CHAPITRE VI PERTE DU CANADA
SITUATION AU COMMENCEMENT DE 1760. — BATAILLE DE SAINTE-FOY. — SIÈGE DE QUÉBEC PAR LÉVIS. —-— ARRIVÉE DE LA FLOTTE ANGLAISE. — ÉVACUATION DE L'ILE AUX NOIX. — PRISE DU FORT LÉVIS. — CAPITULATION DE MONTRÉAL. — PROCÈS DE BIGOT ET DE SES ASSOCIÉS.
Le dernier hiver de la domination francaise au Canada, celui de 1759 à 1760, fut singulièrement sombre. Depuis de longs mois, aucune nouvelle directe de la métropole : Le chevalier Le Mercier, qui était parti en novembre avec une mission pour la cour, avait-il pu échapper aux croisières anglaises? En supposant une traversée heureuse, pouvait-on espérer que le cri de détresse de la colonie serait entendu, que le gouvernement de Louis XV risquerait l'envoi de renforts qu'il avait refusés, l’an passé, au plaidovyer de Bougainville? Alors la province était à peu près intacte ; mais au cours de la campagne de 1759, la situation avait bien empiré. Les Anglais, maitres de Québec et de tout le bas Saint-Laurent, étaient à même d’intercepter les secours de France; la portion du territoire encore francaise s'était rétrécie; Niagara, la meilleure forteresse du Canada, avait été prise; perdues les communications avec l’immense région qui s'étend de la Monanguehela jusqu'aux grands bois et jusqu'au Mississipi; les comptoirs du pays d’En Haut, tombés aux mains des Anglais ou complètement coupés du Canada, privés de débouchés