BROGLIE REPREND L'OFFENSIVE
que d’une quarantaine de mille combattants. Quant à Cassel, il ne songe pas à en faire lever le siège et soumet au ministre le projet d’une convention pour l'évacuation de cetie place et de celle de Güttingen.
Aux 40.000 Français, le prince Ferdinand, défalcation faite des troupes employées aux sièges et blocus, pouvait (1; à peine en opposer 30.000. Aussitôt qu'il se rendit compte des intentions agressives de Broglie dont le quartier général avait été transféré d'abord à Friedberg, ensuite à Butzbach, il rappela sur les rives de l’Ohm ses divisions cantonnées depuis Gruningen et Lich jusqu'à Hungen et Schotten. Le 13, cette ligne de postes, qui couvrait le biocus de Giessen, fut repliée et remplacée par l'avant-garde francaise sous les ordres de Clausen et de Rochambeau; les communications avec Giessen se trouvèrent ainsi rouvertes. Le 16 mars, il y eut une petite affaire entre Le corps de Stainville etcelui du prince hérédiiaire aux portes de Grünberg; ce dernier se retira sur Homburg et sur l’'OChm: Rochambeau et les Fischer, appuyés par Poyannes, s'avancèrent sans opposition jusqu'à Allendorf; enfin, le poste de Hohesolms, village au nord de la
Lahn et de Giessen, abandonné par le partisan Scheiter, tomba au pouvoir de Gursay, soutenu par le chevalier Du Muy : « Les nouvelles que j'ai eues aujourd'hui, écrit Broglie (2, de Giessen où il venait de se transporter, tant par les espions que par les postes avancés, sont que les ennemis qui étaient entre la Lahn et l’Ohm ont repassé cette dernière rivière, et qu'ils n'ont plus en decà qu'un poste considérable de grenadiers sur la hauteur d'Amonebourg. On dit qu’ils font beaucoup de redoutes sur les hauteurs de la rive droite de l’'Ohm, et qu'ils y ont placé beaucoup de canons; cela est très vraisem-
(1) 58 bataillons à 300 hommes, et 100 escadrons à 100. Westphalen, V. (2) Broglie à Choiseul, Giessen, 17 mars 1761. Archives de la Guerre.
blable, mais c’est un travail assez inutile, la nature du terrain étant plus que suffisante pour empêcher qu’on ne puisse forcer le passage de cette rivière depuis Limburg jusqu’à son embouchure dans la Lahn, dès qu’il sera défendu. » Le maréchal annonce, pour le lendemain 18, un mouvement général en avant sur les deux rives de la Lahn et vers l'Ohm. Comme le prince Ferdinand, il signale le manque de foin et les défectuosités des moyens de transport pour le pain qu’il lui faut tirer de Francfort : « La disette de fourrage est extrême, je ne néglige rien pour nous procurer tout ce qui en reste dans le pays et pour le faire ménager. » A Giessen, Broglie reçut de bonnes nouvelles de Güttingen et de Cassel. Autour de la première place (1), Belzunuce « continuait ses promenades à quatre lieues à la ronde, ramassant des subsistances en avoines et en bestiaux », et enlevant des partis ennemis. Le siège de Cassel ne progressait que lentement : « J'espère, écrivait le comte (2) de Broglie, que M. de Zuckmantel et moi, nous vous donnerons le temps d'arriver. Quant à moi, je crois pouvoir vous en répondre, surtout si M. de Buckeburg (3) ne va pas plus vite. 11 est cependant venu à bout d'achever sa seconde parallèle. Ils ont aussi construit des batteries et tirent depuis le 10 avec treize pièces de canon et deux mortiers. Jusqu’à présent, ils font plus de mal à la ville qu'aux fortifications et à nos troupes. Les plus habiles ignorent le but qu'a son artillerie; la nôtre que je ménage avec soin fait assez d'effet, et j'ai des munitions pour tirer encore pendant 30 jours à mille coups par jour, ce qui est beaucoup plus que je n’en tire ordinairement. » Ces bons avis décidèrent le maréchal à ne pas renouveler les pour-
(1) Vault à Broglie, Güttingen, 11 mars 1761. Archives de la Guerre.
(2) Comte de Broglie au maréchal, Cassel, 14 mars 1761. Archives de la Guerre.
(3) Autre titre du comte de Schaumburg-Lippe.
COMBAT DE GRÜNBERG. 317
parlers qu'il avait été autorisé à ouvrir pour l'évacuation des deux forteresses. Cependant, il ne croit pas possible d'effectuer la traversée de l’'Ohm par une attaque de front; peut-être atteindra-t-il son objectif par un mouvement tournant, mais (1) : « Si d’ici à quatre jours les ennemis ne s’en vont pas, nous serons obligés de faire rétrograder notre droite. »
Le 19 mars, Broglie visita le château de Marburg dont l'investissement avait été levé. Le même jour, l’aide de camp de la Rozière, avec une patrouille de Fischers, faillit surprendre le prince Ferdinand; une décharge dispersa l’escorte ; sur place on ramassa « plusieurs chapeaux bordés d’or et des sabres d'officiers » ; entre autres trophées on rapporta la lunette (2) du prince que Broglie lui renvoya fort gracieusement le soir même. Une rencontre plus sérieuse eut lieu le 21 : Stainville avait reçu ordre de se porter sur Laubach et Grünberg, pendant que Clausen se dirigerait sur Stangenroth pour inquiéter les confédérés qu'on savait postés dans les environs de Grünberg. D'autre part, Ferdinand (3) se sentant menacé sur sa droite, s'était décidé à riposter par vue contre-attaque sur le centre de la ligne francaise;
‘ effet, le prince héréditaire avec « 12 des meilleurs
de plus forts bataillons et avec 27 escadrons de cavaie.is » fut chargé de pousser une pointe sur Grünberg pour se rendre compte de « la véritable position des quartiers ennemis et de faciliter au reste de l’armée les moyens de déboucher sur eux ». Le prince en était encore à sa reconnaissance du terrain quand le canon se fit entendre du côté de Laubach; on apprit bientôt que la division de Lückner, qui occupait cette localité, était en pleine retraite. Il n’y avait pas un instant à
(1) Broglie à Choiseul, Giessen, 20 mars 1761. Archives de la Guerre. (2) Manners, Life of Lord Granby, p. 189.
(3) Ferdinand à Holdernesse, Thalem, 30 mars 1761. Record Office.
perdre pour rassembler les troupes et pour se retirer devant les Français évidemment supérieurs en nombre. Broglie ne laissa pas à son adversaire le temps d'achever la concentration. Nous emprunterons (1) à son récit, d’ailleurs conforme à la version allemande, les détails du combat : «Je joignis M. de Stainville en decà de Grünberg sur la hauteur d’où je vis déboucher ses quatre colonnes (des confédérés) qui arrivèrent en même temps en très bon ordre... Quelques coups de canon et de fusil que nous entendimes su: notre droite, et qui se rapprochaient toujours de nous, nous firent connaitre que les ennemis avaient abandonné Laubach, et que M. de Diesbach qui état chargé de cette attaque les suivait. M. de Stainville fit avancer par la droite le régiment de Schomberg soutenu de la brigade de cavalerie allemande pour monter sur la hauteur et couper la retraite aux troupes que M. de Diesbach poussait devant lui. L'infanterie marcha droit sur Grünberg, et M. de Scey qui s’était porté sur ja hauteur de la gauche avec les dragons du Roy et de La Ferronnaye, eut ordre de s'avancer jusqu'à la hauteur de Stangenroth. »
Clausen se montra en même temps sur la gauche avec deux régiments de dragons et bon nombre de troupes légères. Le prince héréditaire était posté au village d’Atzenhain « qui est couvert par un étang et beaucoup de ravins ». Menacts sur leurs deux flancs, les confédérés ne défendirent pas leur position. « De ce village nous vimes sortir un gros corps d'infanterie en colonne et quelques escadrons qui prirent le chemin du bois quien était très proche. M. de Ciozen se mit à la tête des deux escadrons qui formaient le régiment de Caraman, et suivi des deux d'Orléans et des volontaires à cheval, marcha à la caralerie qui gagna le bois sans l’attendre, et se rabattant
(1) Broglie à Choiseul, Giessen, 22 mars 1761. Archives de la Guerre.