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PROCÈS DE BIGOT ET DE SES COMPLICES

condamnés par jugement souverain du Chatelet en date du 10 décembre 1763. Quelques-uns des coupables s'é taient dérobés par la fuite. Parmi les sentences les plus lourdes, citons celles de Bigot : bannissement perpétuel, confiscation de ses biens, 1.000 livres d'amende et restitution de 1.500.000 livres; de Varin, même bannissement et restitution de 800.000 livres; de Bréard, Penisseault, Maurice et Cadet, bannissement de neuf ansde la ville, prévôté et vicomté de Paris et restitutions variant de 6 millions de livres pour Cadet à 600.000 et 300.000 livres pour les autres.

Quant à la liquidation de la dette dont le montant, d’après les réclamations des intéressés, atteignait lasomme de 90 millions, elle ne fut terminée, en ce qui concernait les créances des sujets français, que par les arrêts royaux des 15 décembre 176% et 9 février 1765. Le règlement dù aux détenteurs restés au Canada nécessita de longues et difficiles négociations avec le gouvernement britannique et fut enfin arrêté par la convention du 29 mars 1766. 11 serait trop long d'entrer dans les détails d'une opération financière qui avait été confiée à une cormnraission de la cour des Comptes et qui fit l’objet d’un rapport (1) circonstancié et intéressant. 11 nous suffira de dire que la somme primitive subit des réductions importantes et qu'en fin de compte le Roi eut à prendre à sa charge un total de 37.506.000 livres portant intérêt à # %.

Nous voici arrivés au terme des cinq années de lutte qui aboutirent à la capitulation de Montréal et qui marquèrent la fin de la Nouvelle France. Il serait injuste d’attribuer la défaite finale aux dilapidations de quelques fonctionnaires et aux fraudes de quelques employés; les coupables le plus en vue, l’intendant Bigot, le munitionnaire Cadet, tout en volant le Roi, déployèrent pour la

(1) Résumé de Ja liquidation de la dette du Roi pour le Canada. Archives des Colonies,

défense de ses possessions une intelligence, une activité que n'auraient pu dépasser des administrateurs plus honnètes. Il faut le proclamer à titre de vérité absolue : la responsabilité de la perte de notre colonie incombe tout entière à l'incurie, à la négligence, disons le mot propre, à l'imbécillité de Louis XV et de ses conseillers. Entreprendre à la légère une politique d'expansion qu'on n’avait ni le pouvoir, ni la volonté ferme de mener à bonne fin, se jeter dans la guerre continentale pour une question d'amour-propre et sans espoir d'avantages appréciables, alors qu'on avait à combattre sur mer la première puissance maritime du monde, se trainer à la remorque de l'alliance autrichienne, sacrifier l'essentiel, la conservation du domaine d'outre-mer, pour l'accessoire, l'acquisition de quelques cantons en Flandre, telles furent les fautes dont les principaux auteurs : le Roi, la Pompadour, l'abbé de Bernis porteront devant l’histoire le poids accablant. Tout autre est l'impression que donne le tableau de la guerre du Canada; si douloureux que soit le récit des luttes suprèmes, il n’en laisse pas moins un sentiment de fierté légitime. Notre cœur bat à l'unisson de ces héros qui, depuis Montcalm et Lévis jusqu’au dernier paysan du Canada, illustrèrent la vieille et la nouvelle France par leur bravoure à toute épreuve, par leur fortitude dans l’adversité, par leur esprit de sacrifice, par leur amour de la patrie.

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