée ; ce dernier fut sacrifié en principe; mais, au lendemain de TAntietam, Texécution présentait quelques difficultés; le soldat aimait fort Mac-Clellan et, en ce moment, l'opinion de l'armée comptait pour beaucoup. On parlait sourdement de coup d'Etat militaire ; il fallait mettre de son côté, outre les formes légales, les apparences du bon droit. Halleck se chargea de faire naître l'occasion cherchée; il avait une aptitude singulière pour ces combinaisons tortueuses; au surplus, le caractère de Mac-Glellan, aigri par des tiraillements sans nombre, les obstacles de toute sorte au milieu desquels il se débattait pour chausser, vêtir, approvisionner ses troupes, devaient, convenablement exploités, amener fatalement l'incident attendu.

Le 6 octobre 1862, le général en chef de l'armée du Potomac reçoit Tordre impératif de marcher à l'ennemi; cette injonction formelle répondait à un rapport énumérant longuement ce qui manquait aux troupes de l'Union pour reprendre la campagne. On faisait remarquer à Mac-Clellan que la saison, encore belle, permettait les opérations par grandes masses; qu'il commandait à 120,000 hommes et que 70,000 restaient à Washington pour garder la capitale. Bien que froissé du procédé, Mac-Clellan se disposait à obéir, quand un nouvel incident retarda ses opérations.

L'armée confédérée avait retrouvé, en revenant sur ses pas, tous les traînards laissés en chemin pendant sa marche rapide; elle s'élevait à un peu moins de 60,000 combattants. Tout habitué qu'il fût à se trouver inférieur en nombre, Robert Lee jugeait la partie par trop inégale ; il voulut gagner du temps. Pour effrayer, non son adversaire dont il connaissait l'énergie, mais

les politiciens qui lui donnaient des ordres, il résolut d'agiter de nouveau, au cœur du Maryland, le spectre de Finvasion. Stuart, parti le 10 octobre avec 1800 chevaux et 4 canonâ, courut, pendant trente-six heures, sur les derrières de l'armée fédérale, se montra jusqu'à Ëmmetsburg, remonta sa cavalerie dans* les dépôts de l'Union, glissa entre les corps lancés à sa poursuite et rejoignit son général en chef sans encombre.

L'effet produit est immédiat; premier mouvement de stupeur; ensuite, réaction violente; mais on avait perdu quinze jours et la mauvaise saison venait rapidement. Mac-Clellan, bien que peu satisfait de son organisation, met cependant son armée en mouvement, le 25 octobre 1862, et longe le versant oriental du Blue-Ridge, pour tourner les positions confédérées. Lee se retire sur le haut Rappahannock ; une partie curieuse s'engage pendant les derniers jours d'octobre, sur l'échiquier occupé par les deux armées. Pendant que Lee a ramené le gros de son armée à Culpeper, Jackson reste immobile à Milwood ; 70 kilomètres séparent les deux fractions de l'armée Sudiste; ni le commandant en chef ni son lieutenant ne semblent s'apercevoir que les fédéraux menacent leurs communications. Ces deux éminents hommes de guerre, célèbres par leur perspicacité, sont-ils aveugles ou faut-il voir, dans ce large vide ouvert devant l'ennemi, l'amorce d'une combinaison analogue à celles qui amenèrent la déconfiture de Pope ? Cette dernière hypothèse est, de beaucoup, la plus probable; malheureusement la question ne sera jamais élucidée. Lee et Jackson, s'ils agissaient beaucoup, ne parlaient guère ; ils écrivaient encore moins; Mac-Clellan personnifiait la réserve et la discrétion ; on ne peut donc préjuger

les intentions des adversaires sur un coup qui n'a pas été joué; mais, quel qu'il fût, le plan de Mac-Clellan ne pouvait avoir de plus mauvais résultats que ceux de ses successeurs : Burnside à Fredericksburg, Hooker à Chancellorsville.

Dans le courant du mois d'octobre, on avait offert deux fois- le commandement en chef à Burnside; celui-ci, ami personnel de Mac-Clellan, le refusa catégoriquement ; le 7 novembre, on ne le consulta plus ; un officier de l'état-major du ministre de la guerre lui apporta sa nomination; le vainqueur de TAntietam tombait, devant rennemi, sur une question politique.

INVASION DU KENTUGKT, PERRYVILLE, lUKA

GORINTH.

Lorsque, à la fin de juillet 1862, Halleck fut appelé à Washington, Grant hérita du commandement de toutes les troupes de TOuest, sauf Tarmée de Buell. La ligne fédérale s'étendait du Mississipi aux confins de la Virginie occidentale; à Textrème droite, au delà du fleuve, Curtis; sur la rive gauche, Sherman; au centre, dans les environs de Gorinth, Rosecrans; à gauche, Buell, couvrant le Tennessee et le Kentucky.

En face,^ les séparatistes, partagés en deux groupes distincts ; au sud de Gorinth, Price, Van Dorn et Lowell, opérant tantôt isolés, tantôt réunis; de Knoxville à Ghattanooga, Rirby Smith, Polk et Hardee. Bragg commandait Tensemble et dirigeait en personne le groupe de droite, qui pouvait constituer une agglomération active de 45,000 hommes environ. Forrest, Wheeler, Morgan, avec une vingtaine de mille cavaliers, flanquaient l'armée Sudiste.

Le récit d'opérations effectuées sur un théâtre aussi vaste serait incompréhensible si on ne les suivait par régions; d'autant plus que les événements s'y déroulent à peu près simultanément pour aboutir, des deux côtés, dans les premiers jours d'octobre, aux chocs de

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