EXPÉDITION POUR LA REPRISE DE QUÉBEC
en rappelant la sympathie qui existait entre les soldats et leurs hôtes : « Nous devons aussi, par une entreprise audacieuse, marquer la reconnaissance que nous devons à la colonie qui nous nourrit depuis le temps que nous y sommes, Les habitants ont reçu nos soldats comme leurs enfants, et nous ne pouvons que nous louer de l'amitié et de l'attachement que nous avons reçu tant en général qu'en particulier de tous les Canadiens. »
De leur côté, le gouverneur Vaudreuil et l'intendant Bigot avaient mis tout en œuvre pour seconder les efforts du général, le premier, en lançant des ordonnances et des lettres circulaires adressées aux autorités civiles et ecclésiastiques de la province et en rédigeant des instructions pour Lévis auquel il avait remis la direction des opérations militaires, le second, en tirant d’un pays épuisé des ressources pour l'approvisionnement du corps expéditionnaire. Le mémoire de Vaudreuil prévoyait la mauvaise volonté de certains habitants (1) et déléguait à Lévis pleins pouvoirs pour sévir contre les dissidents : « Comme le zèle des Canadiens pourrait être susceptible de quelque ralentissement, étant intimidés par les menaces du général Murray, M. le chevalier de Lévis accompagnera nos lettres circulaires d'un manifeste rigide par lequel il relèvera ces Canadiens de leur crainte et les assujettira à se joindre à lui sous peine de la vie. » Contrairement à ses habitudes, le gouverneur général ne semble guère optimiste : « Quoique le succès du siège de Québec paraisse incertain, et par le peu de moyens que nous avons en munitions, artillerie et vivres, et par nos forces mêmes vis-à-vis de celles de l'ennemi qu'il est de notre prudence de supposer d'environ #.000 combattants, qui pourront augmenter ea nombre par les secours que les Anglais attendemt d'un instant à l’autre, nous avons néan-
(1) Lettres et pièces mälitaires, p. 213. Collection Lévis.
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moins mürement réfléchi et déterminé, M. le Chevalier, que tous ces obstacles ne sauraient nous arrêter, que l'expédition de Québec est l’unique parti à prendre et pour conserver encore la colonie an Roi et pour nous nettre à portée de recevoir librement les secours qu'il aura plu à S.M. de nous faire passer. » Enfin en donnant à Lévis l'autorisation nécessaire pour négocier la capitulation de Québec, le gouverneur lui fait observer que les circonstances empêchent de se montrer difficile sur les conditions qui seraient accordées à l'ennemi.
L'embarquement commenta le 20 avril; la flottille descendit Le Saint-Laurent, escortée par deux petites frégates et par quelques bâtiments armés qui avaient hiverné dans le haut du fleuve. Les eaux étaient encore prisesdans beaucoup d’endroits, et ce ne fut pas sans perte considérable de bateaux, de vivres et de munitions que le matériel put ètre mis à terre à la Pointe-aux-Trembles, où la majeure partie des troupes s'était assemblée.
Sur l'avis de la Pause, aide-maréchal général des logis, qui avait été envoyé en reconnaissance, on résolut de franchir la rivière du Cap-Rouge à deux lienes de son embouchure, et de gagner Sainte-Foy en traversant les marais de la Suette. Le 26, Bourlamaque, qui commandait l'avant-garde, accomplit ce programme et se posta dans des maisons à un quart de lieue des hauteurs de Sainte- Foy où se tenaient les Anglais. Lévis le rejoignit avec le gros : « I fit, écrit-il dans son journal (1), une nuit des plus affreuses, un orage et un froid terribles, ce qui fit beaucoup souffrir l'armée qui ne put finir de passer que bien avant dans la nuit. Les ponts s'étant rompus, les soldats passaient dans l’eau. Les ouvriers avaient peine à les réparer dans l'obscurité, et sans les éclairs, on eût été forcé de s'arrêter. On dispersa l’a. aée dans les habitations
(1) Journal du chevalier de Lévis, p. 260. Manuscrits Lévis.