SIÈGE DE GLATZ
Dresde, emmenant avec lui presque toute la division Stampa, qu'il avait, quelques jours auparavant, mise à la disposition de Laudon, et laissant ce dernier rentrer à son quartier général d’Eichholtz (1), où Le gros de l’armée de Silésie demeura jusqu'au 2 août. IL est difficile de saisir la raison de cette inaction si longue dans les environs de Liegnitz; le Roi était de retonr en Saxe, le prince Henri était toujours loin, il ne pouvait être question encore des Russe. Il est vrai que Laudon détacha d'Eichholtz 10 bataillons pour assister le général Draskowich, qui commandait les troupes chargées du siège de Glatz, lesquelles se composaient de 21 bataillons de ligne, de 7 bataillons de Croates et de cavalerie. Quoique la grosse artillerie ne fût pas au complet, les tranchées furent ouvertes dans la nuit du 20 au 21 juillet; le 23, arrivèrent le reste du parc et le général Harsch, auquel la cour de Vienne avait confié, on ne sait pourquoi, la direction des opératicns.
Glatz était une des meilleures forteresses de la Silésie. La vieille ville, bâtie sur la rive gauche de la Neisse, s’élait peu à peu agrandie de faubourgs qui bordaient la rivière ou qui s'étageaient sur les flancs des collines adjacentes, mais l’ancien quartier avait conservé ses murs et ses tours, et se détachait des bâtisses plus modernes qui lui faisaient ceinture. Les portes, assez rares, qui s'ouvraient sur les faubourgs ou sur la campagne, étaient protégées par des cavaliers; un fossé, alimenté par un petit affluent de la Neisse, baignaïit les murs et les séparait d'un chemin couvert qui faisait le tour de la majeure partie de l'enceinte. Au nord de la vieille ville, était la citadelle édifiée sur une hauteur qui se terminait du côté de la rivière var une falaise escarpée; le front nord de cette fortification était tracé à la Vauban, avec bas-
(1) A faible distance de Hochkirch et de Liegnitz.
tions, fossés secs, ravelins, etc.; les ouvrages du front ouest, quoique moins complets, n'étaient pas, grâce au terrain, d'un abord facile. Au système de la défense, depuis la conquête prussienne des additions importantes avaient été faites; les ingénieurs royaux avaient construit, en face de la citadelle, sur le Schôferberg, de l’autre côté de l'étrait défilé de la Neisse, un fort en forme d'étoile auquel on avait donné l'appellation de « nouvelle forteresse » et, sur l'éperon qui prolonge l'emplacement de la citadelle, ils avaient élevé la redoute de Kranich, reliée au front du nord par un chemin creusé dans le roc, d’une lougueur de près de 300 mètres. En 1760, les fortifications étaient en bon état d'entretien, et, au dire de Gribeauval (1), directeur de l'attaque, susceptibles d’une résistance de 5 à 6 semaines. Les points faibles de la défense étaient le mauvais esprit des soldats et l’insuifisance du commandant. Composée de 5 bataillons réguliers, de 300 isolés ou conscrits, et d’une. poignée d’artilleurs, mineurs et cavaliers, la garnison était forte de 2.400 hommes environ mais laissait bear:coup à désirer en qualité; les soldats provenaient, en grande partie, du recrutement forcé dans les provinces conquises ou de l’élément des prisonniers de guerre. Quant au gouverneur, d’O, Piémontais d'origine, dans l'armée prussienne depuis 1727, invalidé pour blessures, il avait été nommé major de place, puis vice-commandant à Glatz; promu lieutenantcolonel sur la recommandation de Fouqué, il avait reçu les félicitations du Roi pour l'intelligence «pportée à son service de renseignements. Mal marié à une femme qui entretenai, une correspondance avec les généraux autrichiens, d'O parait, en ce qui le concerne, avoir été innocent au crime de trahison qui lui fut imputé; par contre, soit
(1) Gribeanval à Laudon, Koretau, 3 juillet 1760. Lettre citée par Wachter, Aclen des Kriegsgerichts von 1763, Breslai, 1897.
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