BULLRUN, BALL'S BLUFF, ROANOKE
(( Je ne reçus pas de réponse ; je restai sur mes posi- « tiens : le général Scott, s'il devait différer Tattaque « sur Mannassas, eût pu me donner l'ordre de m'y « rendre et retarder le mouvement jusqu'à mon « arrivée.
« Le 20, apprenant que Johnston avait marché vers « le Sud-Ouest avec 25,000 hommes et de Fartillerie, « j'en avertis le général Scott ; j'ai eu la certitude que « mon télégramme est arrivé à destination ; ne rece- « vant aucun ordre, j'occupai Harpers-Ferry le 21. »
Ces allégations, que l'on n'a pas démenties, prouvent la bonne foi, sinon le coup d'œil de Patterson ; l'état-inaj or général, coupable au moins de négligence, ne voulut pas les discuter ; par suite, bien que les torts soient compensés, il demeure acquis aujourd'hui que le désastre de BuU-Run provient uniquement de l'incapacité du général Pensylvanien.
Patterson ne fut pas la seule victime de l'année 1861; au mois d'octobre, à Ball's Bluff, le colonel Samuel Baker se fit tuer, et son chef, le brigadier général Stone, se vit accuser à la fois de trahison et d'impéritie. La suite démontra que cet ancien capitaine de réguliers qui, dans les rues de Baltimore soulevée, rendit les plus grands services à la cause fédérale, était peut-être imprévoyant, mais ne pouvait être suspecté de pactiser avec les séparatistes. Sa carrière n'en fut pas moins perdue et sa réhabilitation incomplète.
Chargé, le 23 juillet 1861, de réorganiser l'armée battue et de mettre Washington à l'abri d'un coup de main, le major général Mac-Clellan se consacra tout entier à cette lourde tâche. Au début tout alla bien ; mais, peu à peu, Teffervescence populaire prit le dessus et les excitations qui avaient poussé Mac-Dowell au
combat obligèrent son successeur à tenter quelque chose. Il avait 140,000 hommes et pas un soldat ; il voulut essayer ses jeunes troupes en reconnaissant les positions confédérées vers Dranesville et Leesburg. Le 20 octobre 1861, la division Mac-Call et un détachement de la division Stone exécutèrent la démonstration ; mais, le lendemain, Stone voulut pousser plus avant et, entre autres opérations confuses, jeta de l'autre côté du Potomac environ 2,500 hommes et quatre pièces de campagne afin d'enlever quelques compagnies séparatistes ; pour chef de Tentreprise, un politicien, colonel d'occasion, qui paya de sa personne comme un vieux soldat ; pour franchir la rivière, deux embarcations d'un faible tonnage; pour théâtre de la lutte, un plateau borné par des bois, légèrement incliné vers le fleuve et aboutissant à une falaise abrupte; pour commander les confédérés, le brigadier général Evans, si remarqué à BulURun.
Le résultat se devine : les fédéraux prennent péniblement pied sur le sol de la Virginie, tiraillent avec l'ennemi caché dans les fourrés, gagnent d'abord un peu de terrain, puis sont acculés à la rivière. Baker tué, la confusion devient indescriptible ; plus de 500 hommes déposèrent les armes ; beaucoup se noyèrent dans le Potomac. Le Nord avoue 233 tués, 366 blessés. Evans perdait moins de 300 hommes, dont 32 tués.
C'était un fâcheux début pour l'armée du Potomac. La popularité de Mac-Clellan souffrit de cet échec ; cependant Scott ayant voulu quitter ses fonctions, le Président, quelques jours après BalPs Bluff, lui donna la succession du vieux général; mais la confiance de ^•incoln ne fut jamais complète.
Le nouveau commandant en chef consacra l'hiver à iruire ses recrues et organiser ses divisions; des