‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 122 sur 332 · MARCHE DE FLANC DU PRINCE HÉRÉDITAIRE · texte numérisé non relu

MARCHE DE FLANC DU PRINCE HÉRÉDITAIRE

et de Chabo les trois brigades de la Couronne, de Rouergue et de Bouillon, en tout 11 bataillons, ainsi que 8 escadrons de dragons; un bataillon de milice était resté à Meurs pour garder les bagages.

La rencontre était beaucoup plus imminente que le pensait Castries; le prince héréditaire sentant qu'une bataille était inévitable, ne voulut pas la livrer sur les bords du Rhin, dont la traversée, en cas de malheur, eût pu devenir une cause de désastre; au lieu d'attendre l'attaque qui se dessinait de Rheinberg, il se décida à prendre l'offensive et à porter son effort principal sur la gauche des Français; une marche de nuit permettrait de tomber à l'improviste sur un adversaire qui n'avait pas la réputation de se garder avec toute la vigilance nécessaire. A cet effet, il mit ses troupes en route à 10 heures du soir, le 15 octobre; la colonne de droite eut pour mission de chasser les Fischer de l'abbaye et de la position de Clostercamp; la colonne de gauche devait franchir le canal par les ponts et les gués que les Français avaient aménagés la veille, et s'emparer des maisons et des jardins de Campesbrocck; ces deux divisions étaient fortes (1) de 17 bataillons et 18 escadrons. Enfin, le général de Bock, avec 3 bataillons et # escadrons, surveillerait Rheinberg et les abordsdu canal entre cette ville et le hameau de Holdopel; si l'opération principale réussissait, il la seconderait de son mieux.

Ainsi qu'on l'avait prévu, les Fischer furent surpris; abordés vers 2 heures du matin, ils furent expulsés avec perte de leur camp et se retirèrent en désordre sur Gueldres « abandonnant (2) la direction et le débouché qu'ils devaient couvrir ». Cette fuite excentrique eut pour

(1) Chiffres donnés par le prince héréditaire dans son rapport du 19 à Ferdinand.

(2) Mots ajoutés de la main de Castries, dans son rapport à Belieisle du 20 octobre.

+ en MR TR te. 2

effet de couper les communications entre eux et Île gros de l'armée française; néanmoins, les coups de fusil auxquels donna lieu la bagarre, jetèrent l'alarme dans le cantonnement; les régiments prirent les armes et les généraux coururent rejoindre leurs divisions et leurs brigades. La première fusillade ne dura guère, et Castries, qui avait envoyé aux nouvelles, commençait à ne croire qu'à une afraire d'avant-postes, quand la mousqueterie éclata à nouveau avec plus d'intensité accompagnée de quelques coups de canon. C'était l'ennemi qui s'était heurté aux grenadiers d'Auvergne que, dès la première alerte, leur lieutenant-colonel, La Bartet, avait portés, selon la consigne donnée , au débouché du

chemin de Meurs. Dans là confusion qui su'vit cette rencontre, le général de Ségur et le brigadier de Wangen, qui s'étaient avancés dans les ruelles du village de Campesbroeck pour reconnaitre, tombèrent sur les têtes de colonnes de l'assaillant et furent frits prisonniers. C'est égrlement à cette phase de l'affaire que se rattache l'épisode bien connu du capitaine d’Assas (1) sacrifiant

(1) Pendant longtemps l'action d'éclat du chevalier d'Assas fut ignorée du public; la première mention da capitaine se trouve dans là deuxième édition du Siècle de Louis XV de Voltaire, publiée en 1769 et dans le Mercure du mois de mars de là même anné. Des soldats du régiment d'Auvergne, notamment le sergent Dubois et le caporal Charpentier, revendiquèrent l'honneur d'avoir fait partie du piquet commandé par d'Assas et se virent attribuer par quelques auteurs le mérite du propos : « Auvergne, c'est l'ennemi ». Quoi qu'il en füt de ces prétentions rivales, en 1777 une pension de 1000 livres reveisible sur les aînés de la famille, fut accordée au frère et aux neveux du capitaine qui n'avait pas laissé d'enfants. Il y a peu d'années M. Dominique Casanova d'Aracciani réclama pour son aïeul, lieutenani au corps de Fischer, la gloire d'avoir averti l'armée francaise du péril qui la menacait. Une enquête minutieuse, faite au ministère, établit que les coups de fusil tirés par l'officier de Fischer ou par les hommes de son peloton n'avaient rien de commun avec ce qui s'était passé aux avant-postes du régiment d'Auvergne et en conséquence la mémoire de d'Assas fut confirmée dans les honneurs dont elle avait joui depuis 150 ans. Une statue lui a été élevée au Vigan, ville à laquelle appartenait sa famille.

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