‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 160 sur 332 · SOUMISSION DES PRÊTRES ACADIENS · texte numérisé non relu

SOUMISSION DES PRÊTRES ACADIENS

attendre dela cour de Versailles, soit désir de sauver leurs ouailles de nouvelles persécutions, soit cajolerie des messagers anglais, plusieurs des prêtres qui desservaient les paroisses acadiennes exercèrent leur influence en faveur de la pacificalion. Vaudreuil fut avisé que l'abbé Mannach s'était rendu au fort Cumberland avec quatre délégués représentant les villages de Miramichi, Chibouctou, Boukloc et Memenrenconick et avait entamé des pourparlers avecle colonel Fraye, commandant du poste. L'abbé Coquart était parti de Québec, sans permission de son évêque, avec un passeport du général Murray; aussitôt arrivé à la rivière Saint-Jeazi, il avait fait sa soumission au commandant du fort Latour. es agissements de l’abbé Maillard et du père Germain étaient suspects. Ces rapports, transmis par les agents français encore en Acadie, mirent le gouverneur général en fureur : « A l'égard des missionnaires, écrit-il au ministre (1), je n'éclaterai que lorsque nous serons dans des circonstances moins critiques. » Boishébert qui, depuis plusieurs années, commandait les quelques troupes détachées en Acadie, se montre très sévère (2) vis-à-vis des ecclésiastiques : « Qui est-ce qui peut vous autoriser à engager les Acadiens à faire l’aveu aux Anglais qu’ils sont leurs sujets, en se soumettant à eux? Vous voudriez présentement qu’ils fissent leur paix particulière, parce que vous y trouvez votre intérêt, ce n’était point autrefois de mème, car si nous avons la guerre et si les Acadiens sont misérables, souvenez-vous que ce sont les prêtres qui en sont la cause... J'ai été envoyé sur cette côte pour: les engager à persévérer dans l'attachement qu'ils ont témoigné jusqu'à présent pour la France, et j'ai le chagrin de voir que ceux qui devraient le plus les y entretenir sont les premiers à les en éloigner; il semble même que vous vous êtes tous entendus pour cela. » (1) Vaudreuil au Ministre, Montréal, 6 mai 1760. Archives des Colonies.

(2) Boishébert à Mannach, 11 février 1760. Archives des Colonies. GUERRE DE SEPT ANS. — T. IV. 22

Il est difficile de partager la colère de Vaudreuil et de son lieutenant qui avaient leur part de responsabilité dans les souffrances des Acadiens; sans doute l'acceptation des offres de l'ennemi n’était pas pour plaire, mais quand on se rappelle l'endurance sublime que ces infortunés avaient déployée,les maux qu’ils avaient bravés pour conserver leur nationalité, l’on ne saurait leur reprocher qu'abandonnés de tous, sans espoir de secours, ils se fussent résignés à écouter, malgré la défiance (1) que l'expérience du passé leur inspirait, les propositions du vainqueur, plutôt que de mourir de faim et de misère.

En fait d'hostilités, il n’y eut, durant la mauvaise saison, que des escarmouches àont la plus importante, celle de Lorette, fut un petit succès pour les Anglais qui chassèrent, le 18 mars, d’une redoute où il était retranché, un détachement commandé par Herbier avec perte d’une centaine d'hommes. D’après Knox (2), les soldats britanniques n'auraient eu que 6 blessés, mais près de 100 des leurs furent à un tel point atteints par le froid, qu'il fallut les ramener en traineau, à moitié gelés. Pendant l'hiver, la garnison de Québec fut décimée par la sévérité du climat, par les maladies, et surtout par le scorbut; la mortalité fut excessive, et les hôpitaux, tant permanents que provisoires, furent tout à fait insuffisants. De 7.300 combattants au moment du départ de la flotte anglaise, les effectifs tombèrent à 4.800 à la date du 1° mars et ne dépassaient guère #.000 à la fin d'avril.

Cet état de choses, bien connu à Montréal, était de nature à encourager les projets offensifs des Français; en effet, en dépit de la tranquillité apparente, Vaudreuil et Lévis étaient bien d'accord pour risquer un effort désespéré contre Québec; ils n’ignoraient pas les attaques

(1) Lettres des habitants de Pekontiak au colonel Fraye, 13 février 1760. Archives des Colonies.

(2) Knox, Historical journal, 11, 274.

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