SOUFFRANCES DES CONFÉDÉRÉS
« Quant aux opérations de son armée, tous les succès ultérieurs dépendent absolument de la prise de Cassel; je ne dois pas cacher à S. M. que c'est une chose difficile et qui coûtera bien du sang. Nous luttons à la fois contre la saison, contre la faim et contre l'ennemi. Les troupes qui font le siège de Cassel n'ont d'autres ressources que les dépôts de la Dymel; ceux-ci sont peu de chose; et si le Weser ne devient pas bientôt navigable, il sera impossible de les faire subsister dans un pays qui est devenu un désert affreux, sans ressources, sans chariots et presque sans hommes, Je devrais compter, en cette occasion, sur les transports de fourrages et de vivres des États de Hanovre et de Brunswick, mais ils n'arrivent point comme ils deraient. En commencant mon expédition, j'avais fait mes calculs sur ces transports, et en partie sur la navigation du ‘Weser; mais l'un et l’autre m’ayant manqué, je dois l'attribuer à la fortune qui accompagne les armes deS. M., que j'aie pu traverser assez vite Le désert de la Hesse, de m'emparer de plusieurs dépôts appartenant à l'ennemi, et de sauver des restes de magasins où il avait mis le feu en les abandonnant; et enfin, d'avoir pu pénétrer jusque dans une contrée où il y a encore des subsistances. Mais V. E. ne cachera point à S. M. que ces avantages ne sont point sans inconvénients. J'ai Güttingen, Cassel, Waldeck et Ziegenhayn à dos; Marbourg et Dillenbourg sur mon flanc; des places que je ne puis prendre que l'une après l’autre et qui demandent toutes des formalités. J'ai, avec cela, un désert affreux derrière moi et par conséquent des diflicultés presque insurmontables pour faire suivre mes convois, ce qui est cependant nécessaire, vu que le pays que j'occupe ne saurait suflire longtemps à fournir aux besoins de l’armée. J'ai l’armée de France devant moi, qui se rassemble à force, pendant que j'ai un gros corps en arrière pour assiéger Cassel, un détachement pour bloquer Waldeck, un second pour bloquer
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Liegenhayn et un troisième pour en faire autant avec Marbourg. 11 n'est pas douteux que le maréchal de Broglie ne fasse ses derniers efforts pour dégager Cassel; il est vrai qu'il a de grands obstacles à vaincre pour y parvenir; mais, autant que je puis voir, il est le maitre de m'obliger à livrer bataille, de façon que tout dépendra du sort et de la fortune. »
Pour l’heureuse issue de la campagne, la prise de Cassel était nécessaire ; tout le monde était d'accord sur ce point; mais le siège ne progressait pas, …1u grand désespoir de Ferdinand qui ne cessait de stisnuler le comte de Schaumburg-Lippe, chargé de l'opération. Supplications d'activer les travaux d'approche, invitations à pousser les tranchées, à ouvrir le feu des batteries, tout échouait devant la résistance opiniâtre de la garnison, l'inexpérience des assiégeants et les lenteurs des transports.
L'investissement de Cassel avait commencé le 18 février; à cet effet le comte de Schaumburg-Lippe avait sous ses ordres 21 bataillons et quelques escadrons. « Il est à présent, lui mandait (1) Ferdinand, d'une nécessité indispensable d'attaquer Cassel. Je conjure V. E. de faire sans perte de temps avec ce qu'elle a d'artillerie et de munitions. Il s'agit non seulement de prendre Cassel, mais d’étourdir l'ennemi en le pressa::t de tous côtés à la fois. » Une telle hâte n'était pas fuailière à Lippe qui, pour expliquer ses retards (2), se rej:tte sur le manque de fourrages qui cause la ruine du service de transports, et sur les souffrances de ses hommes, campés « dans de mauvaises huttes, sans paille, n'ayant guère de bois pour le chauffage ». Trois jours plus tard, c’est l'impossibilité d’amener le parc d'artillerie et les munitions qu’il invoque.
(1) Ferdinand à Schaumburg-Lippe, Ober-Vorschutz, 17 février 1761. Westphalen, V, p. 61.
(2) Schaumburg-Lippe à Ferdinand, 23 et 26 février 1761. Westphalen, V, 94 et 95.