‹ La guerre de sécession, 1861-1865Chapitre 9 sur 23 · BELMONT · texte numérisé non relu

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vélalion. Au milieu d'un indescriptible désordre, le général resta parfaitement honnête. Le comité nommé, plus tard, par la Chambre des représentants pour examiner, entre autres choses, sa gestion financière à Saint-Louis releva, dans son rapport, c des faits prou- « vant l'inaptitude du général aux fonctions qu'il rem- « plissait ; mais aucun acte de nature à entacher son « honneur personnel. »

Le général Halleck remplaça définitivement Fremont dans le commandement du Missouri. C'était un homme d'ordre et un puissant organisateur. Avec lui entre en scène un personnage nouveau qui jouera bientôt les premiers rôles.

Dès le commencement de la guerre, le brigadier général Grant avait été chargé d'un petit commandement séparé se rattachant étroitement à la navigation des grands fleuves de l'Ouest. Etabli à Cairo, il tenait les embouchures des rivières coulant dans cette région. En octobre 1861, lorsque Fremont battait le Missouri à la poursuite de Price, il jugea utile de retenir à Columbus les forces confédérées qui, sous le commandement de Polk, s'élevaient à 13 régiments d'infanterie, 3 de cavalerie et 6 batteries de campagne. Il prescrivit à Grant de faire une démonstration suffisante pour prévenir l'envoi de renforts à Price pendant que lui-même serait anx prises avec le gros des troupes confédérées. La grande bataille se faisant toujours attendre, le mois d'octobre s'écoula sans qu'il fût donné cours à ce projet ; en novembre, Fremont n'était plus à la tête du département de l'Ouest et son successeur provisoire se rapprochait de Saint-Louis ; dans la confusion résultant de ce changement, on ne songea pas à rapporter l'ordre donné. Grant, lorsqu'il fut prêt, se mit délibérément en route et choisit pour objectif les fortifica-

lions élevées à Belmont, sur la rive droite du Mississipi, en face de Columbus. Il n'était pas fâché d'essayer ses jeunes troupes, à Tinstruction desquelles il avait appliqué la ténacité paisible formant le fond de son caractère.

Le 6 novembre 1861 , il part de Cairo avec 3,000 hommes, descend le Mississipi, se fait débarquer à Hunter's Landing, à deux milles au-dessus de Columbus, forme ses régiments en colonne de marche et les dirige sur Belmont. L'attaque réussit; les volontaires de TUlinois abordent résolument le camp confédéré dont ils restent maîtres après une courte lutte. De Columbus, Polk a suivi le combat qui se livre à moins de quatre kilomètres à vol d'oiseau ; il fait tirer, à travers la rivière, sur les positions Sudistes dès qu'elles sont au pouvoir des fédéraux. Ceux-ci, grisés par leur facile succès, se répandent à travers les tentes ennemies en quête de butin ; les officiers essaient de s'opposer au désordre; leurs efforts demeurent impuissants. A sa première affaire, Grant révèle ce qu'il sera toujours : un esprit naturellement enclin aux mesures extrêmes ; il fait mettre le feu au camp, voyant que ses soldats, sourds à la voix de leurs chefs, préfèrent le pillage à l'obéissance.

Il était temps ; les séparatistes, maîtres de trois bateaux à vapeur, venaient de jeter trois régiments sur la rive droite ; les vaincus du premier engagement se reformaient et ouvraient de nouveau le feu ; le censle allait se refermer autour des assaillants. L'imminence du péril les ramène à la soumission : on montre à Grant les troupes fraîches s'avançant vers sa ligne de retraite. — Nous les avons refoulées une fois, répond-il, nous les refoulerons bien deux; faisant face de tous côtés, il se replie sur Hunter's Landing emmenant en-

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viron 200 prisonniers et en laissant un peu plus aux mains de l'ennemi ; on arrive, tant bien que mal, au lieu du débarquement, après avoir percé la ligne trop mince des régiments envoyés de Columbus.

La retraite, dont on a voulu faire un modèle de solidité, ne s'effectua pas comme à la parade; rembarquement eut lieu dans le plus grand désordre, « au plus tôt paré, » dirait un marin ; si bien que Grant faillit rester sur la berge. Tout le monde était à bord que le général courait encore le long du fleuve pour ramasser les traînards; les confédérés, parvenus à quelques centaines de mètres, balayaient de leur mousqueterie le pont des bâtiments encombrés. On avait déjà démarré quand on s'aperçut que le chef de Texpédition manquait ; on accosta en toute hâte, on improvisa un pont volant avec quelques planches sur lesquelles passèrent à cheval Grant et les officiers de son état-major. Cet exercice de voltige, très flatteur pour les talents hippiques et Timperturbable sang-froid du général laisse croire que la retraite fut une débandade; des troupes victorieuses ne perdent pas leur général en route.

Dans cette affaire qu'il n'avait pas l'intention de pousser à fond, mais que les circonstances rendirent sérieuse, Grant venait de prouver son aptitude à conduire les troupes. En somme, il avait tenu tête à des forces très supérieures. Peut-être eût-il été franchement vaincu si, la position devenant à peu près désespérée, la nécessité n'avait groupé, autour de leur chef, ses soldats indisciplinés : à minuit, l'expédition arrivait à Gairo diminuée de 500 à 600 hommes.

Jusqu'à la fin de l'année, les deux partis se recueillent, préparant les importantes opérations qui marquent les premiers mois de 1862.

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