LES FRANCO-CANADIENS ARRIVENT À SAINTE-FOY
pour se garuntir de la pluie et raccommoder les armes, pour être en état de marcher au point du jour, M. le chevalier de Lévis ayant résolu d'attaquer. » Mais il fallut attendre les3 pièces dont se composait l'artillerie de campagne et qui étaient indispensables pour battre l’église et les maisons fortifiées de Sainte-Foy.
Le rapport du général Murray (1) diffère peu de la relation française. D'après ce document, les Anglais comptaient sur un retour offensif des Français aussitôt que le dégel surviendrait. C'était, en effet, seulement après l'ouverture du printemps qu'il serait possible de travailler sur le plateau d'Abraham aux retranchements quiconstitueraient Le facteur essentiel de ia défense. Mème à la date du 25 avril, on pouvait à peine enfoncer les premiers piquets, le dégel n'ayant pas pénétré à plus de 9 pouces de la surface. Dans des conditions pareiiles, l’assaillant avait tout avantage à brusquer l'attaque. Pour se protéger contre l'armée canadienne, Murray avait pris des mesures tant militaires que civiles : dès le 18 avril, il avait fait occuper l’'embouchure de la rivière du Cap Rouge. Le 21 avril, les habitants de Québec trouvèrent aflichée sur les murs une proclamation leur intimant l'ordre de vider les lieux avec leurs familles et leurs effets dans un délai de trois jours. C'est en vain que la population protesta contre un arrêté qui était en contradiction avec la capitulation de l'automne précédent; force fut de déguerpir; l'élément féminin se vengea en criant bien haut que les Anglaisavaient toujours eu la réputation d'être des gens sans foi, et que maintenant, il n'y avait plus de doute sur la vérité du reproche.
Jusqu'au matin du 27 avril, Murray, quoique sur ses gardes contre une agression qu'il avait prévue, ne paraît pas avoir été exactement renseigné sur les premiers mou-
(1) Murray à Amherst, Québec, 30 avril 1760. Record Office.
vements qui suivirent le débarquement des Français. Un incident curieux le mit au courant. Un artilleur de l’armée de Lévis, embarqué sur une chaloupe qui avait chaviré, se réfugia sur un glaçon et fut emporté à la dérive jusqu'à la rade de Québec. Le 27, à 2 heures du matin, des matelots anglais, attirés par ses cris, le ramassèrent plus mort que vif et apprirent de s& bouche, avec ses aventures, l'approche des Français. Murray, aussitôt averti, appuya, avec les grenadiers, des piquets fournis par chaque réginent et 10 canons, l’infanterie légère et les rangers chargés du service des avant-postes.
La journée du 27 se passa en escarmouches et en reconnaissances ; Lévis, toujours sans canon, avec des soldats fatigués et éparpillés, remit prudemment l'affaire au lendemain. Les Anglais firent rentrer la plupart de leurs troupes, ne laissant qu'un détachement à la maison Dumont et dans une redov. à la limite de la plaine; ils avaient évacué l’église de sainte-Foy après y avoir mis le feu.
Disons un mot de l'emplacement qui servit de théâtre à la bataille (1) que nous allons décrire. Québec, ou plutôt le quartier principal appelé la ville haute, est édifié sur l'extrémité d'un promontoire baigné au sud par le Saint-Laurent, au nord par son affluent, le Saint-Charles ; ces hauteurs, qui portent le nom de côte d'Abraham, parallèles au grand fleuve, remontent son cours en s'élargissant au fur et à mesure qu'elles s’éloig nent de l'enceinte de la ville.
A l'époque de l'affaire, le terrain, moitié en friches, moitié en cultures, était jalonné de bosquets et coupé de de bas-fonds marécageux; deux chemins conduisaient
(1) Le récit de la bataille de Sainte-Foy et du siège de Québec est tiré du Journal de la correspondance de Lévis et de Bourlamaque, du Journal de Malartic, Cassgrain, Montcalm et Lévis ; Mante, Late war in America; Knox, Historical Journal ; Dépêches de Amherst et de Murray, Record Office, ete…, etc... Voir la carte de la bataille d'Abraham, vol. Ill.