‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 115 sur 332 · PROJET DE DIVERSION EN WESTPHALIE · texte numérisé non relu

PROJET DE DIVERSION EN WESTPHALIE

avec ses effectifs réduits, à une attaque directe. « Si le maréchal prend le second parti, c’est-à-dire s’il se porte sur Hannovre, il me semble que, malgré l’affaiblissement où ion détachement m'a mis, il doit toujours craindre qu'aussi longtemps que je me tiens sur le Dymel, je ne marche sur ses communications, dès qu’il détacherait trop vers Hannovre. Mais s’il n’y détache qu’un corps médiocre, tel que la réserve du comte de Lusuce. je me flatte de l'empêcher de pénétrer bien avant dans le pays de la même manière que je l’ai fait jusqu'à présent. Si l'ennemi prend le troisième parti de détacher vers le Bas-Rhin, je détacherai encore de mon côté, et comme cela doit continuer de deux côtés, la guerre sera transférée au Bas-Rhin, par quoi la Hesse et le pays d'Hannovre seront dégagés. »

Ferdinand ajoute que, s’il entre dans tous ces détails, c'est dans la crainte qu'une opération « qui n’est peut-être que hardie ne paraisse pas téméraire. Les troupes désignées au nombre de 20.000 hommes, se sont mises en marche le 23 en plusieurs divisions; elles arriveront le 30 devant Wesel. La ville n’a que 1.500 hommes de garnison, et n’est pourvue ni de canonnitrs ni d'ingénieurs. Mon projet est donc, en gros, de l’investir de façon à en couper les renforts «1ilui pourraient venir de Dusseldorf et de Clèves, et d' tenter d’abord de prendre la ville par surprise, mais d': employer la force si la ruse reste sans effet; c'est pourquoi je fais suivre les troupes par un train de siège et par tout ce qui y appartient ». Constatons en passant que Ferdinand prend l'initiative de l’entreprise, acculant ainsi sa cour au fait accompli, tandis que Broglie commence par consulter avant d'agir. Cette différence de méthode explique, dans une large mesure, la supériorité qu'acquiert, au cours de la campagne, le prince sur le maréchal.

D’après un état dressé par Ferdinand lui-même (1), les forces mises à la disposition du prince héréditaire se montaient à un total de 24.000 hommes. Un parc de 15 canons et de 12 mortiers, tirés des places fortes de la Westphalie, était affecté au siège de Wesel dont le comte de Lippe- Buckeburg devait assumer la direction. Les premières colonnes arrivèrent à Hamm le 25 septembre, et le 30 sous les murs de Wesel; le même jour, on établit le blocus de la forteresse.

Pour les Français, la situation était des plus critiques; depuis la jonction du corps de Saint-Germain avec la grande armée, le Bas-Rhin était presque dégarni. Sans doute, en vue de la relève des bataillons les plus éprouvés, Belleisle avait dirigé sur l'Allemagne 18 bataillons et quelque cavalerie prélevés sur les garaisons de la Flandre, de la Normandie et même de la Bretagne, mais la plupart de ces détachements étaient encore en route et c’est à peine <i les échelons de tête étaient signalés à Liège. Grâce au secret admirablement gardé, la marche du prince héréditaire ne fut connue au quartier général français que plusieurs jours après son départ; cependant, préoccupé de l’état d'abandon de la région du Rhin, Broglie avait, dès le 25 septembre, désigné le marquis de Castries pour le commandement des troupes du Bas-Rhin, mais les instructions (2) qu'il lui donna ne dénotent aucune inquiétude immédiate : « Le moment le plus critique à passer, si le prince Ferdinand envoie réellement des troupes dans cette partie, cest d'ici à l'arrivée des troupes venant de France; il est impossible que les ennemis entreprennent de sièges, ni songent à faire d'entreprises considérables ni d’établissements de l'autre côté du Rhin, mais avec des troupes

(1) Westphalen, IV, p. 459.

(2) Instructions de Castries, 25 septembre 1760. Archives de la Guerre.

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