LA GUERRE DANS L'OUEST
sitions cassantes de son chef, la masse de la population était moins disposée à courir les aventures. Ayant beaucoup souffert des troubles du Ransas (1836), elle ne désirait pas sortir de FUnion, tant qu'on n'emploierait pas la force contre les séparatistes. Le sentiment général du pays se manifesta clairement le 9 mars 1861 : les représentants rejetèrent, à Tunanimité, les propositions de sécession portées par M. Glenn, commissaire délégué par la Géorgie déjà séparée. L'envoyé faillit même ne pas être admis à les développer en séance (63 voix pour, 53 voix contre). Mais à cette résolution louable fut joint un singulier corollaire voté avec non moins d'unanimité : « Invitation au « gouvernement fédéral, pour conserver la paix, de K retirer les garnisons de tous les forts occupés par ses « troupes dans les Etats rebelles ».
En dépit d'une évidente partialité pour la Confédération, le plus grand nombre désirait un arrangement pacifique; mais les menées séparatistes, servies par certaines maladresses du gouvernement central, déterminèrent une agitation violente. Le 16 avril 1861, l'arsenal de Liberty fut envahi ; le gouverneur Jackson décida la création de plusieurs camps et nomma Price commandant en chef des forces Missouriennes. On sait comment Lyon, chef de l'arsenal de Saint-Louis, dispersa le camp Jackson, et fut nommé, à la place de Harney *, après la convention désavantageuse arrachée par Sterling Price, à la faiblesse de ce dernier. On connaît moins l'habileté avec laquelle le jeune capitaine, im-
*■ William S. Hamey, originaire de la Louisiane, entré au service le 13 février 1818; brevet de brigadier général 18 avril 1847; brigadier général de Tarmée régulière* 14 juin 1858. Retiré du service le 1" août 1863. Ne sort pas de West-Point.
provisé brigadier général se tira des pièges tendus par deux hommes aussi forts que ses adversaires.
Dès qu'il fut chef d'armée, Price et Jackson sollicitèrent une entrevue (10 juin 1861) ; ils insistèrent vivement pour que les troupes fédérales ne pussent ni marcher ni prendre leurs quartiers dans le Missouri, bien que, de leur assentiment, les confédérés eussent déjà largement usé de cette latitude. Lyon répondit : Nul ne peut refuser aux soldats de l'Union le droit de parcourir tout le territoire des Etats-Unis. Mes hommes ne causeront aucun dommage, n'insulteront personne ; mais repousseront vigoureusement toute violence. Impossible de s'entendre sur ces bases. Jackson quitta Saint-Louis pour Jefferson-Gity, appelant 15,000 hommes sous les armes « en vue de repousser l'invasion, « de protéger la vie, la liberté, la propriété des « citoyens ».
Ce qui manquait surtout aux rebelles, c'était l'armement. Lyon le sentait. Avec une poignée d'hommes il marche sur JefFerson-City, chasse le gouvernement séparatiste et disperse ses recrues àBooneville(17 juin 1861). Le sang coule, pour la première fois, dans le Missouri, où la situation se tend de plus en plus. Au commencement de juillet, Jackson, qui est allé prendre le mot d'ordre à Richmond, en revient avec une ordonnance de sécession qu'il notifie au peuple en prêchant « la guerre sainte »; le 22, les membres de la Législature fidèles à l'Union se réunissent à Jefferson- City; leur premier soin est de constater le départ du gouverneur, du lieutenant gouverneur, des présidents du Sénat, de Ja Chambre des représentants. La Convention d'État déclare vacants les sièges de son président e, et des autres membres du bureau portant les s contre le gouvernement fédéral ; le 30, elle
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nomme de nouveaux titulaires et les installe immédiatement.
Dès lors, Priée n'a plus rien à ménager; jusqu'à ce jour, il n'est pas entré ouvertement en scène préparant silencieusement ses batteries : en août il jette le masque ; la lutte sérieuse va commencer.
Malgré leur importance politique, les premiers succès de Lyon sont insignifiants au point de vue militaire ; ils font le plus grand honneur à sa décision, à son intelligence ; mais ne permettent pas de le juger comme stratégiste. Au mois d'août les événements le mettent aux prises avec les plus graves difficultés ; il n'hésite pas à les affronter bien que lui-même juge ses moyens d'action trop restreints ; il faut agir, cependant ; la situation l'exige ; parfois, d'ailleurs, le courage et l'habileté suppléent au nombre. On vient d'augmenter son commandement en lui subordonnant Sturgis et Sweney : cela fait une masse de cinq à six mille combattants avec laquelle on peut tenter la fortune. John Fremont vient d'arriver à Saint-Louis pour diriger les opérations dans l'Ouest : c'est le moment de se signaler. Lyon s'enfonce hardiment dans le sud-ouest de l'État, vers Sprinfield, où il entre après avoir enlevé quelques hommes aux confédérés à Dug-Spring (5 août 1861). Là, sa position devient presque désespérée. Price, qui a reculé devant lui, opère sa jonction avec Mac-Culloch, chef des troupes confédérées dans TArkansas. A la tête d'une douzaine de mille hommes, ils remontent vers les troupes fédérales et viennent camper sur les bords du Wilson's Greek, dans un lieu nommé Oak-Hill.
Le général unioniste sait qu'un mouvement rétrograde sera fatal à son parti dans un pays à demi révolté. Comptant sur une panique, il attaque l'ennemi
en tête et en queue. Son plan, trop compliqué, présentait Imconvénient de diviser ses forces en face d'un adversaire supérieur en nombre. Sigel, chargé d'une importante diversion, le mouvement tournant, si fameux plus tard, donna tête baissée dans une embuscade, perdit son artillerie et dut battre en retraite. Lyon se fit tuer à la tête de ses troupes (10 août 1861); sa petite armée, réduite d'un millier d'hommes restés sur le champ de bataille, revint à RoUa, après avoir touché barres à Springfield, où les confédérés entrèrent, le 11, avec quatre régiments de cavalerie.
Leurs pertes dépassaient, dit-on, celles des fédéraux; trois de leurs généraux étaient blessés ; deux ne survécurent pas; la victoire leur coûtait cher ; mais ouvrait la route de Saint-Louis, dont l'occupation leur eût donné tout le Missouri. Price voulait tenter l'aventure. Mac-Culloch, plus ancien de grade, refusa de s'associer à un mouvement jugé téméraire. Malgré les proclamations victorieuses des confédérés, en dépit de leur réel succès, le moral de leurs partisans, ébranlé par cette chaude affaire, ne se remit pas immédiatement. Pillow resta immobile à New-Madrid, Hardee à Greenville, Mac-Culloch se retira vers TArkansas. Price était momentanément impuissant.
Fremont en profita pour fortifier Saint-Louis, ce qui était bien, y proclamer la loi martiale, ce qui était discutable, et décider la confiscation des propriétés, ainsi que l'émancipation immédiate des esclaves appartenant aux ennemis de l'Union, ce qui était au moins prématuré (30-31 août 1861). Il prouva, sur l'heure, qu'il entendait user largement des pouvoirs concentrés dans ses mains par l'état de siège en affranchissant des esclaves et en envoyant devant le
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conseil de guerre des citoyens prévenus des menées séparatistes.
Lincoln, dont la grande force fut de toujours marcher d'accord avec l'opinion, mit un frein à ce zèle abolitionniste. Le 2 septembre, aussitôt que la proclamation du 31 août lui fut connue, il invita officieusement Fremont à en modifier les termes de manière à les mettre d'accord avec la déclaration du Congrès, en date du 6 août, acte infiniment moins radical et plein de ménagements pour les intérêts Sudistes.
Avant d'obéir, le commandant de Tarmée de l'Ouest, se croyant lié par son passé, requit un ordre formel. Le Président s'expliqua de la façon la plus catégorique, non seulement en donnant Tordre, mais en prescrivant de le rendre public (Lettre du 11 septembre 1861). Et, pour qu'il n'y eût pas d'équivoque, le secrétaire de la guerre commenta les intentions du gouvernement dans une lettre adressée au général T. W. Sherman, chef de l'expédition dirigée contre Port- Royal.
Pendant que Fremont légifère à Saint-Louis, Price, qui a reçu des renforts, fait tâter, une première fois, l'importante position de Lexington, sur la rive droite du Missouri, à 120 milles dans l'ouest de Jefl'erson- City (29 août 1861). Cette tentative démontra la nécessité de renforcer la faible garnison qui tenait une ville de 5,000 âmes, toute dévouée à ia cause esclavagiste. Vers les premiers jours de septembre, l'état-major fédéral y envoya, sous le commandement du colonel MuUigan (1), une brigade élevant à 2,500 le nombre
i James A. MuUigan^ né à Utica (comté de New- York) le 25 juin 1830, de parents Irlandais, mort le 26 juillet 1864, de blessures reçues à la bataille de Winchester (Virginie). Élevé
des défenseurs de la place. Peu après, une nouvelle attaque du général Priée devint imminente. On remua de la terre en grande hâte ; on construisit, entre la vieille et la nouvelle ville de Lexington, un vaste ouvrage, de dix pieds de haut, protégé par un fossé, de largeur égale et capable d'abriter 10,000 hommes.
On y entassa les convois et les attelages. Le colonel MuUigan s'établit dans les solides bâtiments du collège et fit disposer assez habilement les cinq pièces de campagne constituant toute son artillerie; car deux mortiers, existant à Lexington, ne purent être utilisés, faute de bombes.
Le plus grand danger de la position était dans son éloignement de la rivière large d'un demi mille et bordée de falaises à pic ; entre elle et les fortifications s'étendait un découvert d'environ un kilomètre; si Fenriemi parvenait à dominer cet espace et à couper la conduite d'eau la garnison mourait de soif.
Le premier assaut eut lieu le 12 septembre 1861;
au collège catholique de Nord-Chicago ; étudiant en droit (1852- 18S4); rédacteur en chef du journal Western Tablet à Chicago; inscrit au barreau de cette ville en 1856 ; employé au ministère de rintérieur à Washington (1857); capitaine des Shield's Guards à Chicago (1859-J861); colonel de la « brigade Irlandaise », régiment leyé au commencement de la guerre parmi ses compatriotes. Il prit part aux premiers combats en Virginie, puis fut envoyé dans TOuest, fut pris à Lexington, échangé le 25 nov. suivant. Quand il revint à Chicago, réorganiser son régiment, on lui fit une ovation. Il participa à de nombreux combats pendant la guerre. A la bataille de Winchester, ses hommes, le voyant tomber, voulurent le porter à Tambulance: il les renvoya défendre le drapeau, qui lui semblait menacé. Pour ne pas quitter son régiment, il avait refusé, à plusieurs reprises, le grade de brigadier général.
LEXINGTON. Àl
il fut repoussé ; le général Rains ^ menait Tattaque soutenu' par une batterie de neuf canons. Les confédérés, dont le feu n'épargna pas l'hôpital, investirent la place, continuant à tirailler, recevant des renforts de jour en jour et arrêtant les communications des fédéraux avec Saint-Louis. Sans interrompre le blocus, ils parvinrent à repousser tous les détachements fédéraux venant au secours de Lexington.
La situation de MuUigan s'aggrave rapidement derrière ses retranchements, il a gardé au piquet tous ses animaux de trait, chevaux et mulets : trois mille têtes environ ; c'est une lourde charge ; il faut soigner, nourrir et surtout abreuver ce troupeau. Un grand nombre de bêtes sont atteintes parles obus et les bombes ; le reste, épouvanté, se débat dans le plus affreux désordre. Sous les rayons d'un soleil de plomb, Tintérieur des lignes fédérales présente un spectacle navrant : wagons défoncés par les projectiles, approvisionnements dispersés sur le sol, cadavres de chevaux gisant çà et là : pour augmenter la* confusion, une fusillade incessante.
* Brigadier général James E, Rains ^ né dans la Carolînii du Nord vers 1805« tué à Murfreesboro (31 déc. 1862), sorti de West-Point en 1827 dans le 7* régiment d'infanterie, breveté major pour sa brillante conduite dans un combat contre les Indiens près de Fort-King en Floride (28 avril 1 840) ; Rains y commandait les troupes et y fut blessé En 1855, il servait dans le territoire de Washington, lorsqu'il fut nommé par le gouverneur brigadier général de volontaires. Lieutenant-colonel du 5* infanterie, au commencement de la guerre, il donna sa démission le 31 juillet 1861 ; le iO août suivant il commandait Tavant- garde de Sterling-Price à Wilson's Creek; il se distingua à Shiloh, à Perryville, à Murfreesboro où il fut tué. Rains avait une gi^ande réputation de vigueur.
Le 17, nouvelle complication : Teau manque tout à coup. Les confédérés ont coupé le canal près de la rivière : il faut réduire la consommation de liquide ; les bêtes, aflolées par la soif, rompent leurs liens et galopent dans le camp, cherchant une issue vers la rivière dont leur instinct devine le voisinage ; les rations deviennent courtes; cependant le feu continue sans trêve, un clair de lune admirable dissipant Tobscurité de la nuit.
Le 19, la garnison se croit sauvée; une forte colonne fédérale apparaît sur la rive gauche du Missouri. Les confédérés ont eu le soin de saisir tous les bateaux des environs : Sturgis est obligé de battre en retraite sans avoir pu rien tenter en faveur des assiégés. Après son départ, Price fait sommer la place. «Venez la prendre si vous en avez besoin, » répond fièrement MuUigan. Les troupes Irlandaises sont encore solides ; les Home-Guards, volontaires mal organisés, ont perdu courage. Pendant que le colonel est dans une autre partie du camp^ le drapeau blanc couronne les ouvrages confiés au major Becker. MuUigan le fait abattre; mais les assiégés sont condamnés sans appel ; on essaie en vain d'enlever la plus rapprochée des batteries confédérées ; les Home-Guards abandonnent leur poste déclarant ne plus vouloir combattre et hissent de nouveau le drapeau parlementaire. Les officiers, réunis en conseil de guerre, constatent Timpossibilité d'une plus longue résistance, opinent pour la capitulation (21 septembre 1862). Le feu durait depuis cinquante-deux heures sans interruption. Price accusa 25 tués et 72 blessés, les fédéraux avaient perdu 300 hommes.
La chute de Lexington pouvait amener de graves complications ; mais Price n'avait, pour ainsi dire, pas d'armée ; il ne lui restait que 2,000 cartouches ; Mac-