BROGLIE DEMANDE SON RAPPEL
desserve auprès de V. M. et qu'on le décrédite dans le public, on croit tous les objets remplis. Tous ces inconvénients n'arriveront pas, Sire, lorsque V. M. aura bien voulu me donner un successeur qui soit agréable au ministre, son amitié lui procurera alors des secours presque aussi réels que le nombre des hommes, et les autres
‘moyens qu'on ne peut se dispenser de fournir lorsqu'Elle
l'a ordonné, ct n'étant pas occupé forcément à des discussions aussi fâcheuses que continuelles avec lui, il pourra employer tout son temps à songer à ce qui peut être avantageux au service de V. M.; d’ailleurs sa faveur étant connue, les obstacles se lèveront devant lui, et tout ce qui composera son armée craindra de lui déplaire et s'efforcera de le seconder ». Sans le vouloir, il rend justice à Belleisle, en proclamant l'excellente condition des troupes, résultat auquel le ministre avait contribué en répondant aux besoins signalés : « Ce ne sera pas non plus avec une médiocre satisfaction que je remettrai à mon successeur une armée dont le bon état, surtout celui de l'infanterie, aura de quoi l'étonner; à l'exception d’une trentaine de bataillons qui ont souffert dans les affaires de Warburg et Cambrock (Clostercamp}, tout le reste de l'infanterie se trouvera presque complet à la fin de cette campagne, dont la vivacité ne cède à aucunes de celles qui l'ont précédée. » Broglie termine en ajoutant que, dans sa correspondance officielle, il n'a fait aucune allusion à la requête qu'il vient de présenter au Roi : « J'écris aujourd'hui à M. le maréchal de Belleisle de manière à ne pas lui laisser pressentir la grâce que je prends la liberté de demander à V. M., j'ai voulu éviter des explications dont l'inutilité augmente encore beaucoup le désagrément, je parle... toujours dans les arrangements que je lui propose du seul objet que j'ai, qui est du bien de son service. »
Deux jours après l'envoi de sa démission, Broglie col-
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276 LA GUERRE DE SEPT ANS. — CHAP. V. à
licite (1) un congé d’un mois pour se rendre en France. Il n’en profitera que quand les circonstances le permettront, mais dès à présent, il désigne les généraux qui pourront le remplacer durant son absence : Du Muy sur le Bas-Rhin avec Castries et d'Auvet comme subordonnés; Guerchy à Cassel avec Saint-Pern et Stainville pour le seconder; Rougé à Marburg, et de Vault sur la Werra. Il dresse la liste des sujets à conserver pendant l'hiver et profite de l’occasion pour exposer ses vues sur la récessité d'un bon choix : « Rien n'est si pernicieux dans les armées que d'y employer des officiers généraux incapables. IL est rare que les hommes se rendent justie sur ce qu’ils valent; ainsi les préférences qu'ils voient obtenir à d’autres, pour commander des corps, et être chargés d’expéditions importantes, leur paraissent des injustices criantes dont ils sont blessés et dont ils F 14188 témoignent leur chagrin par des propos très mauvais et |} ) très contraires au service du Roi. Si le général les em- .. ployait, le service en souffrirait beaucoup, et il en résulterait les plus grands inconvénients : leurs cris et leurs plaintes dans le cas contraire, ne laissent pas que de faire un mal très réel qu’il serait, je ne crains pas de le dire, très nécessaire d'éviter. Je joins ici, monsieur le Maréchal, une liste de MM. Les officiers généraux que je demande il pour l'hiver, parce que je les crois bons et que des affaires indispensables ne les rappelient pas chez eux cet hiver, comme MM. les duc de Duras, comte de Mailly, duc d'Havré, prince Camille, etc... »
Les requêtes de Broglie n'eurent aucun succès : la démission fut repoussée, et quant au congé, Belleisle fit réponse (2) que le Roi ne voulait pas autoriser Broglie à quitter l’armée « pour quelque peu de temps que ce puisse
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) Braglie à Belleisle, Cassel, 27 octobre 1760. Archives de la Guerre.
(1 (2) Belleisle à Broglie, 8 novembre 1760. Archives de la Guerre.