‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 171 sur 332 · LEVÉE DU SIÈGE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

LEVÉE DU SIÈGE DE QUÉBEC

avoir amené pavillon; les ennemis voyant qu'il ne tirait plus, y envoyèrent un canot auquel il se rendit. Il avait fait évader tout l'équipage qui était en état de ser-

“vir, et perdit beaucoup de monde et eut un grand nombre

de blessés, dont plusieurs officiers. »

A en croire Bourlamaque (1), la retraite fut :’occasion de désordres multiples : « Le 16 au matin, M. de Lévis ordonna que les pièces de siège, les vivres, les munitions et les bagages des troupes fussent embarqués dans des petits bateaux qui étaient au Foulon. Le vent était fort, le fleuve agité, le vaisseau de 5% canonnait, les Canadiens se sauvaient. Le magasin où étaient les boissons fut abandonné, les soldats furent bientôt ivres. D'ailleurs, peu de chefs, peu de majors, moins de discipline que vous n’en avez jamais vu. Plusieurs bataillons perdirent presque tous leurs bagages, le canon fut jeté en bas de la côte et y resta. Quand le départ du vaisseau eut laissé cette partie un peu plus calme, on cmbarqua quelques munitions, vivres et bagages dont une partie périt à la Pointe-aux-Trembles; d’autres furent canonnés par les frégates, et abandonnèrent leurs bateaux; d’autres sont montés je ne sais où, on les cherche et un petit nombre s'est rendu à Jacques-Cartier. Les bataillons restèrent à la tranchée comme à l'ordinaire toute la journée du 16. M. le chevalier de Lévis se replia la nuit suivante avec son artillerie légère et les troupes, derrière la rivière du cap Rouge et y resta tout le 17 à faire décharger (sur des bateaux de rivière) les b4timents échoués. La Marie s'étant trouvé en état passa la nuit devant les frégates ar .'aises et se sauva, les autres furent brülés. »

Sur l'avis de l'apparition à Québec du complément de l’escadre de Colville, Lévis fit continuer la retraite sur

1) Bourlamaque à Bougainville, Lettre déjà citée.

Jacques-Cartier, après avoir laissé 400 hommes de ligne et de marine à la Pointe-aux-Trembles. Le 19, l’armée franchit la rivière de Jacques-Cartier, non sans de longs retards dus au manque d’embarcations. Croyant que les vaisseaux anglais avaient des soldats à bord, Lévis eut d’abord l'intention (1) de replier ce poste, mais ayant appris, par des officiers convalescents sortis de l'hôpital général, qu'aucun renfort n'avait débarqué, il en conclut que les Anglais n'étaient pas en état d'agir et résolut de se maintenir à la Pointe-aux-Trembles. À partir du 21 commença la dislocation; !°s vivres faisaien’ défaut; la plupart des Canadiens étaient rentrés {nez eux; l'ennemi, à moins d'être rejoint par des troupes fraiches, ne songerait pas à la poursuite; il n’y avait aucune raison d'imposer aux débris de l'armée la fatigue de tenir campagne. On se borna à détacher sur la frontière 1.800 hommes sous les ordres de Dumas et répartis entre les postes de la Pointeaux-Trembles, Jacques-Cartier et Deschambeaux. Le reste des bataillons regagna ses quartiers d'hiver.

A en juger par le récit de Bourlamaque, la perte de l'artillerie de siège et des munitions aurait pu être évitée ou tout au moins diminuée si l'on avait procédé, dans les services d'arrière, avec le sang-froid et la méthode qu'on déploya pour l'évacuation des tranchées, « Farrivai sur mon brancard, écrit Bourlamaque, au cap Rouge à 8 h. du matin, fort étonné d’y voir tous nos bâtiments que je croyais bien loin. Tous les Canadiens fuyaient; je fis gar-

der le pont par des officiers de bord: ils s'échappèrent

par Lorette et par les ponts du haut de la rivière; fort peu restèrent avec les troupes; je trouvai 120 bateaux, pas une garde, pas une rame, seul avec quelques blessés, je rassemblai une trentaine de Canadiens et avec Îles équipages, je commencai à faire décharger les poudres et

1) Bo maque à Bougainville, Lettre déjà citée.

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