‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 143 sur 332 · À RETRAITE DE BROGLIE CONTINUE · texte numérisé non relu

À RETRAITE DE BROGLIE CONTINUE

le rapport que l'ennemi s'était montré à Schlitz et à Grebenau, sur la rive gauche de la Fulde, à Hünfeld et jusqu’à Marbuch, à deux lieues de la ville de Fulde sur la rive droite de la rivière, Broglie ordonna (1) le départ pour le 23; il ne fut pas inquiété : « Je me décidai à marcher avec la totalité des troupes en droiture sur Birstein. Nous quiltâmes Fulde à 9 heures du matin, et aussitôt après, quelques hussards qui nous observaient depuis le matin, y entrèreat; il parut ensuite sur la hauteur environ 500 chevaux, ils ne passèrent pas la rivière et notre marche se fit fort tranquillement, mais par le temps le plus affreux ; il en a été de même hier et aujourd’hui nous séjournons. » Cette fois, la reculade avait été forte, car les Saxons devaient être le 25 à Gelnhausen et Stainville à Salmünster, localités situées dans la vallée de la Kinsig et dans le comté de Hanau. Broglie se montre très préoccupé du sort de Rougé : « Je crains toujours que M. de Rougé ne se laisse joindre par des forces supérieures et n’essuie un échec; je lui ai cependant envoyé plusieurs courriers pour lui mander de se replier sur Giessen... Dès que le mouvement de demain sera fait, je compte me porter plus près de Friedberg pour être plus au centre et pouvoir donner plus promptement mes ordres des deux côtés. »

A lire la prose du général en chef, on s'aperçoit que les avis décourageants de ses subordonnés et la retraite centinuelle des derniers jours avaient influé sur son moral; il fait des effectifs confédérés et des siens un tableau comparatif qui lui aurait valu des critiques justiliées de la part du maréchal de Belleisle, si celui-ci avait été encore là pour les formuler : « Par les nouvelles que j'ai de la force des enn:mis, il parait certain que M. le prince héréditaire et M. le généra! Spôrcken ont

(1) Broglie à Choiseul, Birstein, 25 février 1761. Archives de la Guerre.

25.000 hommes, et que le prince Ferdinand joint au corps qui à attaqué Marbourg en a autant; cela fait 50.000 hommes composés de tout ce qu'il y avait de plus en état de ieur armée. Vous sentirez aisément qu'il s'en faut beaucoup que je n’aie des forces égales; le corps saxon, par l’échec qu'il a reçu et une grande quantité de soldats qui après cette affaire, ont pris tout de suite le chemin de Wurtzburg, n'a pas actuellement 3.000 hommes ensemble. Les 26 bataillons français que j'ai avec moi n’en composent pas plus de 8.000. Les 12 qui sont à Hanau, Francfort et Friedberg peuvent en faire 5. M. de Rougé me mande avoir 7.000 hommes d'infanterie ct les 8 bataillons de M. de Valence en font à peu près 2.400, ce qui compose un total de 24.000 hommes d'infanterie et environ 6.000 ou 7.000 chevaux; sur quoi il faut déauire #.000 hommes pour les garnisons de Hanau et de Francfort; ainsi, il faut compter que je puis mettre ensemble 27.000 ou 28.000 hommes. » Pour le commandement des corps détachés, il manque de sujets capables, beaucoup de généraux sont absents; «il n’y a presque aucun colonel ni lieutenant-colonel, ni brigadier et fort peu de capitaines ».

En ce qui concerne les effectifs de l’armée de Ferdinand, les calculs de Broglie étaient très exagérés; au 24 février, date de la lettre du maréchal, le prince avait distribué (1) ses forces actives en plusieurs groupes aux ordres de Granby, Spürcken, le prince héréditaire et Lückner; elles comprenaient en tout 54 bataillons, 73 escadrons et un complément d'irréguliers, tant à pied qu’à cheval. C’est à peine si en supposant #00 par bataillon et 100 par escadron — chiffres certainement supérieurs à la vérité — on peut évaluer à 34.000 combattants le total

(1) Distribution de l'armée, 11 mars 1761. Westphalen, V, p. 140 et suivantes.

Page 1