COOPÉRATION AVEC LES RUSSES
mes propres forces ne suffisent pas pour m'assurer la supériorité sur mon ennemi et pour terminer la guerre promptement et heureusement, je ne vous cacherai pas les principes qui doivent diriger notre conduite dans les circonstances embrouillées et très épineuses où je me trouve, » Suit un exposé en cinq points des procédés à employer pour arriver à l'entente, aussi bien avec le gouverncnent qu'avec le général russe, se terminant par cette conclusion fort sage : « De la nécessité il faut faire une vertu et chercher à tirer des opérations des Russes le plus d'avantage possible. » En définitive, sans s'arrêter aux détails, on s’efforcerait d'effectuer la jonction sur l’Oder et d'obtenir tout au moins la coopération d'un corps de 20.000 hommes, de manière à livrer bataille aux Prussiens sur Ja rive gauche du fleuve. Tant pour assurer l'accord entre les deux armées que pour renseigner la cour de Vienne et son ambassadeur à Pétersbourg sur les agissements des alliés, un général serait accrédité auprès du Maréchal Soltikoff; pour cette tâche délicate, en remplacement du général Fine, le cabinet avait désigné le général Plunkett. Quant à l’action immédiate, Daun était invité à envoyer une partie de son armée vers la Silésie ou à retenir le roi de Prusse en Saxe, en interceptant ou en inquiétant ses communications avec la Silésie. Le même rescrit informa le feld-maréchal que Laudon avait demandé s'il devait entreprendre le siège de Glatz ou faire une incursion dans la plaine de Silésie ; on lui avait répondu en lui laissant toute liberté à cet égard, cependant on avait suggéré que les bataillons de garnison devant suffire pour le siège, il pourrait, avec son corps d'armée, s'avarcer dans l'intérieur de la province.
Les choses en étaient 1à quand la nouvelle de la victoire de Landshut parvint le 24 juin (1) à Daun, qui était
(1) Marainville à Choiseul, Dresde, 24 juin 1760. Affaires Étrangères. GUERRE DE SEPT ANS. — T. IV. 2
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encore à Dresde. Deux jours après, le général en chef entrant dans les vues de la cour, détachä sur Lauban et Lowenberg, c'est-à-dire vers la Silésie, une division de 6.000 hommes sous les ordres de Stampa; il invite en même temps Laudon à se poster à Liegnitz, de manière à barrer la route au Roi pour le cas où il voudrait se porter au secours de sa province. Le 2 juillet, Daun. convaincu que cette hypothèse allait se réaliser, et désireux de devancer son adversaire, leva son camp sous les murs de Dresde et prit également le chemin de la Silésie. Malgré le retour de Frédéric sur la capitale de la Saxe, le feldmaréchal persévéra dans son mouvement; il était, le 10, à Marienburg, sur la Queiss, et y resta jusqu'au 15 juillet (1), date à laquelle les avis alarmants de Dresae le décidèrent à revenir sur ses pas. L'envoi de Laudon à Lie-
gnitza ‘ait été le résultat d’une conférence (2) tenue à Vienne
dans laquelle on avait ajourné les sièges de Glatz et de Breslau, le premier parce qu’il retiendrait l’armée trop loin des Russes, le second parce qu'on le considérait comme dangereux avant l’arrivée des ailiés. Ces fausses manœuvres firent perdre aux Autrichiens, avec trois semaines de temps, presque tout le fruit qu'ils auraient dù tirer de leur succès du 23 juin.
Revenons maintenant à Laudon, que nous avons laissé à Landshut. Conformément à l'ordre de Daun, il quitta, le 4 juillet, cette ville où il avait prolongé son séjour sans doute dans l'attente des instructions de Vienne. La marche sur Liegnitz, coupée par des arrêts, prit 5 jours et, le 9 juillet, Laudon cantonna ses troupes autour de Hochkirch (3), sur la rive droite de la Katzbach. Peu de temps après, il eut avec Daan une entrevue, à la suite de laquelle le feld-maréchal retourna à tire d'aile sur
(1) Moutazet à Choiseul, Ottendorf, 14 juillet 1760. Affaires Étrangères (2) Comte de Choiseul à Belleisle, 7 juillet 1760. Archives de la Guerre. (3) Village en amont de Liegnitz.
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