LEVÉE DU SIÈGE DE CASSEL
7 mars, les travaux d'approche avaient été repris; une nouvelle sortie de la garnison, effectuée dans la matinée du 17, avait été repoussée, mais malgré ces résultats partiels Lippe se montre (1) peu confiant dans l'issue finale. « ILest fort incertain si je prendrai la place avec les forces qu'il y à ici... 600 hommes de ce corps sont péris au siège, sans ce qui est mort de maladie, et je ne vois arriver ni recrues, ni reconvalescents. »
Au contraire, le comte de Broglie était plein d'espoir. En rendant compte à son frère, il donne (2) son avis sur la rédaction du projet de capitulation que la cour de Versailles avait autorisé, mais il ne croit pas l'instant venu d'entrer en pourparlers, car il a encore des munitions pour un mois; il avait consommé 4.355 coups de canon et 82.000 cartouches, alors qu’il reste 30.000 des premiers et 1 million des secondes. Cependant, s’il est obligé de négocier, ii préviendra le comte de Lippe qu'il a pour instruction de brûler la ville neuve, l'orangerie et généralement tous les faubourgs ou entours de la ville au moment où le siège commencerait à prendre une forme sérieuse. « S'il vient à consentir à la capitulation, de rendre la ville en sortant avec tout, ce sera à vous de décider, étant instruit de notre situation. S'il m'offre cette capitulation sans me permettre d'envoyer prendre vos ordres, je l'accepterai et la ferai en même temps pour Güttingen comme vous me le prescrivez; je compte que cet article ne souffrira pas beaucoup de difficultés de leur part. Si enfin ils ne veulent m'accorder d'autre capitulation que prisonniers de guerre, je ferai brüler orangerie, ville neuve, faubourgs, etc... Nous nous défendrons ensuite jusqu'à la dernière extrémité, souhaitant ardemment que cela vous donne ou à l’armée du Bas-Rhin, le temps de nous secourir »
(1) Schaumburg-Lippe à Ferdinand, Wolfsanger, 17 mars 1761. Westphalen, V, p. 190.
(2) Comte de Broglie au Maréchal, 21 mars 1761. Archives de la Guerre,
En attendant, les opérations continuaient : le 23, les Hanovriens enlevèrent une lunette falsant partie des ouvrages extérieurs, mais elle fut presque aussitôt reprise par deux bataillons de Belsunce. Le 25, Lippe, en réponse (1) à l'avis le prévenant de la retraite des confédérés sur l'Eder, prie le prince Ferdinand de veiller à la couverture du siège, dont les travaux absorberont tout ce qu'il y a de disponible; plusieurs de ses pièces sont hors de service, deux pièces de 2% sont crevées, les servants font défaut; « l'artillerie de la place à trop de jeu; le nombre de pièces de batterie que nous avons ici est trop petit pour faire taire en peu de temps l'artillerie de la place ».
A la réception de cette dépêche, Ferdinand renonça à tout espoir de s'emparer de Cassel, ne pensa plus qu’à lever le siège sans perdre ses canons et sans être entamé par l'ennemi; il donna des instructions en conséquence. L'évacuation des tranchées s’accomplit (2), le 28, à six heures du matin, sans autre opposition qu’une canonnade plus bruyante qu’efficace; les canons et mortiers furent embarqués sur les bateaux qui les avaient apportés, la troupe sortit « tambour battant et enseignes déployées » et alla s'établir sur les hauteurs de Wolfsanger.
Dans la nuit du 28 au 29, le maréchal de Broglie fut avisé du départ de Lippe; il annonce (3) aussitôt à Choiseul son intention de se rendre à Cassel et ajoute : « J’envoie des ordres aux troupes qui étaient en marche, pour s'arrêter où elles sont, et dès demain, je ferai une disposition pour un emplacement général de quartiers et pour renvoyer les troupes du Bas-Rhin. » Broglie fit son
(1) Schaumburg-Lippe à Ferdinand, Wolfsanger, 25 mars 1761. Westphalen, V,p. 225.
(2) Schaumburg-Lippe à Ferdinand, Ihringshausen, 28 mars 1761. Westphalen, V, p. 241.
(3) Broglie à Choiseul, Treyza, 29 mars 1764. Archives de la Guerre.