DIFFICULTÉS DE FERDINAND
d’accalmie très favorable aux Français. En faits de guerre, rien à signaler que des rencontres de peu d'importance ; beaucoup d'officiers généraux, Lusace, Boufflers, Clausen rejoignent l'armée; les détachements du Bas-Rhin poursuivent leur route sans interruption. Du Muy espère être à Francfort, le 8, conformément au désir du maréchal : « Je vous prie, écrit-il (1), pour leur sûreté (Roquepine et Cursay) (2) et pour la mienne, de veiller sur la droite des ennemis comme sur du lait qui est au feu. » Le 7 mars, le chevalier mande de Langenschwalbach qu'il se dirige sur Hôchst. En effet, le lendemain, il annonce (3) sa jonction avec la grande armée; la deuxième colonne est d'une journée en arrière; Roquepine est près de Limburg. Les étapes depuis Cologne jusqu’à Hôchst se sont effectuées en huit jours.
Pourquoi le prince Ferdinand n'avait-il rien fait pour troubler la marche des renforts du Bas-Rhin? Pourquoi le mouvement offensif des confédérés, si vigoureux au début, s’était-il ralenti pour en venir à une immobilité presque absolue ? La correspondance du prince et de ses lieutenants nous permettra de répondre à ces questions. Tout d’abord, il était impossible de ne pas éprouver quelque inquiétude au sujet de la Westphalie qui, depuis le départ d'Hardenberg, appelé en Hesse, était presque dénuée de troupes. Le 26 février, La Chevalerie, commandant allemand de Munster, mandaït (4) qu'il n’avait, pour défendre la ville, que 5 bataillons à faibles effectifs : «Il y a des bataillons qui font à peine une compagnie complète. » Fortheureusementpour les confédérés, Chevert
(1) Du Muy à Broglie, Coblentz, 4 mars 1760. Archives de la Guerre.
(2) Le général de Cursaÿ commandait l’une des colonnes en marche du Bas-Rhin.
(3) Du Muy à Choiseul, Hüchst, 8 mars 1760, Archives de la Guerre.
(4) Chevalerie à Behr, lettre interceptée, Munster, 26 février 1760. Archives de la Guerre.
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qui avait conservé dans les places du Rhin et à Liège près de 13.000 hommes, était absorbé par les mesures à prendre à la suite de la mort de l'électeur de Cologne, décédé le 6 février; il avait même ajourné la mise en route de Cursay et l'avait envoyé à Bonn avec mission de désarmer les régiments électoraux. D'autre part, l’armée confédérée opérant en Hesse souffrait beaucoup de la maladie, de la fatigue et du manque de vivres. Le contingent anglais était déjà fort délabré avant la reprise des hostilités : « Nous continuons, rapporte Granby (1), à perdre beaucoup de monde dans l'infanterie et dernièrement dans la cavalerie aussi. » Des marches souvent forcées en plein hiver n'avaient fait qu'aggraver le mal; le service de l’intendance anglaise, mal organisé, dirigé par des hommes incompétents ou malhonnèêtes, aux prises avec des difficultés inouïes de transport, fut tout à fait au-dessous de sa tâche; les Allemands, quoique mieux ravitaillés, étaient aussi très éprouvés. Sans les magasins français de Hirschfeld et surtout de Fulde, où on trouva intacts de gros stocks de farines et d'avoines, sans les petits dépôts de fourrages abandonnés par l’armée de Broglie dans sa reculade précipitée, hommes et chevaux seraient morts de faim. A défaut de leurs propres effets, les soldats de Ferdinand utilisèrent ceux des Français, les souliers (2) par exemple, dont un approvisionnement pris à Alsfeld remplaca fort à propos des chaussures hors d'usage.
Au surplus, quand même les confédérés eussent été en état de poursuivre leur offensive, il eñt été imprudent d'avancer plus loin avant d’être maitres de Cassel, de Ziegenhayn et des autres places de la Hesse. Dans une dépèche adressée à la cour de Saint-James (3), Ferdinand fait le résumé de la situation et expose ses embarras :
(1) Granby à Ligonier, 22 janvier 1761. Rutland Papers. Record Office. (2) Boyd à Holdernesse, Grevenau, 25 février 1761. Record Office. (3) Ferdinand à Holdernesse, Schweinsberg, 8 mars 1761. Record Office.