‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 150 sur 332 · DÉFAITE DU PRINCE HÉRÉDITAIRE · texte numérisé non relu

DÉFAITE DU PRINCE HÉRÉDITAIRE

ensuite sur sa gauche, il attaqua avec tant d'audace et de vivacité la colonne d'infanterie, malgré le feu qu'elle faisait, qu’il la perça et la longeant ensuite de la queue à la tête, y mit le plus furieux désordre et y fit beaucoup de prisonniers. Les dragons de la brigade du Roy les joignirent alors, et tous ensemble poussèrent avec la même vivacité les ennemis jusques au delà d'un bois clair. En arrivant dans la plaine, ils furent reçus par la cavalerie ennemie qui les chargea et comme ils étaient assez en désordre, ils furent repoussés jusqu'au second escadron de La Ferronnaye qui fit ferme et la chargea à son tour, favorisé par une décharge de mousqueterie des volontaires de Saint-Victor. Les ennemis plièrent; tous les volontaires et dragons se mireni à leur suite et les poussèrent jusqu'au village de Burgemunde où ils repassèrent l'Ohm en très grande confusion. »

L’attitude énergique de Lückner et une faute de la brigade de Royal Allemand sauvèrent les confédérés d'an désastre. Royal Allemand avait recu l’ordre de tourner le bois et de prendre position dans la plaine que l'ennemi avait à traverser pour gagner Burgemunde; mais il se laissa arrêter par le feu d’une batterie que Lückner avait établie sur les hauteurs du village de Nieder-Ohmen, et devant laquelle il aurait fallu défiler.

D'après le rapport de Ferdinand, son neveu aurait été surpris et « enveloppé de tous côtés à la fois par des gros de cavalerie et par des colonnes d'infanterie. Il aurait pu, malgré leur nombre, se débarrasser de leurs mains, du moins sans aucune perte considérable, si l'infanterie eût fait tout ce qu'elle devait faire, et si la cavalerie ne l’eût lâchement abandonné ». De l’aveu du prince, la déroute fut complète : « Deux bataillons d'hahoff, un bataillon du régiment du corps, le régiment de Roeden et une partie de ceux d’Halberstadt et de Laffert, furent . forcés de mettre les armes bas. » Deux mille prison-

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niers, 11 canons, 19 drapeaux restèrent au pouvoir des vainqueurs. Ceux-ci n’eurent qu'environ 200 hommes hors de combat. Parmi les confédérés tués et blessés, beaucoup plus nombreux, fut compris le général Roeden qui refusa de se rendre et fut tué par un dragon de Caraman.

Comme conséquence de la défaite du prince héréditaire, Ferdinand s'était attendu (1) à une attaque générale de la part de Broglie; celle-ci ne s'étant pas produite au cours des deux jours qui suivirent l'affaire, il se décida à continuer sa retraite. Dans une lettre au roi de Prusse (2), il expose les raisons qui l'ont amené à cette résolution : « Ce n’est pas cette perte (le combat de Grünberg) seule qui m'accable; le manque de subsistances s’y joint, et l'ennemi étant parvenu à me couper les seules ressources que j'avais, il ne me reste d'autre parti qu’à opter entre l'alternative de me replier ou d'attaquer l'armée en-

‘ nemie. En me repliant, je dois le faire jusqu’à me mettre à

portée du Weser, sans quoi lout doit périr de faim, vu que j'entre dans cette partie de la Hesse qui n’est plus qu’un désert affreux. En attaquant l'ennemi, je ne puis le faire qu’en sortant Ge mes avantages, pour l'attaquer dans les siens. Il faut passer l’'Ohm pour marcher sur Grünberg et Giessen où le gros de l’armée française se trouve encore; pendant que j'exécute ce mouvement, je me mets les troupes du Bas-Rhin qui sont à Marburg et à Wetter à dos; si je marche sur celles-ci, le maréchal passe l’Ohm et se met sur mon flanc. Si je suis battu, nous sommes absolument perdus sans ressource. Je n'aime pas à grossir les objets, mais je crois pouvoir évaluer l’armée française à k0.000 combattants. J'ai tout au plus 16.000 hommes d'infanterie et 5.000 chevaux. C’est en quoi toute l’armée

(1) Ferdinand à Holdernesse, Thalem (Dalheim), 30 mars 1761. Record Office.

(2) Ferdinand à Frédéric, Maulbach, 23 mars 1761. Westphalen, V, p. 220.

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consiste, exclusivement 8 ou 10.000 hommes qui sont devant Cassel. » Ferdinand dépeint le délabrement de ses forces, surtout du contingent anglais : 8 bataillons anglais qui sont avec lui ne font pas effectivement 700 hommes quoiqu'ils n’aient pas été au feu : « Dans cette situation, conclut-il, je pense que le meilleur est de me replier

à petits pas; peut-être gagnerais-je encore 8 jours avant que l'ennemi puisse s'approcher avec le gros de son armée de Cassel. Si en attendant la ville tombe, je pourrai me relever, si elle ne tombe pas, mon expédition est manquée. S'il me reste un rayon d'espérance, c'est celui de voir promptement reparaître sur la Werra un corps de troupes prussiennes; si V. M. me refuse ce secours, je dois tout abandonner à mon étoile. »

Conformément au parti adopté, le gros des confédérés leva son camp dans la nuit du 23 au 2% mars et gagna en deux marches les environs de Ziegenhayn, où il ne séjourna qu'un jour; le 26, Ferdinand avait son quartier général à Braunau, près de Wildungen; le lendemain, son armée franchit l'Eder entre Fritzlar et Weden et, le 30 mars, l'avant-garde était cantonnée sur la rive gauche de la Dymel; de Braunau, le prince avait écrit au comte de Lippe de préparer la levée du siège de Cassel.

Au cours de ce recul de huit jours quiavait conduit les confédérés des bords de l’Ohm à ceux de la Dymel, il y eut des rencontres, toutes à l’avantage des Français. Soit manque de vivres, soit prudence stratégique, Broglie n'essaya pas de profiter du succès de Grünberg pour entamer l'adversaire; il se borna à pousser un détachement sous Lorigny, dans la direction de Corbach, avec ordre de détruire ses magasins et d'inquiéter son flanc droit. Aussitôt prévenu du départ des confédérés, il les fit suivre par Rochambeau et Montchenu (qui remplaçait Clozen blessé à Grünberg) avec les troupes légères et un contingent de cavalerie.

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