‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 102 sur 332 · DÉFAITE DES FRANCAIS · texte numérisé non relu

DÉFAITE DES FRANCAIS

longé, vinrent se mettre en bataille en face de la cavalerie française, rangée au centre de la position.

D’après le rapport allemand et le récit de l'Anglais Peirson, l'intervention de Granby fut décisive; elle protégea le déploiement, en avant de Menne, de la colonne Zastrow et fit reculer la cavalerie française, avec laquelle il n’y eut. qu’un choc partiel sur lequel nous reviendrons; «elle donna ensuite si à propos que l’ennemi se voyant pressé de tous côtés à la fois ne tint plus nulle part, et se retira en grande confusion, la plus grande partie de l’in- ‘interie aussi bien que de la cavalerie se précipitant dans ia Dymel, qu’elle passa non sur des ponts, mais à gué en jetant en grande partie ses armes pour s’alléger. M. de Bülow ayant attaqué avec la légion la ville de Warburg, en débusqua le corps de Fischer, qui, tombant ensuite sous les sabres de la cavalerie britannique, fut presque anéanti ». Dans la bagarre, au dire des correspondants anglais, Granby se distingua par la vigueur avec laquelle il enleva ses escadrons, il avait perdu son chapeau et chargea nutête. L'attaque fut puissamment secondée par l'artillerie anglaise qui se mit en batterie sur les hauteurs dominant la rivière et couvrit de ses projectiles les Français au passag

Ac: relation, opposons la pièce dans laquelle Du Muy ex; ts circonstances qui l'amenèrent à battre en retraite ei :: manière dont cette manœuvre fut accomplie : « On s’aperçut que l'infanterie ennemie qui conservait son avantage à la gauche, sans que la nôtre, acharnée contre elle, se retirât, faisait couler des troupes vers les ponts que nous avions sur la Dymel pour nous couper toute voie de retraite. Le danger était instant, M. le chevalier Du Muy, pour le prévenir, fit marcher M. de Roquepine, maréchal de camp, avec la brigade de Touraine vers le pont et Les bois, qui sont au delà de la rivière, pour les tenir, Il manda à M. Maupeou, lieutenant-général, de

PTT

ae

RE

DE En he rom —— mp

rs GS =

mb ARE PR 2 LE qe +R à meme = D ae — = = ee

s'y porter aussi avec la brigade de la Tour du Pin qui était à la droite. IL ordonna à la cavalerie et aux dragons de repasser la rivière qui est guéable (1) dans toute cette partie et fit retirer en même temps l'infanterie de la gauche ; la brigade de Planta, composée de ce régiment et de celui de Lochmann, couvrit la retraite du canon de cette gauche avec constance... Toutes ces troupes se mirent en bataille sur les hauteurs et les bois de la rive droite; on y établit des batteries qui en imposèrent à celles de l’ennemi et les empêchèrent de passer la rivière en face. »

Comme le laissent voir les documents cités, notre cavalerie ne fut guère engagée et borna son rôle à protéger l'infanterie; il y eut cependant ün choc entre la brigade de Bourbon, composée de ce régiment et de ceux de Beauvilliers et d’Archiac, et les régiments anglais Brand et des Horse Guards. Le maréchal de camp de Lugeac, voyant quelques bataillons de notre gauche fort empètrés, repassa la rivière, remonta la pente, et vint donner dans le flanc des cavaliers britanniques. « Ce brave général, écrit notre officier, resta une demi-heure pêlemêle avec les ennemis et ne se retira qu'après s'être fait jour tout seul et leur avoir fait sentir la pesanteur de son bras; le reste de notre cavalerie et les dragons ne furent point de cette affaire. » Le tableau qu'il trace de la fin de la bataille est beaucoup plus noir et probablement plus véridique que celui de Du Muy : « Comme nous étions délabrés à la droite et à la gauche, on ordonnala retraite; nous n'avions que des gués devant le débouché de la montagne par où on se retira ; 1 infanterie passa dans l’eau jusqu’au genou, d’autres de nos troupes passèrent au pont de la gauche. Le 1° bataillon du régiment de Planta suisse qui n'eut pas ie temps de gagner la rivière fut écharpé par la cavalerie anglaise et pris

(1) La Dymel est large de 20 à 25 mètres.

prisonnier avec ses drapeaux. Les ennemis ne firent aucun mouvement de poursuite, ils se contentèrent de canonner l’arrière-garde à iaquelle ils ne firent pas grand mal. » En effet, ce fut seulement vers la fin de la journée que Ferdinand fit franchir la Dymel à Granby avec 10 bataillons et 12 escadrons qui avaient rejoint; les Français, après avoir rétabli un peu d'ordre dans leurs formations, reculèrent jusqu'à Wolkmissen, Granby campa sur la rive droite et Le reste des confédérés sur le champ de bataille. La relation allemande accuse 8 officiers et 194 soldats tués, 56 officiers et 979 hommes blessés ou disparus, soit en tout 1.237 (1) hors de combat; par contre, elle exagère beaucoup le déficit français : « Il est difficile d'évaluer au juste la perte qu'il (l'ennemi) a fait en hommes; on croit, en attendant, ne dire trop en assurant qu’il a laissé 1.500 hommes de tués sur la place; le nombre des blessés qu'il a emportés ne saurait être petit; il est impossible d'évaluer au juste ce qui s’est noyé au passage du Dymel, et nous ne pouvons pas même déterminer avec précision le nombre des prisonniers. Nous en avons fait beaucoup, mais comme grand nombre en a pris parti parmi nos troupes légères, avant que les listes en aient été dressées, on ne peut marquer que le nombre de ceux qui ont été renvoyés à l’armée ennemie, en suite de ia convention faite pour l'échange réciproque des prisonniers; ce nombre monte à 1.818 parmi lesquels se trouvent 66 officiers, de façon qu'il y a tout lieu de supposer que la perte de l'ennemi ne saurait être moindre de 6.000 hommes, perte très considérable à la vérité, mais qui serait devenue tout autre, si l’action avait seulement duré une demi-heure plus longtemps. » Le déchet français dépassa 4.000 hommes; Du Muy, treize jours plus

(1) La relation conservée avx archives du Record Office donne un chiffre plus élevé, celui de 1,673 pour les sous-oficiers et soldats mis hors de combat. GUERRE DE SEPT ANS. — T,. IV, 15

tard, après avoir reçu tous les rapports des corps, le chiffre à 4.203. « Je n’en garantis pas, ajoute-t-il (1), l'exagération que la lésine et le mauvais sens des Français regardent comme une ressource pour la réparation de leurs pertes. » La cavalerie, à l’exception du régiment d’Archiac, souffrit peu; par contre, quelques régiments d'infanterie furent très éprouvés, notamment ceux du Bourbonnais, de la Couronne, de Rouergue, de Rohan, Rochefort, Aumont, Planta et Yenner. Chabo attribue (2) la défaite à la faute de n’avoir pas compris le mamelon de la tour dans la position à défendre; « quelques points intéressants trop distants pour être occupés en campant dont le principal était derrière notre gauche, n’ont pu l'être à temps; l'ennemi nous a prévenus, s’y est maintenu et dès lors la retraite est devenue aussi nécessaire que difficile. Bref, nous en sommes quittes pour 4.000 tant tués que blessés ou prisonniers, dont 240 officiers et je crois 6 pièces de canon; par abonnement, nous aurions donné plus cher ». Le chiffre exact des canons pris fut de 8, dont 6 de parc.

L'échec de Warburg, qui suivait de près celui d’Emsdorf, produisit une mauvaise impression à Versailles. Beleisle, qui se faisait volontiers le critique d’un général qui lui déplaisait, reprocha à Broglie (3) de r’avoir pas eu connaissance en temps utile de la marche de Ferdinand sur la Dymel et de n’avoir pas « prévenu un combat aussi inégal qui fait beaucoup d'honneur aux troupes et à M. le chevalier Du Muy, mais qui en même temps a un coup d'œil infiniment désagréable, qu'avec des forces aussi supérieures (de notre côté) l'ennemi trouve le moyen, pour la seconde fois en quinze jours de temps, d'attaquer deux corps de votre armée avec autant d'avantage. IL en résulte

(1) Muy à Belleisle, Erlinckhausen, 13 août 1760. Archives de la Guerre. (2) Chabo à Belleisle, Wolfhagen, 2 août 1760. (3) Belleisle. à Broglie, 8 août 1760. Archives de la Guerre.

Page 1