CRITIQUES DE BELLEISLE ET RÉPONSES DE BROGLIE
La réponse de Broglie (1) est un spécimen caractéristique de sa manière épistolaire : « Je n’ai rien à ajouter à tous les détails qui étaient contenus dans la mienne du 13... Ils sont si clairs que ceux auxquels ils ne prouvent pas que les raisons que j'ai eues de me conduire comme je l’ai fait étaient justes et conséquentes aux mouvements des ennemis, ne seraient pas persuadés par des volumes d'écritures auxquels je n'ai pas le temps de me livrer, et qui seraient même très inutiles puisqu'on ne voudrait pas les entendre davantage... Lorsqu'elle (Sa Majesté) jugera à propos de m'interroger elle-même sur le mérite de ceux qui la servent, je l’en instruirai avec la vérité la plus exacte, parce que je la lui dois; mais je me garderai bien de donner matière à des commentaires qui n’aboutissent qu'à me faire mander que ceux que je dis s'être mal conduits ont bien fait, à les voir protégés, soutenus et souvent récompensés, et à me faire des ennemis de leurs parents et protecteurs. » Un nouvel incident fâcheux, la surprise de Zierenberg dans la nuit du 5 au 6 septembre, vint appuyer les observations du ministre ; dans son rapport (2) Broglie reconnait que les commandants détachés laissent souvent à désirer : « Croyez que cette inquiétude perpétuelle, sur ceux qu’on emploie, fait passer bien de mauvaises nuits et n’a pas besoin d’être augmentée par des reproches aussi continuels, j'ose dire, que peu mérités. Vous avez approuvé le choix que j'ai fait de M. de Nordmann pour l’employer à commander une brigade des troupes légères; vous m'en avez parlé avec éloges ainsi que M. de Viomesnil, et M. de Comeyras ne leur cède pas en courage et en volonté. Cependant, vous verrez par la lettre ci-jointe de M. de Viomesnil, qu'ils
(i) Broglie à Belleisle, Immenhausen, 1° septembre 1760. Archives de la Guerre.
(2) Broglie à Belleisle, Immenhausen, 7 septembre 1760. Archives de la Guerre,
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ont été surpris la nuit du 5 au 6 dans Zieremberg à une petite demi-lieue du camp de M. de Muy, et à la vue des postes avancés, et ils y ont perdu aux environs de 400 hommes et 36 officiers. À qui se peut-on fier après cela? Il n’est pas étonnant que le nombre des prisonniers augmente pendant les campagnes. Nos officiers ne savent que se battre, souvent avec désavantage, ignorant la méthode de faire la guerre en troupes légères, sont très négligents pour la plupart et ont contre eux tous gens du pays. Tout ce que je puis faire, c’est de ne les point aventurer, de leur donner de bonnes instructions, lorsque je les détache, de les exhorter à être de la plus grande vigilance, et il n'y a pas de jour que je ne le fasse. Je les visite très souvent; voilà tout ce qui dépend de moi et je ne crains pas que vous puissiez en disconvenir. »
Néanmoins dans l'ensemble, en dépit de quelques défaillances regrettables, l'esprit de l’armée était bon. Coraillon, le major général de l'infanterie qui n'avait pas fait la campagne dernière, se plaît à proclamer (1) les progrès accomplis : « L'infanterie n’est pas reconnaissable depuis la campagne de 1757, tant pour la discipline que pour la propreté et l'intelligence du mouvement qu’elle fait. » Il constate également l'amélioration du tir : « Le dernier soldat d'un régiment tire mieux que ne faisaient autrefois les grenadiers. »
A signaler un autre changement dont le mérite revient au général en chef. Contrairement aux errements du passé, le silence Le plus absolu était observé au quartier général sur les ordres à donner, Cette discrétion inaccoutumée n'était pas agréable à tous : « Le grand mécontentement des officiers généraux, écrit l'officier d'état-major Keralio (2), vient de ce qu'ils ne sont instruits des mouvements de leurs divisions qu'au moment de l’exécution. Dans les
(1) Cornillon à Belleisle, Ober Ustingen, 18 août 1760. Archivesdela Guerre.
(2) Keralio à Belleisle, Immenhausen, 26 août 1760. Archives de la Guerre.