‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 18 sur 332 · QUARTIERS D'HIVER EN SAXE · texte numérisé non relu

QUARTIERS D'HIVER EN SAXE

premier combat et se renfermerait dans le rôle d’un auxiliaire très défiant de son principal.

Laissons le maréchal Soltikoff aux prises avec l'appréheusion que lui occasionnait le voisinage du roi de Prusse et reportons-nous aux événements qui avaient précédé et causé l’arrivée de celui-ci en Silésie. Pour la clarté du sujet, il nous a fallu épuiser les opérations dans cette province avant d'aborder le récit de la campagne de Saxe ; il convient donc de faire un retour en arrière,

Ainsi que nous l'avons relaté plus haut, le roi de Prusse avait conservé ses cantonnements jusqu'aux derniers jours d'avril; la tranquillité n'avait été troublée que par des affaires d'avant-postes où les alliés avaient eu le dessus ; ils avaient même enlevé deux généraux prussiens Zeltritz et Froideville avec quelques centaines de prisonniers. La saison avait été dure pour les belligérants, la maladie avait sévi dans les deux camps et coûté la vie à de nombreux soldats. Cependant, quelques divertissements rompaient parfois la monotonie des quartiers d'hiver. C'est ainsi que Marainville, qui remplissait les fonctions d’attaché militaire en l'absence de Montazet, raconte qu'il est allé avec ses musiciens trouver Daun à son camp de Pirna « dont le séjour est aussi triste qu'il soit possible... Je me suis mis à leur tête comme musicien moi-même, jouant du violon. M. le duc de Bragance qui est grand musicien s’est joint à nous et y a chanté très bien. Le général 0’Donnel, le général Pellegrini ont voulu aussi être de la partie et y ont joué de la flûte ».

Frédéric, on le sait, avait également la passion de la musique et y consacrait une partie de sesloisirs, tout en réservant à la poésie et à la lecture de ses auteurs favoris les moments que ne lui prenait pas sa correspondance militaire et civile. Pendant les mois passés à Freyberg, souffrant, découragé, maugréant contre la mauvaise fortune qui le poursuivait depuis Kunersdorf, revenant souvent sur

les incidents de Maxen, le roi de Prusse ne sortit qu'une seule fois de ses appartements ; très rarement prolongeat-il la séance après le repas de midi, comme il aimait à le faire quand il était en train et d'humeur égale. L'emploi de sa journée tel que le donne son lecteur Catt (1) ne varie guère : lever à 6 heures, affaires militaires jusqu’à 9, une heure de flûte, travaux littéraires de 10 heures jusqu’à midi. Aprèsdiner, continuation de cestravauxet lecture. « ILlisait, raconte Catt, jusqu’à 5 et me faisait appeler. J'avais l’honneur de l'entendre jusqu’à 7, tantôt me parlant de belleslettres, tantôt de métaphysique et de religion, quelquefois me faisant des contes, m’entretenant de ses affaires, de sa position future, de celle de son cœur et assez souvent me parlant de ses officiers et des gens de lettres qui avaient été à son service. À 7 heures, quelquefois à 8 suivant qu’il était disposé à causer, il lisait jusqu’à 10 et si, au lieu de lecture, il se mettait à écrire, il lui arrivait souvent de ne finir qu'à 11 ou minuit. » La mentalité du Roi se reflète dans la dernière pièce de vers qu’il composa avant la reprise des hostilités :

Enfin, le triste hiver précipite ses pas, li fuit, enveloppé de ses sombres frimas.

Vers la fin de mai, un mois après l'évacuation de Freyberg, les Frussiens étaient concentrés autour de Meissen ; en face d'eux, i’armée de Daun, la moitié sous ses ordres directs dans la banlieue de Dresde, le reste en deux divisions, dont l’une à Dippoldiswalda, sous Weïd, et l’autre, ur peu plus nombreuse sous Lascy, sur la rive droite de l’Elbe. D'après Marainville (2), les bataillons pouvaient être évalués à une moyenne de 600 hommes et les escadrons à un effectif de 110 à 120 cavaliers. En se ba-

(1) Catt, Mémoires, p. 292.

(2) Marainville au duc de Choiseul, Dresde, 27 mai 1760, Arch. Guerre,

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