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LE SUCCÈS DE LAUDON N'A PAS DE SUITES

récits locaux, 12 habitants furent tués, #3 sérieusement blessés et environ 300 fort maltraités; le dommage remboursé plus tard par le Roi, aurait dépassé 635.000 thalers. Ces excès, d'autant plus impolitiques qu'ils s'exercaient sur d'anciens sujets autrichiens dont le recouvrement était l’objet de la guerre, ne purent être empêchés par Laudon, qui les flétrit dans un vigoureux ordre du jour adressé aux troupes.

La destruction du corps d'armée auquel avait été confiée la défense de la Silésie aurait dû avoir pour conséquence logique de livrer la province aux Autrichiens. Il n’en fut rien, et cependant abstraction faite des blessés et malades, des troupes affectées au blocus de Glatz, à l’escorte des prisonniers et à la sûreté des communications, Laudon et Beck pouvaient mettre en ligne près de 40.000 hommes auxquels les Prussiens n'avaient à opposer que les faibles garnisons des places fortes, les 1.500 fuyards du champ de bataille et les 3.000 hommes de Zieten. Ce dernier ne tenait plus la campagne, car, aussitôt informé du désastre de Landshut, il abandonna la position du Zeiskenberg où son chef l'avait placé, renforçca, en passant, Schweidnitz de deux bataillons, et avec les deux autres, se replia sur Breslau. D'autre part, ni le Roi ni le prince Henri n'étaient en mesure d'accourir. A la date du 26 juin, c’est-à-dire au moment où Laudon, après avoir réparé le désordre du combat, eût été à même de reprendre les opérations, Frédéric, aux prises avec l'armée supérieure de Dann, avait son quartier général à Gross-Dobritz, sur l’Elbe, entre Dresde et Meissen, à dix ou douze marches du centre de la Silésie; le prince Henri était encore plus éloigné; posté avec le gros de ses troupes à Landsberg, sur la Wartha, il surveillait les Russes, incertain s'ils marcheraient sur la Poméranie ou sur la Silésie. Pourquoi Laudon ne profita-t-il pas de l’occasion que lui offrait la fortune,

pour tenter, dès le mois de juin, sur Glogau ou sur Breslau, l'entreprise qu'il essaya six semaines plus tard? La possession d'une de ces forteresses avait beaucoup plus d'importance que celle de Glatz, ou même de Schweïdnitz, car elle assurerait la jonction avec les Russes, point capital d'iquel dépendaient tous les projets de la campagne.

Personnellement, Laudon ne croyait guère au succès de la combinaison; il avait écrit (1) à Kaunitz au début du mois qu'il n'avait aucune confiance dans la coopération de l'allié; il était d'avis qu'il fallait diriger les mouvements des armées autrichien'es comme si elles devaient agir isolément, et sans se préoccuper

| des Russes qui serviraient à détourner l'attention de

| l'ennemi, mais qui, en réalité, ne seraient pas dangereux pour lui. Telle n’était pas la pensée de la cour de Vienne qui aurait voulu atiendre l’arrivée des Russes pour entamer les hostilités; Marie-Thérèse elle-même s'inquiétait de l'offensive prise par son général et n’hésitait pas à faire part de ses craintes (2) au Français Montazet. Le cabinet de l'Impératrice avait reçu, par l'entremise de son ambassadeur Esterhazy, le plan d’opé- | rations concerté avec la cour de Pétersbourg, mais il ne

| se faisait aucune illusion sur les difficultés de l'exécution ; | depuis l’assentiment donné à l’attrihution de la Prusse l royale à la puissance du Nord, il était évident que celle- [ ci se désintéressait de plus en plus des aspirations : autrichiennes et entendait s'imposer, nour les faire ,

aboutir, le minimum possible de s’c’atices. « C’est un | grand malheur pour moi et pour ma maison, écrivait | Marie-Thérèse à Daun (3), ainsi que pour la cause com- | mune que la dite cour ne soit pas animée de meilleurs sentiments et n’y mette pas plus d’entrain. Mais... comme

(1) Laudon à Kaunitz, 8 juin 1760. Lettre citée par Janko. (2) Montazet à Choiseul, Vienne, 21 juin 1760. Affaires Etrangères. (3) Rescrit de l’Impératrice à Daun, 13 juin 1760. Archives de Vienne.

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