MÉMOIRES DE BROGLIE A LA COUR
quand il plaira à Dieu, à qui il faut se remettre de tout ee que je ferai bien véritablement. »
Le 31 août, Broglie, toujours à Immenhausen, adressa à la cour un mémoire sur les opérations à entreprendre. Étant donné l'impossibilité d'attaquer avec chances de succès les ennemis derrière la Dymel, il ne restait qu'à choisir entre trois partis :
1° Se retirer lentement vers Marburg et Ziegenhayn en consommant les ressources du pays;
2 Mettre dans Cassel une garnison de 7 à 8.000 hommes, couvrir avec un petit corps les communications entre cette ville et Ziegenhayn, et avec le reste de l’armée envahir le Hanovre ;
3° Laisser de gros détachements à Cassel, à Mundenet sur la ligne de ravitaillement, renforcer avec le gros des troupes la réserve du comte de Lusace, porter ces forces vers Moringen, créer un établissement sérieux à Gôttingen, constituer des magasins dans cette ville, sur la Werra et à Cass”1, de manière à gagner l’automne, prendreles quartiers ‘hiver pour l'infanterie entre l'Eder et la Werra, pour la cavalerie derrière l’Eder, et maintenir 10.000 hommes pendant la mauvaise saison dans la place de Cassel.
Cette troisième solution semblait préférable et cependant elle offrait des dangers évidents : « Ce qu'il y aurait de plus à craindre (1) serait, que le prince Ferdinand ne passät le Weser avec la totalité de son armée et ne vint tomber sur la partie de la nôtre qui sera près de Moringen; il est même difficile de parer à cet inconvénient, mais alors, on reculera et or s'approchera de la Werra, et en même temns on fera avancer diligemment le reste de l’armée. Le pays est fait entièrement pour la défensive, et on ne peut y faire une guerre offensive qu'avec des moyens puissants et une supériorité de forces infinie. » Suit une comparai-
(1) Mémoire de Broglie, Immenhausen, 31 août 1760. Archives de la Guerre.
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son de la situation des deux combattants : du côté français, nécessité de l’emploi de 25.000 hommes pour une ligne de ravitaillement de #0 à 50 lieues, diminution constante des combattants par la maladie et par l'obligation de renvoyer en France (1) les prisonniers rendus, alors que l'ennemi peut faire rentrer les siens dans le rang deux jours après leur retour. Chez les confédérés au contraire, l’arrivée d'Angleterre de nombreuses recrues et de 7.000 hommes de troupes fraiches, la facilité et la brièveté des communications qui n’absorbent que peu ou point de monde rétablissent l'équilibre en leur faveur.
Tout en attribuant quelque exagération à l’assertion de Broglie, il est impossible de n'être pas frappé par la réduction rapide des effectifs français de cette époque. L'imperfection des rouages administratifs, la médiocrité du personnel et du matériel des hôpitaux étaient pour beaucoup dans cet état de choses, mais entre autres raisons du déchet, il est intéressant de citer l'appréciation de Keralio (2), à la correspondance duquel nous avons déjà emprunté des renseignements utiles. A l’en croire, beaucoup de généraux multipliaient outre mesure les avant-postes. « Ils ne veulent pas entendre que c’est la vigilance avec laquelle ces postes se gardent, qui fait la sûreté de l’armée; au contraire on entasse gardes sur gardes, les solda!s servent mal et sont excédés, et les hôpitaux se multiplient. » D'autre part les unités ne sont pas assez étofïées, les compagnies sont trop faibles pour les prélèvements qu’on leur impose. « Une des autres causes, Monseigneur, de la diminution qu'a déjà éprouvée l'armée, est la mauvaise constitution de notre infanterie. Uae
(1) En vertu du cartel les prisonniers étaient restitués de part et d'autre dans un délai de 15 jours, mais les confédérés, étant en avance sur les Français, pouvaient faire rentrer les leurs dans le rang, tandis que les soldats français rendus étaient renvoyés en France, en attendant leur tour d'é’hange.
(2) Keralio à Belleisle, Immenhausen, 26 août 1760. Archives de la Guerre.