‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 2)Chapitre 184 sur 332 · DERNIÈRES HEURES DE LA DOMINATION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DERNIÈRES HEURES DE LA DOMINATION FRANÇAISE

résultat fut nul; les Indiens quittaient Montréal bien équipés et bien ravitaillés; arrivés à l'Ile aux Noix, il fallait renouveler les vivres et les effets, et quand ils ne désertaient pas aussitôt la distribution faite, c'était tout au plus si on pouvait obtenir d'eux une course de quelques jours dont ils rentraient les mains vides. A l’armée de La Corne, à qui le gouverneur avait confié la garde des rapides du Saint-Laurent, ils ne voulurent pas se battre et ne bougèrent pas pendant le naufrage des bateaux qui portaient l'avant-garde d’'Amherst,.

Le 6 septembre, à 8 heures du soir, Vaudreuil avait réuni chez lui un conseil de guerre pour le consulter sur le parti à prendre. A cette réunion assistaient Bigot, Lévis, Bourlamaque, Roquemaure, brigadier et lieutenant-colonel du régiment de la Reine, Rigaud, gouverneur de la ville de Montréal, Bougainville, Pontleroy, ingénieur en chef, et Montbeillard, commandant de l'artillerie. Le procès-verbal] énumère les considérations militaires qui rendaient impossible la continuation de la lutte : la plupart ont déjà été exposées; citons cependant le passage relatif à l’islot Sainte-Hélène dont il sera question plus loin : « Cette île, seul poste à pouvoir défendre pendant quelques jours, n'empêchera pas de prendre la ville de Montréal d'emblée et même en déterminera la perte, devant être défendue par la totalité des troupes. » Les conclusions furent les suivantes : Les membres du conseil « sont convenus unanimement qu'il n’était pas à propos d'attendre l'entière réunion des troupes ennemies pour entrer en pourparlers avec le général anglais ni que l’armée campée près de la ville ait fait ses approches, étant à craindre alors qu'un peuple nombreux ne fût la victime d’une défense qui ne pourrait que retarder de peu de jours la perte du pays. En conséquence, qu'il était À propos de députer actuellement au général ennemi pour lui proposer une suspension d'armes jusqu’au 1‘ octobre à charge de lui re-

mettre la colonie alors si la paix n'était pas conclue ». Cette formalité accomplie, le conseil prit connaissance d'un projet préparé par le gouverneur. « Si, comme il est apparent, le général anglais refuse d'entendre à aucune suspension d'armes, il est à propos de proposer des articles. Lecture a été faite d’un projet de capitulation et ces Messieurs en ayant mürement examiné tous les articles, ont jugé unanimement qu'elle était convenable aux intéréts du pays et à l'honneur des troupes. M. le marquis de Vaudreuil, assuré du consentement unanime de ces Messieurs, a dit qu'il députait M. de Bougainville pour porter les premières propositions au général ennemi, et ces Messieurs ont signé le présent procès-verbal, » Bougainville et Las arrivèrent au quartier général anglais dans la matinée du 7 septembre; on convint aussitôt d'un armistice, et on aborda la discussion de la pièce rédigée par Vaudreuil. Il n’y eut de débat que sur un point : Ambherst exigeait que les troupes françaises missent bas les armes et ne servissent pas pendant le cours de la présente guerre. Il y eut de vives réclamations des délégués français et échange de lettres entre Vaudreuil et Lévis d’une part et Ambherst de l’autre ; ce dernier demeura inflexible. À quelle cause faut-il attribuer l’intransigeance du général anglais? Dans sa dépêche à Pitt (1), il allègue pour unique raison l'avantage qu'il voyait à priver la France, Jusqu'à la fin des hostilités, des 8 bataillons de troupes, plutôt que d’encombrer les prisons d'Angleterre des soldals qui composaient ces unités. Dans la protestation qu'il adressa à Vaudreuil, Lévis s'élève avec énergie contre une clause qui enlevait à ses camarades et à lui la possibilité d’un échange et partant tout espoir d’un emploi actif jusqu'à la paix. Dans le cas où satisfaction ne lui serait pas donnée, il demandait au gouverneur l’autorisation

(1) Amherst à Pitt, devant Montréal, 8 septembre 1760, Record Office.

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