LES EFFECTIFS FRANÇAIS
compagnie d'infanterie a #0 hommes au complet; il faut en déduire deux sergents, trois caporaux, le premier ampesade, un tambour, un volontaire pour former le corps aux ordres de M. de Saint-Victor qui était cy-devant à ceux de M. de Vair, et trois chasseurs qui ne font point le service de fusiliers ; ainsi à l'ouverture de la campagne il n'y a que 28 fusiliers pour faire le service. Pour peu que la campagne soit vive, les maladies, la désertion, les morts en tous genres, les postiches à fournir aux grenadiers, unt réduit cette compagnie à 20 hommes; alors pour peu qu'il y ait de gardes, elle est excessivement fatiguée et finit par être réduite à ‘rien. »
De la comparaison des eifectifs, Broglie passe (1) à celle des facilités de ren*eignements : « Quant aux moyens, ils ont l'argent à pleines mains, et pour en donner une idée, le prince Ferdinand a par mois quatre mille guinées pour employer en espions. Tout le pays est pour lui comme de raison; il a emmené tous les chariots de la Hesse et du duché de Westphalie; enfin, il a le Weser pour lui apporter toutes ses subsistances et trois places de dépôt qui lui donnent le moyen de se retourner sans être embarrassé pour son pain. Nous, au contraire, nous ne pouvons nous écarter de Cassel sans courir risque de manquer de pain; enfin, tout le pays est contre nous; et ce n'est qu'avec la plus grande peine qu'on parvient à faire exécuter les ordres qu'on donne. A l'égard de l’argent pour les circonstances inopinées, on sait qu'à peine on en a pour le service ordinaire et indispensable. Si on veut comparer sans prévention la situation des deux généraux, il sera bien difficile de ne pas convenir qu'il a fallu beaucoup de bonheur, et peut-être quelque bien joué pour parvenir à s'emparer de la Hesse et à vaincre les obstacles très grands qui s'y opposaient. »
(1) Mémoire de Broglie déjà cité.
Le mémoire de Broglie se croisa avec une dépêche de Belleisle (1) où celui-ci annonçait le désir du Roi de faire hiverner son armée à Cassel. A partir de ce moment une longue correspondance s'engage: entre le quartier général et le ministère sur les avantages et les périls de la conservation de la Hesse et surtout de sa capitale. Au point de vue politique et en raison des négociations pacifiques qu’on commençait à prévoir pour les premiers mois de 1761, il était de la plus haute importance de ne pas évacuer le territoire conquis. Aussi Louis XV se prononcet-il (2) pour le troisième parti mis en avant par Broglie, et approuve-t-il le maintien, pendant la mauvaise saison, d’une garnison de 40 bataillons à Cassel; cependant, malgré cette indication de ses préférences, le monarque iaisse au général toute liberté pour la solution du problème. « Il s’agit donc, Monsieur le Maréchal, que vous décidiez définitivement, si vous croyez pouvoir tenir Cassel en toute sécurité pendant l'hiver; et si vous déterminez l’affirmative, car le Roi s’en rapporte entièrement à vous, vous donnerez sur-le-champ tous les ordres relatifs en tout genre pour qu’il n’y ait pas un moment de perdu, car il n’est déjà que trop tard. »
Au cours du séjour de l’armée au camp d’Immenhausen, eut lieu la surprise des avant-postes français, à laquelle nous avons fait allusion plus haut. Le prince héréditaire ayant appris par ses espions que le détachement du brigadier Nordmann, logé dans la petite ville de Zierenberg, se gardait mal, résolut de l’enlever; l’opération était délicate, car le bourg, entouré de murs, en fort mauvais état, il est vrai, était susceptible de quelque défense et les autres cantonnements français (3) étaient à portée. Le prince prit ses dispositions avec tant d'habileté
(1) Belleisle à Broglie, 1°’ septembre 1760. Archives de la Guerre. (2) Belleisle à Broglie, 8 septembre 1760. Archives de la Guerre. (3) Le corps de Du Muy n'était qu’à une petite lieue de Zierenberg.
SURPRISE DE ZIERENBERCG. 245
que ses soldats pénétrèrent dans la localité à 3 heures du matin le 6 septembre (1), par trois brèches non réparées, sans rencontrer d'autre résistance que celle d'une patrouille qui donna l'alarme, s'emparèrent d'une des portes sans tirer un coup de fusil et débouchèrent sur la grand'place. Les officiers français, réveillés en sursaut, coururent çà et là pour retrouver leurs compagnies; les hommes, dont quelques-uns sans armes, cherchèrent à se rassembler dans le cimetière, désigné d'avance comme point de ralliement; le désordre fut accru par l'entrée en scène du régiment anglais des Dragons gris, qui parcourut les rues en sabrant les fuyards. À en croire le récit de Peirson (2), la mêlée aurait eu plutôt le caractère d'une boucherie que celui d’un combat : « D'après tous les racontars l'affaire aurait été très réussie, mais des détails horribles », beaucoup de Français auraient été tués dans leurs lits. Le brigadier Nordmann, le colonel Comeyras, commandant des Volontaires du Dauphiné, furent pris avec une quarantaine d'officiers et 3 à #00 hommes appartenant aux Volontaires du Dauphiné, de Clermont et aux Dragons. Après avoir occupé la ville pendant une heure, les confédérés reintégrèrent leur camp, suivis par Viomesnil qui avait rallié du monde et recouvra quelques prisonniers. Dans cette bagarre, les Français laissèrent sur le terrain 125 tués et blessés; les confédérés, pour la plupart Anglais ou Écossais, en furent quittes pour une perte insignifiante,
Un raid du même genre, entrepris peu après par Fersen et Bülow, fut beaucoup moins heureux. Ces deux ofticiers atteignirent Marburg, y détruisirent des fours de boulangerie, y capturèrent des isolés et quelque butin, entre
autres objets, des effets d’habillement destinés aux régi-
(1) Viomesnil à Broglie, Zierenberg, 6 septembre 1760. Archives de la Guerre. Prince héréditaire à Ferdinand, Warburg, 6 septembre 1760. Record Office. (2) Peirson à Newcastle, 9 septembre 1760. Newcastle Papers.