ARRIVÉE D'UNE FRÉGATE ANGLAISE
dessous de Québec à la renconire des vaisseaux attendus de France; l’arrivée d'une nouvelle frégate anglaise fit renoncer à ce projet.
Depuis 10 jours lesiège suivait son cours quand, le 9 mai, on vit entrer dans la rade un bâtiment de guerre. Étaitil français ou anglais? L'incertitude ne dura pas longtemps. La frégate jeta l'ancre devant la ville, assura son pavillon aux couleurs britanniques par un salut de 21 coups de canon et détacha son canot à terre. La joie de la garnison se manifesta par une explosion de cris et de vivats; officiers et soldats, oublieux, pour une fois, du flegme national, montèrent sur les parapets en face des assiégeants, jetant leurs chapeaux en l'air, hurlant, gesticulant à qui mieux mieux; les artilleurs prirent leur part de l'allégresse générale en faisant un feu des plus soutenus sur les tranchées ct sur le camp français. Quelque déçus qu'ils eussent été par l'apparition du bâtiment anglais, les Français firent bonne contenance et répondirent aux hourrahs de la garnison par des cris répété: de « Vivele Roy ».
La partie n’était pas encore perdue; la venue isolée d'un navire de médiocre importance ne prouvait qu'une chose : que le Saint-Laurent était ouvert à la navigation; on pouvait encore espérer la montée du convoi de France, ou tout au moins d’un vaisseau chargé de munitions qu'on savait bloqué dans les glaces à Gaspé. Néanmoins, .4 vue du Lowestoft ranima complètement le moral des soldats de Murray; ce bâtiment appartenait à l'escadre du commodore Swan qui avait appareillé d'Angleterre au mois de nars; en route, il avait échangé des signaux avec lord Colvilie et savait que cet officier avait désigné à ses vaisseaux comme rendez-vous l'ile de Bic dans l'estuaire du Saint- Laurent. Quant au navire qui avait hiverné à Gaspé, il apportait 2% canons de 2%, 300 barils de poudre, des fusils, des boulets et toutes sortes de provisions, mais aban-
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donné par son équipage, en majorité étranger, il n'était pas en état de naviguer; Swan, en passant, s'en empara sans résistance.
Jusqu’alors les mauvais avis n'étaient pas encore connus et les soldats de Lévis poussaient les travaux du siège avec énergie, malgré la gravité des obstacles à surmonter : « La parallèle et les batteries (1) ne purent s’achever qu'avec des difficnités incroyables L’ennemi eut bientôt démasqué 60 pièces de canon sur les fronts attaqués. Cette artillerie servie avec la plus grande vivacité, non seulement retardait la construction des batteries, mais aussi empéchait les travailleurs de faire les transports. Les boulets plongeant derrière les hauteurs, il n'y avait aucun endroit qui en fût à couvert.
En dépit de ses efforts, Lévis savaït bien que tout dépendrait des premiers secours : « Nous ne sonmes point encore au bout de nos desseins, avait-il répondu, la veille de l'arrivée du Lowestoft, aux félicitations de Bougainville (2), je crains autant le pavillon rouge qme je désire le blanc. » Eniin, le 11 mai, les batleries commencèrent à tirer et malgré la grande supériorité des Anglais, leur action aurait été efficace si notre petite artille:ie eût été de meilleure espèce. Dans une dépêche à Vaudreuil, Lévis rend compte (3) de ses déceptions : « Nos batteries sont en mauvais état, nous avons eu hier au soir deux pièces de 18 qui ont crevé et la pièce de 2% qui à élé mise hors de service par une bombe; elle était déjà fendue. Avec ie peu de grosses pièces qui nous restent ei la qualité n'en étant pas bonne, nous sommes hors d'état de faire brèche. Les officiers d'artillerie se plaignent aussi que la poudre est éventée, et n'a pas la force qu'elle devrait
(1) Relations et journaux, p. 241, Manuscrits Lévis.
») Lévis à Bougainville, camp de Québec, 8 mai 1760. Papiers de Bougain ville.
(3) Lévis à Vaudreuil, près Québec, 13 mai 1760, Letlres de Levis.
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