PRÉPARATIFS DE VAUDREUIL ET LÉ VIS
concentriques qui seraient poussées contre la province au cours de l'été de 1760, mais de toutes, la plus dangereuse serait celle qui prendrait l'ancienne capitale comme base et pénétrerait au cœur de la colonie en se servant de la grande voie du Saint-Laurent; la reprise de Québec par le défenseur du Canada décuplerait les difficultés d’une opération de ce genre, si même elle ne la rendait pas irréalisable. Mais la tentative contre Québec, pour présenter quelques chances de succès, devait être effectuée au printemps, avant l'ouverture du Saint-Laurent aux renforts que le gouvernement anglais expédierait certainement à sa garnison; ces renforts, on l'espérait du moins, seraient précédés par ceux qu'on avait réclamés à la cour de Versailles et pour lesquels celle-ci comprendrait, à coup sûr, la nécessité impérieuse d'un prompt départ. Néanmoins, tout en comptant sur le concours de la métropole, les autorités canadiennes firent, de leur propre initiative, tout ce qui était humainement possible pour mener à bonne fin leur audacieuse entreprise. En premier lieu, elles conçurent le projet d'une surprise en plein hiver; des préparatifs furent faits, des échelles en quantité furent réunies, mais le manque de vivres et surtout l'impossibilité de nourrir, à cette époque de l’année, l’armée une fois assemblée, firent remettre l'exécution au printemps.
Afin de rétablir l'effectif des troupes régulières qui n'avaient pas reçu de recrues (1) depuis 1758 et qui avaient été fort éprouvées par la campagne de 1759, on adjoignit à chaque bataillon de ligne ou de marine trois compagnies de miliciens choisis, autant que possible, dans les paroisses où lé régiment avait eu ses quartiers d'hiver; les unités étaient commandées par un capitaine spécialement détaché à cet effet et étaient astreintes au même ser-
(1) A l'exception des 3 ou 400 hommes amenés par Bougainville.
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vice et soumises au même régime que les réguliers. Grâce à ces mesures, Lévis put disposer de 3.900 officiers et soldats appartenant aux 8 bataillons de France ou à la marine, de 2.500 miliciens incorporés dans l'infanterie ou indépendants, de 200 cavaliers empruntés aux éléments locaux et d'environ 300 sauvages domiciliés. À ce noyau d'hommes solides, on espérait ajouter les miliciens de la province de Québec que le premier succès ferait accourir aux drapeaux, mais auxquels il faudrait distribuer des fusils, les leurs ayant été, en grande partie, confisqués par les Anglais. Le côté faible de l'expédition était celui du matériel et des munitions d'artillerie, dont la qualité laissait tout autant à désirer que la quantité.
Dans une circulaire aux commandants de bataillons, Lévis (1) ne fait pas mystère des difficultés de l’entreprise et fait appel à leur énergie et à leur patriotisme : « Notre départ dépend de la fonte des glaces pour profiter de l’instant où la navigation sera libre; car il est très important que l’armée soit rendue devant Qu“'ec avant que les ennemis aient pu travailler à des ouvrages extérieurs... Je vous prie de Les prévenir (les soldats et miliciens qui composent votre bataillon) qu'ils doivent s'attendre à faire une campagne dure. Je ne vois la subsistance bien assurée qu'en pain, et lorsque nous serons devant Québec, nous ne mangerons, soit en cheval, soit en bœuf, que la viande que nous pourrons avoir. » Les officiers n'auront à compter que sur « la même ration du soldat et leur eau-de-vie qu'ils recevront en nature ». La discipline la plus exacte devra être appliquée : « Nous avons à combattre des troupes qui l'observent et pour les vaincre, il ne faut pas s'écarter de ce principe. »
Après avoir parlé du « salut de la colonie » et de la gloire « desarmes du Roi», Lévis touche une note heureuse
(1) Lévis aux commandants, 29 mars 1766, Lettres de Lévis, p. 286,