BROGLIE TROMPÉ PAR LE BROUILLARD
une perte très réelle de plusieurs corps, tandis que l'ennemi n’en a encore éprouvé aucune ». Broglie se disculpa en accusant Fischer et La Morlière de n’avoir pas exécuté ses ordres qui leur prescrivaient des démonstrations sur Liebenau à l’effet d'empècher la jonction de Spürcken et du prince héréditaire. La Morlière, avec deux brigades d'infanterie, et Saint-Pern, avec les grenadiers royaux de France, étaient à Wolkmissen le 29 juillet et, par conséquent, à portée de Du Muy, mais Broglie, trompé par le brouillard et se croyant encore vis-à-vis le gros. de l’armée confédérée, avait rappelé à lui ces deux divisions : « Ce même jour 29, écrit-il (1), je passai toute la journée sur la montagne de Durenberg à observer l’armée des ennemis qu'on voyait aussi parfaitement que des fenêtres du Roi dans la cour de marbre, et à faire reconnaitre et ouvrir des marches pour se porter sur eux. Tout fut tranquille dans leur camp jusqu’à 5 ou 6 heures du soir que nous vimes détendre et ensuite marcher un corps d'environ 12.000 hommes qui se dirigea sur sa droite. J'en avertis M. le chevalier Du Muy de qui je reçus dans la nuit la nouvelle qu'il était arrivé à Warburg. » Le 30 juillet, il n’y eut aucun mouvement chez l'ennemi qui était encore dans son camp le soir « où je l'ai vu »; sur le tard, parvint un avis de Du Muy signalant la présence de 15.000 Hanovriens entre Liebenau et le village voisin de Corbeck. Broglie manda au chevalier de faire passer ses bagages sur la rive droite de la Dymel, d'assurer sa retraite et de se tenir en contact avecSaint-Pern qui se trouvait à MAlsberg, à égale distance entre Liebenau et ZLierenberg. Pendént la matinée du 31,le brouillard épais dont nous avons parlé rendit invisible l'emplacement occupé la veille par le prince Ferdinand; aussitôt qu’on s'aperçut du départ d’une partie des confédérés, Broglie
(1) Broglie à Belleisle, 12° et 13 août 1760.
donna l’ordre successivement à Guerchy et à Saint-Pern de se porter au secours de Du Muy; enfin, ce ne fut qu’à 7 heures du soir qu’un officier, parti de Warburg à 10 heures, annonça au quartier général la probabilité d’une rencontre au cours de la journée.
Au demeurant, la responsabilité directe du malheur de Warburg semble incomber au chevalier Du Muy dont les dispositions furent des plus défectueuses et qui ne sut pas discerner le plan d’attaque de l'adversaire ni se servir de sa cavalerie pour couvrir une retraite devenue inévitable. Du côté des confédérés, le prince héréditaire montra du coup d’æil, de la hardiesse et sa bravoure habituelle; à titre de récompense, il reçut un don de 5.000 livres sterling qui lui fut remis par Granby au nom du roi Georges.
Fort heureusement pour la réputation du général en chef français, la journée du 31 juillet, si elle fut attristée par la défaite de son lieutenant, fut marquée par un avantage des plus sérieux. Nous avons déjà relaté l’état défectueux, au point de vue de la défense, dans lequel avait été laissée la ville de Cassel, et l'envoi tardif du général Kielmansegge avec une division pour en renforcer la garnison. Broglie, qui avait poussé son aile droite dans la banlieue de la capitale de la Hesse et dont le corps principal en était peu éloigné, fit tâter la place ou plutôt le camp retranché qui en constituait l'ouvrage essentiel par le comte de Lusace avec la réserve de droite et marcha lui-même avec 4 brigades d'infanterie, les grenadiers de l'armée, les gendarmes et les carabiniers sur Wolfhagen, village situé au bord de la Fulde, pour couper la route au corps de Kielmansegge. Celui-ci n’attendit pas le contact, mais évacua, presque sans combat, la ville et le camp retranché, abandonnant aux Français 500 prisonniers valides, de gros magasins et un hôpital d’un millier de soldats blessés ou malades. La retraite se fit avec
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