‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 17 sur 332 · SOLTIKOFF DEVANT BRESLAU · texte numérisé non relu

SOLTIKOFF DEVANT BRESLAU

lésie, Plunkett prit sur lui (1) de la supprimer ; jamais Soltikoff n'accepterait une modification qui l’obligerait à diviser ses forces. Il était, pour le moment, bien disposé, « mais, ajoute l’Autrichien, j'ai déjà éprouvé par une triste expérience que sa parole n’est pas sacrée ». Les appréciations de Plunkett furent bientôt confirmées. Le lendemain du départ de Posen, ému par le bruit, d’ailleurs inexact, d’une démonstration du prince Henri du côté de la Vistule, et à propos du projet d'adjoindre une division au corps de Laudon, projet dont il avait été question dans les négociations antérieures, Soltikoff déclara, en présence des attachés étrangers, « qu'il ne pouvait ni ne voulait faire aucun détachement ni séparation de son armée »; aux objections qu'on lui présenta, il répondit en se fâchant et en tenant « des mauvais propos ». « J'ai essuyé la bourrasque, écrit Plunkett (2), elle passa bientôt, et deux minutes après nous étions comme auparavant. Tel est le naturel de ce seigneur. Il prend feu d’abord, tant qu'il dure, il faut souffrir ; il revient ensuite et quoiqu'il ne dise rien, il réfléchit et quelquefois les effets sont bons, mais ce principe de ne point séparer aucunement ses forces est fortement gravé dans son esprit, et j'étais très charmé de ne lui avoir pas donné la lettre du général baron de Laudon qui en demandait une, et qui lui aurait fourni un prétexte pour retarder sa marche. »

Malgré ces discussions de mauvais augure pour le succès de la cause commune, l’armée russe avait continué ses étapes sur Breslau. Le 4 août, elle était parvenue à Kobelin, petite ville du territoire polonais où elle avait séjourné deux jours ; Soltikoff y reçut une lettre de Laudon lui annonçant la course du prince Henri au secours

(1) Plunkelt à Kaunitz, Posen, 24 juillet 1760. Archives de la Guerre, Vienne.

{2) Plunkett à Kaunitz, Moschina, 27 juillet 1760. Archives de la Guerre, Vienne.

de Breslau, et suppliant le général russe d'activer son mouvement vers l'Oder. En :onséquence, l'armée gagna Militsch en Silésie; elle y fut rejointe par un nouvel officier de Laudon; l’Autrichien informait ‘1) son collègue russe « qu'il n'avait pu tenir plus longtemps sa position derrière la Schweïdnitz à Lissa, qu'il avait replié le pont qu’il avait sur l’Oder, ainsi que tous les postes qu'il tenait à la rive droite de ce fleuve et qu'il était forcé de se retirer à Cauth, pour n'avoir pas à soutenir seul les forces du prince Henri; qu'il priait M. le maréchal d'envoyer M. de Czernitchew avec son corps à ‘eubus et de se rendre avec son armée le plus tôt qu’il serait possible à Breslau. » Conformément à cette invitation, le gros des Russes atteignit en devx marches Gross Weigelsdorf et Heindsfeld sur la Werda; le 6 et les jours suivants, il y eut des engagements sans importance entre leur avant-garde et les avant-postes du prince Henri. Le 9 août, Soltikoff s'établit à Kuntzendorf près d'Aures et se rapprocha de Czernitchew qui avait été détaché de ce côté quelques jours auparavant. Le lendemain arriva au quartier général un coionel expédié par Daun avec la nouvelle que le roi de Prusse était à Liegnitz et que la grande armée autrichienne lui faisait vis-à-vis; on priait les Russes de construire des ponts sur l’Oder, ce qui fut exécuté le jour même. Jusque-là, le général moscovite, malgré une lenteur fâcheuse, avait fait preuve de bonne volonté et cherché à coordonner ses manœuvres avec celles de ses aliiés; mais d’après les rapports des attachés militaires, il devenait de plus en plus évident qu'il n’entendait courir aucun risque ; imbu de la conviction que la cour de Vienne s’efforcerait de lui faire supporter comme l’année précédente le fardeau de la campagne, il s'opposerait résolument à toute combinaison qui l’exposerait au

(1) Journal de Campagne, Montalembert, II, p. 331.

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