‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 177 sur 332 · PROCÉDÉS DE MURRAY POUR OBTENIR LA SOUMISSION · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS DE MURRAY POUR OBTENIR LA SOUMISSION

truction de: frégates, on ne pouvait le combattre par eau, car on n'avait d'autre artillerie que les pièces de campagne capturées à Sainte-Foy; les armes et les munitions faisaient défaut, et pour comble de malheur, la désertion gagnait de plus en plus la mïiice. Les lettres de Bourlamaque (1) reviennent à chaque instant sur ce sujet : « J'envoie cette lettre par un officier de milices que tous ses gens ont abandonné et qui me propose de les aller chercher... Je n'écris pas à M. de Vaudreuil sur la désertion des Canadiens parce que j'en sens l'inutilité..…. Ceux-ci (les miliciens) désertent par bandes et la pluie d'hier a activé de les dégoûter. J'en perdrai beaucoup aujourd'hui, il m'en a déjà déserté plus de 200. »

Malgré ‘out, des habitants en bon nombre et notamment ceux de Sorel, demeuraient fidèles. Pour surmonter leur résistance, Murray fit débarquer dans la nuit du 22 août les deux régiments de Rollo et quelques rangers avec mission de sévir contre les récalcitrants; ils brülèrent beaucoup de maisons et dévastèrent la plus grande partie de la paroisse, Knox est tout ému (2) du chagrin qu’éprouve son chef d’avoir recours à des mesures de rigueur; à sa décharge il cite les termes de la dépêche que le général envoie à Pitt : « J’ai constaté que les habitants de la paroisse de Sorel avaient déserté leurs habitations et pris les armes. Je me suis trouvé par suite dans la cruelle nécessité de brûler la plupart des maisons de ces malheureux. Je prie Dieu que cet exemple suffise, car ma nature se révolte contre l’accomplissement d'un devoir cependant nécessaire. »

Les cruautés de Murray, car il est difficile de donner un autre nom à ces agissements, avaient été précédées de

(1) Bourlainaque à Lévis, Sorel, 15 août 1760. Manuscrits Lévis. 2) Knox, Historical Journal, IF, p. 375.

| ain d

RE em cm — pr De

mn Es

lé f:

rl 4) | 4 Ÿ !

ÿ «mt

372 LA GUERRE DE SEPT ANS. — ©HAP. Vi.

deux manifesi?s (1). le premier, en date du 23 juillet, était ainsi concu : « Séduits par des promesses qui n'ont jàmais eu d'effet, Canadiens, vous avez toujours fermé les oreilles à nos remontrences et à nos avertissements. Aveugles à vos propres intérêts, vous êtes les victimes de vos préjugés. Les affaires du Canada tendent à présent à leur fin. Vous êtes encore, pour un instant, maitres &e votre sort. Cet instant passé, une vengeance sanglante punira ceux qui oseront avoir recours aux armes. Le ravage de leurs terres, l'incendie de leurs maisons, seront les moindres de leurs mal*-urs. Les sages colons, au contraire, qui profitant de l'expérience passée resteront tranquilles chez eux, jouiront de leur religion, de leurs biens, et sous les auspices d’un prince, père de ses sujets, soutenus et protégés par un bras si puissant, deviendront riches et florissants. »

Cet appel à la lâcheté et à l'intérêt n'ayant eu qu'un succès relatif, Murray le fit suivre par une seconde proclamation, le 21 août, quelques heures avant l'incendie du village de Sorel et par conséquent trop tard pour que la population fût prévenue : « Votre entètement continue; vous me forcez, malgré mon humanité, à mettre à exécution les menaces que je vous ai faites. Il est temps de commencer. Je vous avertis que dorénavant je traiterai à la rigueur les Canadiens que je prendrai les armes à la main, et que je brülerai tous les villages que je trouverai abandonnés. »

Quoi qu’il en soit, et quel que soit le verdict de la postérité sur des procédés qu’on a vus se renouveler dans notre histoire contemporaine, ils produisirent l’effet visé. Bourlamaque le constate (2) avec amertume. « L'ennemi ayant brûlé les maisons du bas de Sorel, dont les ha-

(1) Lettres et pièces militaires, p. 284 et 285. Manuscrits Lévis. (2) Bourlamaque à Lévis, Saint-Ours, 22 août 1760, Lettres de Bourlamaque, p. 101 et 102,

mg

Page 1