CHATTANOOGA
mission avec les troupes de Virginie. Bragg resta sur les hauteurs avec neuf petites divisions, au plus 40,000 hommes. Il s'affaiblissait au moment où Sherman, arrivant de Memphis après une longue marche de flanc, allait porter à 85,000 combattants Veffectif des troupes unionistes. Que Braxton Bragg, aveuglé par son amitié pour le Président, consentit à mettre en œuvre des conceptions aussi contraires à toutes les règles, cela n'a rien d'absolument étonnant; seul, dans le Sud, Jefferson Davis, croyait au mérite de son ami qu'il maintenait, contre vents et marées, dans son commandement ; la reconnaissance obligeait celui-ci à voir par les yeux de son protecteur. Mais il est plus difficile d'admettre que Longstreet ne se soit pas rendu compte de la lourde faute qu'on lui faisait commettre. Robert Lee ne manœuvrait pas de la sorte et, si son meilleur lieutenant s'est prêté à cette combinaison, tout au moins d'une extrême imprudence, il faut l'attribuer à une condescendance exagérée pour la personne du Président ou au désir fort naturel de s'éloigner d'un chef insupportable.
Cette dernière considération pesa probablement d'un grand poids dans son esprit ; car, en apprenant le désastre de Chattanooga, il se retira sur la Virginie, au lieu de rallier le général vaincu.
C'est la seule fois que Longstreet, pendant sa magnifique carrière de courage et de dévouement, paraît tenir compte de ses convenances personnelles. Les Fédéraux, mal renseignés sur les causes de l'incident, l'attribuèrent aux talents de Burnside, qui ne sont absolument pour rien dans une affaire dont le bilan est des plus faciles à établir. Longstreet agit avec sa vigueur accoutumée; il refoule son adversaire, qui se concentre à Knoxville ; une attaque de vive force échoue, le 18 no-
vembre ; il se résigne à un siège, demande l'artillerie nécessaire ; en réponse, il reçoit la nouvelle de Mîssionary-Ridge ; il tente un dernier assaut (29 novembre 1863), perd 700 hommes et se met en retraite. Huit jours après seulement, Burnside sort de ses positions pour suivre les mouvements de l'ennemi.
Quand il apprit la marche de Longstreet vers l'Est, Grant écrivit à Burnside de ne pas avoir d'inquiétudes, le général en chef allant entrer en campagne et frapper le coup décisif. Le programme ne s'exécuta pas à la lettre ; au lieu de partir le 7 novembre, suivant sa promesse, il ne marcha que le 23 ; et les jours paraissaient longs à Burnside, qui manquait de vivres ; mais, pour avoir été retardées, les opérations n'en furent pas moins bien conduites. Pour la première et la seule fois de sa vie, Grant atteignit son but autrement que par des attaques de front. A ce point de vue, la bataille de Chattanooga présente plus d'intérêt que les tueries confuses de l'Ouest.
Bragg occupait les deux chaînes parallèles du Missionary-Ridge (300 mètres) et du Look-out Mountain (600), ayant le gros de ses forces dans la vallée de Chattanooga et ses éclaireurs jusqu'à la rive méridionale du Tennessee. Il se ravitaillait par la voie ferrée d'Atlanta. Le plan du général Grant était d'attaquer les deux ailes de l'ennemi, principalement la droite, vers le chemin de fer d* Atlanta, et de percer le centre, dégarni au profit des points menacés. L'infériorité numérique de Braxton Bragg, l'obligeant impérieusement d'attendre le choc dans ses lignes, enlevait tout danger au morcellement des troupes fédérales.
Les rôles furent très judicieusement distribués suivant les aptitudes et les antécédents de chacun; à Shermann, le plus habile incontestablement, la por-