‹ La guerre de sécession, 1861-1865Chapitre 8 sur 23 · LEXINGTON · texte numérisé non relu

LEXINGTON

Culloch et Hardee refusèrent de se dépouiller en sa faveur et même de marcher avec lui ; beaucoup de ses hommes, qui l'avaient rallié au bruit de la canonnade, pour faire le coup de fusil en amateur et ramasser quelque butin, n'entendaient pas s'astreindre à des opérations de longue durée ; le combat fini, la plupart regagnaient leurs champs; c'était la Vendée, mais d'une manière intermittente.

Malgré l'importance d'un échec dont la responsabilité lui incombe tout entière, le général en chef de l'armée fédérale prend son parti avec la désinvolture qui le caractérise ; sa dépêche peint l'homme ; elle mérite d'être citée :

« Saint-Louis, 23 septembre 1861.

« Un télégramme de Brookfield m'apprend que « Lexington vient de tomber entre les mains de Price, « qui a coupé la conduite d'eau de MuUigan. Une « colonne de renfort de 4,000 hommes, sous Sturgis, « n'a pu traverser la rivière, les bateaux à vapeur de « Lexington étant tombés entre les mains de l'ennemi. « Les forces de Lane, venant du Sud-Ouest, de Davis, « venant du Sud-Est, plus de 11,000 hommes, ne sont « pas arrivées à temps sur les lieux. J'entre en cam- « pagne moi-même et espère détruire l'ennemi, soit « avant, soit après sa jonction avec Mac-Culloch. »

Fremont trouve tout naturel que Sturgis n'ait pu passer, que Lane et Davis soient arrivés trop tard, que lui-même reste pendant ce temps à Saint-Louis avec une quarantaine de mille hommes. Peut-on ne pas admirer l'habileté de Price qui, avec des soldats de hasard, se joue entre de si gros adversaires et frappe, au milieu d'eux, un coup retentissant ?

Malgré son apparente philosophie et le ton satisfait de ses proclamations, le général Fremont, qui avait concentré à Saint-Louis des forces considérables, sentit enfin la nécessité d'agir ; il ne partit pas, toutefois, sans avoir « assuré ses derrières » et vengé son amourpropre en supprimant le journal « TEvening News », coupable d'avoir révoqué en doute la prévoyance du général en chef lors de Taffaire de Lexington. Pour être bien certain de se donner tous les torts, il mit sous les verrous Féditeur et le rédacteur en chef, qu'il fallut relâcher, quelques jours après, avec des excuses. C'était, on en conviendra, pour un républicain radical, une singulière entente de la liberté.

Le 27 septembre 1861, Fremont se mit en marche, avec cinq divisions et 80 pièces de canon ; il comptait écraser promptement toute résistance dans le Missouri et même pousser jusqu'à la Nouvelle-Orléans en descendant le Mississipi. A son approche, Lexington fut, en partie, évacué par les forces confédérées. Price, qui comptait sur quelques jours de répit, dut renoncer à son projet de se porter au nord du Missouri pour couper les chemins de fer et battre en détail les troupes fédérales. Devant la concentration des forces ennemies, il devenait avantageux pour lui d'éviter tout engagement sérieux dont, vraisemblablement, l'issue lui serait défavorable. Le moral de ses hommes n'avait rien à perdre d'un mouvement en arrière qui, le rapprochant de TArkansas, lui permettait de s'appuyer sur les troupes de Mac-GuUoch, — idée judicieuse, mais d'une exécution délicate. Il licencia une partie de son monde et battit en retraite avec le reste.

Alors commença, entre les bandes Sudistes et les divisions fédérales organisées comme de petits corps Indépendants, une chasse à vue dont Price, malgré son

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habileté, faillit ne pas sortir indemne. « Presque cerné, « menacé sur ses derrières, un de ses postes sur TOsage « mis en déroute, il trompa ses adversaires, passa la « rivière à Osceola, avec vingt-six bateaux construits « par ses soldats, et arriva à Nesho (25 octobre 1861), « où Mac-Gulloch l'attendait avec 5,000 hommes. » (Comte de Paris.)

Dans ce long parcours, il avait eu grand soin de ne pas égarer le semblant de Législature qui donnait une apparence de légalité à la rébellion du Missouri. Cette assemblée, réduite à un petit nombre de membres, siégeait, il est vrai, à Fextrême frontière d'un Etat dont la majeure partie se trouvait occupée par l'armée fédérale ; mais elle continuait imperturbablement à légiférer, tenant, avant tout, à affirmer son existence.

Après avoir mené à bien cette retraite, — un véritable tour de force, — Price demande aux négociations un succès d'un nouveau genre : il fait agréer à Fremont la fameuse convention du 1®' novembre 1861, arrangement singulier par lequel les chefs militaires prétendaient régler lès suites politiques de la prise d'armes. Les deux partis s'interdisaient de former des corps de partisans et d'inquiéter, pour participation à la guerre, quiconque rentrait dans ses foyers. « Les hos- « tilités, dans tout l'Etat du Missouri, devaient être « exclusivement restreintes aux armées en campa- « gne. » L'unique résultat de ces dispositions, tout à l'avantage des rebelles, eût été de permettre aux bandes confédérées, que leur chef ne pouvait nourrir, de regagner paisiblement leurs demeures, en attendant une nouvelle prise d'armes.

Le Président n'intervint pas dans cette affaire ; la destitution de Fremont, déjà décidée, lui fut notifiée le 2 novembre et Hunter, qui le remplaça momentané-

ment, refusa de ratifier Tarrangetnent proposé par Sterling Priée ; mais il ramena l'armée de Springfield à RoUa; ce qui rendit, sans combat, une partie du Missouri aux confédérés.

La seconde ingérence de Premont dans le domaine politique ne valait pas mieux que la première ; les deux fois, cet esprit excessif dépassa le but, double battement du pendule oscillant à droite et à gauche de la position d'équilibre. Comme administrateur, il fut au-dessous du médiocre. Le Gouvernement reçut de telles plaintes que le secrétaire de la guerre se rendit à Saint-Louis pour juger « de visu »; après une^entrevue avec le général, il lui laissa, en revenant à Washington, Tordre suivant, comme règle de conduite :

w Saint-Louis, 14 octobre 1861.

« Il importe que les sommes actuellement dans les « caisses des officiers payeurs soient employées aux « dépenses courantes de votre armée du Missouri; les « autres créances, montant à 4,500,000 dollars envi- « ron, ne seront soldées qu'après examen des titres à « Washington. Les officiers payeurs sont faits pour « détenir les fonds qui, en aucun cas, ne doivent être . « mis à la disposition d'agents irresponsables, — en « d'autres termes, de personnes non commissionnées « par le Président et non titulaires d'un cautionne- « ment. Tous les marchés doivent être passés par les

« officiers payeurs Un certain nombre de commis-

« sions ont été délivrées par vous ; aucun paiement ne « doit être fait à ces officiers, à l'exception de ceux dont « la nomination a été approuvée par le Président. »

Pour qui a, des matières administratives, une idée même rudimen taire, cette lettre est une véritable ré-

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