BROGLIE FAIT REPLIER SA CAVALERIE
la campagne fimeet renvoya à Francfort, HanauetLimburg une partie de sa cavalerie, Les opérations de l’année 1760 se terminèrent par un petit combat à Heiligenstadt, le 23 décembre. Une attaque combinée, dirigée par le comte de Broglie contre Lückner, n’eut aucun succès : le partisan allemand, sur le point d’être cerné par un assaillant très supérieut en nombre, trompa les Français en prenant pour ligne de retraite la route de Witzenhausen, par laquelle venait de déboucher une de leurs colonnes, et réussit à se tirer d'affaire, sans autre perte qu'un poste de 25 hommes.
Pendant que Ferdinand échouait dans son expédition contre Güttingen et que Broglie, dans le but de ménager ses troupes, faisait cantonner son infanterie et repliait sa cavalerie sur les derrières, Castries attendait avec impatience l’ordre de repasser sur la rive gauche du Rhin ; il se plaignait de l'état de ses chevaux dont ]: moitié étaient indisponibles et recevait en échange des conseils excellents de Belleisle au sujet des fortifications de campagne. Le vieux maréchal (1) était partisan d’habituer les troupes à « remuer la terre où cette précaution est nécessaire. Quand elle est rare, elle peut inspirer une sorte de timidité, au lieu que quand on remue de la terre partout, on s’y accoutume. Il n'en peut jamais arriver aucun mal et souvent de l'utilité ». Entre les deux correspondants, il était aussi question du généralissime dont Castries était mécontent : «A l'égard de M. le maréchal de Broglie, écrit le ministre, vous ne devez pas ètre étonné de ses variations ; vous ne sauriez trop vous renfermer dans les détails absolument nécessaires tout simplement et éviter tout raisonnement. Il a un aspic auprès de lui qui répand son venin sur tout le monde indistinctement. » Cette boutade visait le comte de Broglie, pour lequel Belleisle avait encore
(1) Belleisle à Castries, 26 novembre 1760. Archives de la Guerre.
plus d’antipathie que pour le due. Nous trouvors une nouvelle preuve de ses sentiments dans une lettre postérieure (1): « Vous voyez par l'expérience que vous faites que je vous ai parlé vrai et que ce n'est pas sans raison que je vous ai mandé de vous renfermer dans les bornes des faits, sans raisonner, parce qu'il (ie maréchal) n’est peint du nombre de ceux avec qui on puisse parler naturellement, outre les défauts essentiels que je lui connais, il est encore gâté par son frère qui est le plus dungereux homme que j'aie encore vu et dont l'impertinence révolte généralement tout le monde et cela est au point que plus de moitié des officiers généraux de son armée pense tout comme vous et m'ont dit ou écrit qu'ils ne pouvaient ni ne voulaient servir sous ses ordres, »
Vers la fin de novembre, Castries put, à sa grande satisfaction, cantonner ses troupes sur la rive gauche du Rhin, avec quelques avant-postes sur la rive droite; le 6 décembre, il remit le commandement à Du Muy et peu. de temps après rentra en France. Il laissait À son successeur une armée (2) qui compiait, avec les garnisons des places du Rhin et la cavrlerie en quartiers sur la Meuse, 63 batail lons et38 escadrons; quelques-unes de ces unités, très délabrées à la suite de ia campagne, devaient faire route pour là France.
Y compris les régiments d'artillerie, Broglie avait sous ses ordres directs 96 bataillons de ligne, # de milices et 116 escadrons; la majeure partie de sa cavalerie, pour la facilité des transports de fourrages et pour le rétablissement des chevaux, était cantonnée en arrière à plusieurs étapes de la première ligne. Au 1‘ janvier 1761, à peu près la moitié de l'infanterie régulière et plus de h
(1) Belleisle à Castries, 5 décembre :760, Archives de la Guerre. (2) Siluatior jointe à la lettre de Eastries à Broglie, Wesel, 28 novembre
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ou- “. moitié de la cavalerie de l'armée française servaient en sté- Allemagne.
ites Le mois de janvier ne fut signalé que par des expéson ditions des Français, qui cherchaient à élargir leurs ‘nes : ayons d’'approvisirnnement. Citons l'offensive de Stainest ville et ‘le Lusace qui eut pour conséquence la prise d’un ntu- , bataillon irrégulier prussien et l'occupation de Mulhauais, sen et Langensaltza ; cette première ville devait constituer eux un poste fortifié sur le modèle de Güttingen. Du côté
olte de la Dyrel, les volontaires de Saint-Victor et de Nar-
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lus . bonne surprirent la ville de Corback et firent prisonnier out un bataillon de la légion britannique. Broglie ne croyait
pas à une reprise des hostilités avant l'époque tradition-
ni Ë nelle du printemps; il était d'ailleurs impressionné par
tis- les rumeurs de paix « : ommencaient à se vépandre dans in, le puôlic : « Je voudrais, écrit-il (1) au duc de Choiseul \M- qui faisait l'intérim di ministère de la Guerre pendant la aps miladie de Belleisle, qu'il vint un bon dégel qui remit ine , tout le monde dans ses quartiers et nous laissut tranquilies du dans les nôtres... Mais faites la paix, M. le Duc, cela vauail dra mieux qu'une campagne quelque honorable qu'elle dé- pût être pour les généraux. »
ute Même calme durant la première décade de février. Le vieux patriote Belleisle venait de terminer sa belle ous carrière; il était mort le 26 janvier et avait été remplacé set par le duc de Choiseul qui dirigea pendant quelques mois s la les deux départements Ge: Affaires Etrangères et de la se Guerre, Le noaveau titulaire inaugura son administration urs en adressant (2) à Broglie des félicitations qui furent sans eu doute d'autant plus goûtées que son prédécesseur ne l'a-
la vait guère habitué à cette forme épistolaire : « Vous aurez procuré, M. le Maréchal, un grand bien à la politique
1) Broglie au duc de Choiseu!. 14 janvier 1761. Archives de la Guerre, J
bre (+) Choiseul à Broglie, ? février 1760, Archives de la Guerre.
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et par conséquent à l'État par la conservation de Güttingen et de Cassel, et outre le mérite militaire, vous avez dans cette conservation du mérite, du courage, de l'intelligence et du travail qui vous font grand homme. Ce ne sont pas des compliments, monsieur le Maréchal, c'est la vérité que je sens que je vous mande très naturellement. » Cette lettre se croisa avec une dépêche du Maréchal relative aux opérations de la campagne prochaine. Il revient au projet de séjour en France : « Si je dois y aller, il faut que ce soit incessamment et prendre le temps du dégel qui rendra les chemins impraticables pour une armée, et il faut que je sois remplacé ici. J'ajouterai seulement que je pourrais l’être par M. le chevalier Du Muy, en la place duquel M. le maréchal de Soubise (1) envoierait un des lieutenants généraux qui doivent servir sous lui. » Dans la même dépêche (2) et dans celle du 3 février, il résume la situation : Les travaux de Cassel avancent rapidement, la ville est approvisionnée pour quatre mois, Güttingen l’est jusqu’au 1°” juillet, les Prussiens n’ont pas repassé la Saale, le prince Ferdinand n'a pas bougé d’Uslar. Il ne prévoit pas « qu'il y ait rien à appréhender &'ici le 1” avril »; le dégel et les inondations assurent six semaines de tranquillité.
Broglie comptait sans son hôte. Le prince Ferdinand, stimulé par le roi de Prusse qui lui reprochait son inaction depuis la tentative manquée du mois de novembre, avait repris son dessein d’expulser les Français de la Hesse. Dans une lettre du 98 janvier, il expose son plan (3) à son royal correspondant. « Le 9 de février, les troupes que je fais venir de Munster, au nombre de
(1) Le maréchal de -oubise avait été désigné pour le commandement de l'une des deux armées qui opéreraient en Allemagne en 1761,
(2) Broglie à Choiseul, Cassel, 2 et 3 février 1760. Archives de la Guerre.
(3) Ferdinand à Frédéric, Uslar, 28 janvier 1761. Westphalen, V, p. 34 et Suiv,
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