‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 179 sur 332 · DÉFENSE ET ÉVACUATION DE L'ILE AUX NOIX · texte numérisé non relu

DÉFENSE ET ÉVACUATION DE L'ILE AUX NOIX

(les Anglais) ont érigé, écrit Johnstone (1), cinq batteries de canon sur la rive sud de la rivière et une batterie à mortiers, dont le feu plongeait dans nos tranchées. Ils nous voyaient de partout, à dos, de front et de côte, et ils étaient si près qu'à l’estacade du sud, ils nous tuèrent plusieurs de nos soldats à coups de fusil. Le sol sablonneux nous a préservés des ctfets de l’éclatement de leurs obus qu'ils nous envoyèrent en grand nombre. » Tout alla bieu jusqu’au 25 août; Bougainville, en communication avec (2) Roquemaure qui commandait à Saint-Jean, évacuait sans difficulté ses blessés ou malades et se procurait les munitions dont il avait besoin. Le moral était bon : « Nous sommes à la belle étoile, mandait-il, pour toute nourriture la bombe et les boulets labourent toutes Les baraques. »

Le 25, au matin, un accident fâcheux se produisit : les Anglais dirigèrent le feu de quelques pièces de campagne qu'ils avaient amenées à bras, sur une tartane et üne barque françaises; celles-ci en cherchant à échapper s’échouèrent et furent amarintes. Haviland profita de cet avantage pour transporter une partie de sa flottille au delà du fort et pour ravir aux Français la maitrise de la rivière de Chambly. Privé de son ravitaillement, véduit à deux jours de vivres, presque cerné par l’assiégeant, Bougainville se vit dans des circonstances fort critiques. Il avait recu, par l'entremise d'un officier venu de Saint-Jean, une lettre de Vaudreuil (3) l’autorisant à évacuer l'Ile aux Noix « lorsque les ennemis seraient en situation, avec le secours de la marine qu'ils nous avaient prise et le nombre de berges qu'ils pourreient avoir passées, de descendre avec toute leur armée, ou lorsque je me verrai forcé de me rendre

(1) Johnstone, War in Canada, manuscrit. Archives de la Guerre. (2) Bougainville à Lévis, lettres de divers à Lévis. Manuscrits Lévis. (3) Vaudreuil à Bougainville, Montréal, 26 août 1760. Manuscrits Lévis.

ou au moment d'être emporté de vive force ». D'autre part, le messager lui avait transmis l’ordre verbal de La Pause, aide-maréchal général des logis, de ne pas obtempérer aux instructions du gouverneur général et de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Le cas était d'autant plus embarrassant que l'invitation de La Pause, on le savait de bonne source, était conforme à la volonté de Lévis. Bougainville convoqua un conseil de guerre (1), lui soumit les communications contradictoires qui lui étaient parvenues et exposa les moyens de défense qui restaient encore. Le conseil se prononça à l’unanimité pour l’abandon du fort. L'évacuation s’effectua le 27 août, à 10 heures du soir; toute la garnison, à l'exception de #0 hommes destinés à retenir l'attention de l’ennemi, passa sur la rive gauche de la rivière et se mit en marche à travers la forêt dans la direction de la Prairie, village sur le Saint- Laurent, en face de Montréal. Malheureusement, les guides se méprirent sur le chemin, la colonne s'égara, et se retrouva à midi le lendemain, à faible distance du point de départ. C'est avec la plus grande peine qu'on gagna le fort Saint-Jean sur la rivière Sorel, à 4 lieues de l'Ile aux Noix. Cette retraite coûta aux troupes de Bougainville environ 80 hommes qui, pour la plupart, furent tués et scalpés par les sauvages attachés au corps d'Haviland. Le siège, qui avait duré à peine quinze jours, occasionna à la garnison une perte à peu près égale. Le 27, à 1 heure, le capitaine Leborgne, commandant les #0 soldats laissés à la garde du fort, hissa le drapeau blanc et se rendit aux Anglais qui furent très étonnés d'apprendre les événements qui s'étaient passés à leur insu.

Peu de temps après, Haviland prit le contact avec

(1) Conseil de guerre tenu à l'Ile aux Noix, 27 août 1760. Papiers de Bougainville,

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