‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 167 sur 332 · SIÈGE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

SIÈGE DE QUÉBEC

officier qui a pris part à la bataille et je lui demande s'il y a eu faute dans mes dispositions, ou si je n'ai pas fait tous les efforts possibles pour stimuler les hommes pendant le combat, La supériorité acquise par nos troupes sur l'ennemi depuis la dernière campagne et la belle artillerie de campagne dont nous étions munis m'auraient amené à livrer bataille, quand même je n'aurais pas été convaincu qu'elle s'imposait. »

Aussitôt la lutte achevée, les Français occupèrent la crête des hauteurs qui « ne sont qu'à 300 toises au plus de la place » et s’installèrent sur le revers où ils passèrent la nuit. La journée fut employée à ramasser les blessés et à les transporter à l'hôpital général dont on prit possession.

Dès le lendemain commença le siège de Québec. Un assaut immédiat aurait probablement mis la ville entre les mains de Lévis. La garnison anglaise était réduite à un effectif de 2.100 hommes; leur moral avait été très affecté par la défaite; le désarroi était partout et la discipline complètement relâchée. « Nos soldats, écrit deux jours après le capitaine Knox, qui servait dans les rangs britanniques, se livrent à chaque instant à une foule d’excès; ils pénètrent de force dans les magasins et les maisons particulières pour se procurer du liquide. Cela provient de la panique et de la démoralisation aggravée par l'ivresse. On a pendu ce soir un homme sans jugement pour effrayer les autres. Espérons que cet exemple sera suffisant pour arrêter la continuation du désordre et pour inspirer aux soldats le sentiment de leur devoir. »

Malheureusement, Lévis ne fut pas renseigné sur l’état d'esprit de l'ennemi et n’osa pas entreprendre, sur l'enceinte fortifiée et armée de Québec, une tentative que le succès seul eût justifiée aux yeux des militaires de l'époque, scrupuleux observateurs de la procédure régulière. Knox estime qu'une escalade eût réussi : « Si l’ennemi

avait donné suite Le 29 ou le 30 au coup qu'il avait frappé le 28, avant que nos soldats se fussent ressaisis, je suis fortement enclin à croire qu’en dépit du zèle actif et du courage du gouverneur et de la plupart des officiers, Québec serait retombé au pouvoir de ses anciens maitres, » L'occasion manquée ne se retrouva pas. Murray était un autre homme que Ramezay, son prédécesseur français de 1759. Autant ce de aier avait été faible, timoré, peu soucieux de prolonger la résistance des quelques heures qui eussent permis à l’armée française de venir à son aide, autant Murray se montra conscient de l'importance de son rôle, énergique dans sa conduite. L'escadre de secours, qu'on lui avait promise et doni il avait réclamé l'envoi dès la fonte des glaces, devait partir de Halifax dans la Nouvelle-Écosse; elle était donc plus proche que les vaisseaux de France et devait arriver avant eux. Il s'agissait de tenir jusque-là. Murray.s'y employa avec intelligence; pour avoir ses troupes sous la main, il les fit sortir de leurs quar-tiers et bivouaquer à portée des murs; sur le front d'attaque, il &ecumula tous les canons que possédait la place et s'attacha, par un feu soutenu, à entraver les travaux d'approche et à inquiéter le campement francais. Empruntons au Journal de Lévis la courte description äe la ville et du front de terre qu’il fallait entamer : « Québec forme une espèce de triangle qui occupe une pointe de terre fort élevée sur la rive gauche du fleuve Saint-Laurent. Le fleuve défend un des deux côtés qui sont vers la campagne, l’un qui suit l’escarpement de la côte d'Abraham commande avec beaucoup de supériorité une plaine basse où serpente la rivière Saint-Charles; cette côte d'Abraham règne presque parallèlement au fleuve Saint-Laurent et va s’y réunir à l'embouchure de la rivière du cap Rouge. Le côté de Québec qui est terminé par cette côte et par l’escarpement du fleuve est le seul accessible; la distance en est d'environ sept cents toises.

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