POSITION DES BELLIGÉRANTS PENDANT L'HIVER
tion restait fixée à la rivière du Cap Rouge, à 3 lieues de la ville; les avant-postes français avaient pour point d'appui un fort de pieux construit pendant l'automne à l'embouchure de la rivière Jacques-Cartier ; le général Murray, gouverneur britannique de Québec, avait établi les siens dans les villages de Sainte-Foy et de Vieille Lorette. Au débouché du lac Champlain, on conservait de part et d'autre les positions de l'automne, les Français à leur nouveau fort, dans l’Ile aux Noix, barrant le passage entre le lac et le Saint-Laurent; les Anglais dans l’ancien fort Saint-Frédéric qu'ils avaient rebâti et considérablement augmenté. Vers le lac Ontario, le premier poste français était également une fortification en pieux, le fort Lévis, récemment élevé dans une île du Saint-Laurent, à peu de distance de la Providence, mission indienne de l'abbé Piquet. Le lac était au pouvoir de l'ennemi qui avait réédifié le fort de Chouaguen ou Oswego et qui depuis 1759 était maitre du fort Niagara. Pour épargner les viv es, et conformément à la coutume des dernières années, Lk bataillons de ligne avaient été cantonnés dans les villages et logés chez l'habitant.
Au cours de l'hiver, les effets de la prise de Québec commencèrent à se faire sentir, uon seulement dans la province de ce nom, mais aussi dans l’Acadie. Le gouverneur Murray inonda le pays d'affiches remplies de promesses et de menaces. Il encouragea les habitants à apporter des provisions en promettant le paiement en argent comptant et envoya des colonnes volantes réquisitionner du bois de chauffage et brûler les maisons des paysans restés fidèles aux autorités françaises. Ces mesures entrainèrent la soumission de onze paroisses des environs de la capitale et amenèrent la neutralité de nombreux miliciens. Cependant, le contact ne fut pas perdu ; malgré la défense de Murray, les communications demeurèrent ouvertes, le trafic entre Québec et Montréal se maintint et prit
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même plus d'activité, grâce à l’apnort des marchandises anglaises qu’on échangeait contre les pelleteries de l’intérieur. Au surplus, béaucoup des habitants de la province inférieure, lors du retour de Lévis et du second siège de Québec, répondirent à l'appel dé Vaudreuil et oublièrent les engagements imposés pour se rallier au vieux drapeau.
Il n’en pouvait pas étré dé même pour les Acadiens, dont les rapports avec le Canada français, toujours difficiles, étaient devenus presque impossibles depuis que les Anglais étaient maîtres du bas Saint-Laurent. Dans la correspondance de Vaudreuil, nous relevons une longue dépêche au sujet des Acadiens; les débris de cette malheureuse population qui avaient échappé à la déportation décrétée contre eux par les représentants du pouvoir britannique, s'étaient réfugiés dans quelques localités de la baie des Chaleurs, de la rivière Saint-Jean et aux environs de Beauséjour, devenu fort Cumberland ; jusqu’à la chute de Québec, ils avaient reçu du gouverneur général des secours en vivres et en effets, et étaient restés en relations avec le Canada. Les événements de la fin de 1759 modifièrent leur situation qui s’aggrava de jour en jour; aussi commencèrent-ils à prêter l'oreille aux ouvertures des autorités anglaises de Louisbourg. Ces fonctionnaires firent répan Îre parmi eux (1) des proclamationsles invitant à la soumission et pleines de bonnes paroles : « Je suis commandé de vous assurer par S. M. que vous jouirez de tous vos biens, vos libertés et propriétés avec un exercice libre de votre religion, comme vous verrez par le manifeste que j'ai l'honneur de vous envoyer... Si vous doutez de la sincérité de mon cœur, je suis prêt à échanger des otages. » Par contre, le refus d'obéissance entrainerait les peines les plus sévères et exposerait Les récalcitrants à être passés au fil de l’épée. Soit conviction qu'il n’y avait plus rien à
(1) Commandant Schomberg au nom du général Whitemore, 26 octobre 1759. Archives des Colonies.