CASTRIES ENVOYÉ SUR LE BAS-RHIN
légères, ils pourraient pénétrer entre le Rhin et la Meuse et chercher à brûler quelqu'un de nos magasins. « La nomination de Castries, qui n'avait que 33 ans et était encore très jeune dans le grade de lieutenant général, n'était d’ailleurs que provisoire; aussitôt que les renforts de France seraient rendus, il devait passer sous les ordres de Du Muy et être chargé plus spécialement de la défense extérieure de Wesel.
Le doute sur la diversion de Westphalie ne persista pas longtemps; le 29 septembre, Broglie, mis au courant des mouvements importants qui se faisaient du camp confédéré, envoya successivement sur le Bas-Rhin le régiment de la Couronne, la brigade de Rouergue, la gendarmerie, une brigade de cavalerie et 8 canons, le tout sous le marquis d'Auvet. Il eut soin de prévenir Belleisle des bruits qui lui parvenaient et de la précaution qu'il prenait, mais il ajouta qu'il n'avait pas encore la certitude absolue de l’entreprise ennemie.
A partir de ce moment, les avis devinrent de plus en plus alarmants, ei les départs de troupes de la grande armée se suivirent de jour en jour. Le 1° octobre, d’Auvet fut invité à brûler les étapes : il devra être le 5 octobre à Hackenberg où il sera rejoint par d'Aubigny avec 6 bataillons et 2 régiments de cavalerie, le 8 par Chabo qui lui amènera deux régiments de dragons. Dans la vallée du Rhin, les événements se précipitaient : le 30 septembre, Beausobre, qui commandait à Gueldres (1), rapporte le passage du Rhin par des partis allemands à Ruhrort et à Rees, et l’arrivée de fuyards du corps de Fischer que l’envahisseur avait chassés de Rheinberg ; il cherche à rallier les garnisons éparpillées de la rive gauche et rappelle à lui celle de Clèves. Soit retard
(1) Beausobre à Belleisle, Gueldres, 30 septembre 1760. Archives de la Guerre,
dans la transmission des ordres, soit plutôt indécision personnelle, Barrail, commandant de cette ville, se crut cerné avant de l'être, resta à Clèves, y fut attaqué per un détachement hanovrien venu de Munster et finit par se rendre, le 3 octobre, avec le bataillon de milice qu’il avait avec lui.
D'autre part une grande activité avait été imprimée à la marche des renforts en route tant de France que de la Hesse ; les expéditions de nouvelles unités se succédaient chaque jour, mais les têtes de colonnes étaient loin. D’Andlau écrivait de Liège que les six premiers bataillons de France n'atteindraient cette ville que le 9; Ségur, qui était parti avec une fraction de la réserve de Du Muy, s'annonce pour le 6 à Dillenburg ; il en repartira le lendemain. Castries était à Cologne le 2 octobre et le 3 à Dusseldorf, « mais sans troupes, écrit Fischer (1), point de cavalerie, ce qui est la chose la plus importante pour ces pays-ci. Il est embarqué dans une très mauvaise affaire ».
Comme on devait s’y attendre, Belleisle ne laissa pas échapper (2) l’occasion de blâmer l’imprévoyance du général en chef, à laquelle il aurait pu, en toute équité, associer la sienne : « M. le Maréchal de Broglie est inexcusable d'avoir laissé toute cette partie à l'abandon... il faut croire qu'il sera sorti de son indifférence et qu'il vous aura envoyé de la cavalerie et des dragons. » Le vieux ministre se montrait injuste, car Broglie faisait de son mieux pour réparer l'erreur dans laquelle il était tombé au sujet des projets de l’adversaire. D'après ses calculs (3), Castries aura pu rassembler 16 bataillons à Cologne le 8 octobre; deux jours après, il sera rejoint par Ségur avec 12 autres, enfin le 11 ou
(1) Fischer à Belleisle, Dusseldorf, 3 octobre 1760. Archives de la Guerre. (2) Belleisle à Castries, 3 octobre 1760. Archives de la Guerre. (3) Broglie à Castries, Cassel, 4 et 7 octobre 1760. Archives de la Guerre,